Une ministre pressée, comme « depuis longtemps, très longtemps » juge l’historien Claude Lelièvre. Il nous rappelle cette phrase d’un journaliste en 1975, toujours juste et actuelle 50 ans plus tard : « Tel un serpent de mer, la question des rythmes scolaires réapparaît avec chaque nouveau ministre de l’Education nationale ». L’histoire nous enseigne aussi ce qui ne change pas. « On devrait parler de « phénix »plutôt que de « serpent de mer » » écrit-il.
Alors qu’elle se sait en sursis, la ministre de l’Education nationale actuelle a cru bon de dire ce qu’elle envisageait pour la rentrée 2026 : « il y aura potentiellement des changements à la rentrée 2026. Avec moins de jours de vacances, on pourrait avoir des journées moins chargées » (le 27 août, sur « Brut »). Et cela alors même que le « Conseil économique, social et environnemental » a été chargé de lancer le 20 juin dernier une « Convention citoyenne » durant laquelle 130 citoyens tirés au sort doivent réfléchir pendant six mois sur cette même problématique des rythmes scolaires.
Voilà une ministre bien pressée. Mais il est vrai que cela arrive souvent en la matière (du moins au niveau des déclarations…). Et depuis longtemps, très longtemps.
On peut en exemple évoquer un épisode éclatant qui remonte à tout juste un demi-siècle, tel qu’il a été évoqué par la journaliste Catherine Arditi : « Tel un serpent de mer, la question des rythmes scolaires réapparaît avec chaque nouveau ministre de l’Education nationale (« Le Monde » du 24 octobre 1975).
Le ministre de l’Education nationale René Haby confie à Georges Richard, recteur de Montpellier, la mission de lui présenter un rapport sur le sujet, ce qu’il fait à partir d’une « compilation de documents » et de la consultation des divers spécialistes qui ont mené les travaux précédents.
« Les quatre demi-journées de congé « mobile » que Georges Richard suggère de supprimer sont intégrées dans les dix-sept semaines de congé actuelles. Chaque trimestre se composerait de onze à treize semaines d’activité – entrecoupées d’une semaine de repos à mi-parcours – et suivies de deux ou trois semaines de congé (à Noël et au printemps), le dernier semestre étant suivi de huit semaines de grandes vacances (au lieu de onze) […] Georges Richard pose, après bien d’autres, le problème de l’organisation des examens qui raccourcit le troisième trimestre. Il lui semble en particulier nécessaire d’étendre au maximum la formule du contrôle continu et, en tout cas, de limiter à deux semaines la période des examens ». C’était il y a un demi-siècle déjà.
Georges Richard propose aussi d’autres mesures plus singulières. « Réduire l’ ‘’heure de cours’’ à cinquante-cinq ou cinquante minutes », « de huit heures à neuf heures : exercices respiratoires pour ‘’déverrouiller’’ l’élève, suivis d’enseignements artistiques et de disciplines d’éveil », « entre deux ‘’disciplines fondamentales’’ pause diététique avec distributions d’aliments sucrés ».
Bref, en la matière, on peut s’attendre à tout, et depuis longtemps (au simple niveau déclaratif, bien entendu, car lorsqu’il s’agit de passer aux actes il en va le plus souvent tout autrement). D’ailleurs en l’occurrence, on devrait parler de « phénix » plutôt que de « serpent de mer » à l’instar de l’inspecteur général René Mabit : « c’est l’image du phénix qui s’impose. En effet comme cet oiseau fabuleux, la question du temps de l’enfant et de l’adolescent est très ancienne. Elle se consume périodiquement pour renaître, éclatante, différente. Elle a donc ce caractère particulier, rassurant mais aussi parois décourageant d’être à la fois un dossier ancien et une perpétuelle nouveauté » (« Quels temps font-ils ? », in « Aménager les temps des enfants », La Documentation française », 1998)
Claude Lelièvre
Temps scolaires : un passé qui ne passe pas sans être dépassé
Rythme de l’enfant et calendrier scolaire : regard dans le rétroviseur
