Comment est né ce projet sur le patrimoine minier?
L’initiative est née de l’envie de faire découvrir aux élèves les principes de la recherche historique et de participer à la valorisation du patrimoine local. L’enjeu n’est pas des moindres car les traces de ce passé ne sont pas valorisées voire disparaissent sous la végétation ne laissant alors absolument pas deviner à quoi ces résidus de l’époque correspondent.
Il était important pour nous que l’aboutissement de l’engagement des élèves dans le projet soit valorisé publiquement au sein de la communauté villageoise. Nous avons retenu d’installer des panneaux dans l’espace public, le tout formant un parcours à destination des habitants et visiteurs.
Comment allez-vous organiser ce projet et à qui s’adresse-t-il ?
Le travail s’étalera idéalement sur quatre années et concernera trois classes de quatrième. Nous avons divisé le parcours final en trois tronçons, chaque classe s’occupant au cours d’une année scolaire du travail de recherche, de collecte d’informations puis d’écriture du contenu du panneau. L’année suivante, une entreprise réalisera les panneaux et en fin d’année scolaire (avant que les élèves ne quittent le collège puisque la cohorte concernée sera alors en troisième), le tronçon réalisé sera inauguré. Ce planning en quiconce s’échelonnera de l’année scolaire 2024-2025 à 2027-2028. La difficulté majeure du projet réside dans le fait de trouver qui interroger et de savoir où chercher car Bessèges n’a pas fait l’objet d’un travail de recherche universitaire spécifique.
Sur quelles ressources allez-vous vous appuyer alors ?
Nous connaissions déjà la thèse de Fabrice Sugier publiée en 1994 sous le titre Mineurs des Cévennes et qui est d’une grande richesse concernant l’histoire sociale, politique et syndicale de l’endroit. Néanmoins, notre travail est avant tout à la croisée de l’histoire et de la géographie, les panneaux formant une cartographie des lieux oubliés ou délaissés.
Ma collègue et moi-même avons commencé en juin 2024 par des recherches plus générales grâce à des musées du bassin houiller alésien tels que la Maison du Mineur de la Grand Combe et la Mine Témoin d’Alès. Concomitamment, nous avons rencontré un historien local autodidacte de l’association “Puits de mémoires” avec lequel nous avons parcouru le territoire. Sa rencontre a été déterminante pour nous mettre le pied à l’étrier et pouvoir débuter avec les élèves en septembre.
Comment ce travail de recherche se traduit-il en cours ?
La classe de quatrième concernée a débuté en histoire-géographie avec la révolution industrielle ce qui a permis d’introduire ensuite le projet au cours d’une heure dédiée en co-enseignement. En septembre dernier, nous avons accueilli un représentant de la mairie, du Parc national des Cévennes et de la communauté de communes Cèze-Cévennes pendant une heure. Chacun a présenté son institution et ses missions puis les élèves étaient chargés de décrire le projet et de poser des questions afin de nouer un partenariat et d’obtenir leur soutien. Cette rencontre a servi de prétexte à l’étude de notions d’EMC qui peinent souvent à s’incarner dans un manuel. La collaboration entre le collège et ces institutions s’est soldée par la signature d’une convention en janvier 2025.
A la suite, nous avons organisé une sortie avec les élèves où, munis de cartes ils ont repéré une dizaine de thèmes et de lieux du quartier composant autant de sujets d’étude futurs. A titre d’exemple, nous avons listé les aménagements de la rivière en vue de l’exploitation minière, la lampisterie, les bains douches, l’habitat ouvrier et la vie quotidienne, les puits… Ils ont par la suite commencé des recherches spécifiques en binôme sur un des thèmes en s’appuyant sur un dossier documentaire que nous avons préalablement constitué et au sein duquel ils ont dû prélever les informations pertinentes les concernant.
Quelle est la prochaine étape de ce projet au long cours ?
De notre côté, nous avons poursuivi les recherches, notamment au service des archives municipales d’Alès afin d’alimenter le corpus en informations nouvelles. Au gré de nos rencontres, nous avons réussi aussi à nous entourer d’experts ou d’érudits locaux répondant aux interrogations en suspens. Un hydrogéologue a pu nous aider dans la difficile tâche d’identifier et expliquer les aménagements de la rivière tandis qu’un médiateur du parc national, urbaniste de formation, a interpellé les élèves sur les traces résiduelles laissées sur les bâtiments, infrastructures – du trottoir en passant par la voie ferrée – marqueurs précieux du passé pour ceux qui savent les faire parler.
Le projet en est à la deuxième année et le bilan de parcours est encourageant – les élèves sont motivés et intéressés, les institutions locales soutiennent le projet et l’émulation intellectuelle est forte pour les enseignantes qui doivent chapeauter la recherche historique sans certitude sur la nature des trouvailles qui seront faites.
Propos recueillis par Djéhanne Gani
