Une concentration des inégalités
En 2024, l’éducation prioritaire regroupe une population scolaire fortement défavorisée. Il y a deux fois plus de collégiens issus de familles défavorisées en REP+ : 70 % des collégiens en REP+ sont issus de familles ouvrières ou inactives, contre 35 % dans les collèges publics hors éducation prioritaire. Dans le privé sous contrat, cette concentration sociale est absente : aucun collège n’y scolarise une majorité d’élèves défavorisés.
La dernière synthèse de la DEPP confirme cette ségrégation sociale. 83 % des collèges REP+ accueillent une majorité d’élèves de milieu défavorisé, contre 32 % en REP, 2 % hors Education prioritaire, et aucun dans le secteur privé. Ces écarts se traduisent aussi par des stratégies d’évitement : dès 2018, 22 % des élèves résidant en zone REP+ optaient pour un autre collège public que celui de leur secteur, soit deux fois plus que hors éducation prioritaire (11 %). A noter que ce chiffre n’a pas été mis à jour depuis.
Des écarts de performance dès le primaire
Les inégalités apparaissent dès l’entrée en CP, notamment en compréhension orale. En mathématiques, l’écart de niveau entre les élèves hors éducation prioritaire et ceux en REP+ est particulièrement marqué en résolution de problèmes : 24,5 points d’écart. De leur côté, les élèves du secteur privé présentent de meilleurs résultats que ceux du public dans toutes les disciplines évaluées. Des résultats à relativiser, soulignent les auteurs, en raison d’une structure sociale plus favorisée dans le privé.
Cependant, certains progrès sont observés. En anglais, les élèves scolarisés dans les écoles les plus défavorisées enregistrent une nette amélioration par rapport à 2016 : +15 points en compréhension orale et +13 points en compréhension écrite.
Des parcours scolaires marqués par l’origine sociale
Les difficultés scolaires persistantes pèsent lourdement sur l’orientation. En 2024, seuls 52 % des élèves de 3e en REP+ et 58 % en REP rejoignent une seconde générale ou technologique, contre 64 % hors éducation prioritaire. De plus, 25 % des collèges REP+ disposent simultanément d’une Segpa, d’une ULIS et d’une UPE2A, contre 14 % en REP, 4 % hors EP, et moins de 1 % dans le privé.
Si ces établissements offrent parfois des classes à horaires aménagés, des sections sportives ou linguistiques, l’enseignement du latin et du grec y est beaucoup moins fréquent. L’absentéisme y est également plus élevé : 13 % en REP+, contre 4 % hors EP.
Des enseignants jeunes, souvent sous pression
Environ un quart des enseignants exercent en éducation prioritaire. Ce sont souvent des débuts de carrière. L’âge médian est de 41 ans, contre 45 ou 46 ans dans les autres collèges publics. Leur ressenti est également plus négatif. Selon la DEPP, « les enseignants des collèges en EP ont une perception du climat scolaire globalement moins favorable que leurs collègues hors EP ».
Ils évoquent un climat moins propice aux apprentissages et un stress important lié à la discipline. Par ailleurs, 65 % des personnels en REP+ déclarent avoir subi au moins une atteinte depuis la rentrée, contre 62 % hors éducation prioritaire, et 46 % dans le privé sous contrat.
Une concentration des difficultés et un manque de mixité sociale
Plus de 40 ans après la création des ZEP, l’ambition initiale de réduire les inégalités scolaires se heurte à un constat de ghettoïsation scolaire croissante. Les collèges REP+, malgré les moyens supplémentaires, concentrent de plus en plus les élèves en difficulté, dans des environnements où la mixité sociale est quasi absente.
Djéhanne Gani
Dans le Café pédagogique
La Cour des comptes veut-elle enterrer l’éducation prioritaire ?
Stefanou, A., 2022 (mise à jour septembre 2025), « L’éducation prioritaire », Synthèse de la DEPP, n° 6, DEPP. https://www.education.gouv.fr/l-education-prioritaire-414237.
