Sous l’oeil de la lune, les habitants de l’île, tous plus hauts en couleurs les uns que les autres, partent à sa recherche. Durant une semaine, une quête collective du bonheur revêt des atours magiques et cocasses sur le manque et l’absence grâce à l’éloge des forces de la nature et des humains’.
Après Mes Frères, son premier long métrage en 2018, le réalisateur revient avec un plaisir assumé tourné dans son île préférée une fiction vagabonde, entre le conte cruel pour enfants avertis et la fable poétique, un brin naïve.
Il n’empêche. Cinéaste, scénariste, musiciens, comédiennes et comédiens, tous amis ou proches, s’en donnent à cœur joie, surmontent les peines et les troubles des personnages, transcendés par la beauté des paysages, les métamorphoses de la lumière et les humeurs changeantes de l’océan.
Un souffle de liberté salutaire
En bref, plus qu’une « chasse à l’ours » frôlant la pochade pour adolescents (après tout, Tom en quête d’émancipation et de départ pour Paris et un rêve de théâtre n’a que 19 ans !), la fiction sous ses dehors un rien bricolés touche cependant par la symbiose réussie entre la façon de mettre en valeur les multiples facettes de l’île d’Yeu (Florian Martin, directeur de la photographie) et la combinaison de la partition originale acoustique (compositeur, Sébastien Blanchot-N’ZEN) avec des chansons et autres musiques teintées d’ironie et d’humour.
Parfois, son héroïne Jeanne (interprétée avec malice par Sophie Davout, également scénariste) – dans sa façon enfantine de recréer la silhouette de l’absent, son mari disparu en mer depuis plus de dix ans, et de semer la peur parmi les vivants – émeut par la sincérité d’un déni persistant, affichage d’un idéal amoureux ; un idéal que deux jeunes amants d’un âge certain se mettent à vivre avec une innocence gamine. Un souffle de liberté salutaire et bénéfique traverse alors Le Bonheur est une bête sauvage. Et ce souffle intermittent ravive en nous l’esprit libertaire, le burlesque décalé des personnages et l’univers affranchi des bornes et des limites en tous genres, propres d’un cinéaste inassignable, ouvert à tous les vents, Jacques Rozier.
Samra Bonvoisin
Le Bonheur est une bête sauvage, film de Bertrand Guerry-sortie le 2 juillet 2025
