Un choc climatique qui révèle des fragilités structurelles
Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido a frappé Mayotte avec des vents atteignant 230 km/h, détruisant plus d’un quart des habitations et endommageant des infrastructures essentielles, dont l’hôpital de Mamoudzou. Malgré la mobilisation locale, l’UNICEF souligne une coordination institutionnelle insuffisante et une prise en compte trop limitée des besoins spécifiques des enfants dans l’urgence.
Entre 5 379 et 9 575 enfants de 3 à 15 ans non-scolarisés à Mayotte
La situation éducative à Mayotte reste extrêmement préoccupante. Une étude menée en 2022-2023 par l’Université Paris Nanterre estime qu’entre 5 379 et 9 575 enfants de 3 à 15 ans ne sont pas scolarisés sur l’île, un chiffre qui illustre un « taux de non-scolarisation particulièrement inquiétant ». Malgré une croissance de 34 % des effectifs scolaires entre 2013 et 2023, le département accusait déjà avant le cyclone Chido un déficit d’environ 1 200 salles de classe.
La Chambre régionale des comptes soulignait dès 2025 que les objectifs de construction scolaire étaient difficilement atteignables, en raison du volume de classes à édifier et de la fragilité financière des communes. La Défenseure des droits a confirmé les manquements structurels dans une décision de juin 2025, dénonçant « les retards accumulés dans la construction et la rénovation des écoles » ainsi que « les refus discriminatoires d’inscription scolaire », lesquels portent « une atteinte grave au droit des enfants à l’éducation » et créent « une rupture d’égalité entre les enfants du département ».
Cyclones Chido et Dikeledi : 40 % des établissements scolaires ont été détruits ou endommagés
Les enfants étrangers ou vivant en bidonvilles sont les plus touchés, la Défenseure concluant à une discrimination contraire à leur intérêt supérieur. La situation s’est encore aggravée après le passage des cyclones Chido et Dikeledi : 40 % des établissements scolaires ont été détruits ou endommagés, perturbant la scolarité de milliers d’élèves et retardant la rentrée de 2025. Selon la Fondation Architectes de l’urgence, la moitié des écoles inspectées présentent des dommages structurels, et près de 50 % des salles de classe ont nécessité de lourdes réparations.
Malgré la création annoncée d’un fonds d’amorçage de 100 millions d’euros pour soutenir la reconstruction, plusieurs communes ont dénoncé des retards de versement. Des blocages d’établissements ont eu lieu à la rentrée, tandis que des syndicats et parents d’élèves alertaient : « Mayotte vit un cauchemar éducatif sans précédent […] l’inacceptable est devenu la norme ». Le rapport de l’Unicef contient des témoignages d’élèves sur les conditions de scolarisation dégradées, notamment en termes de transports : « Je me réveille à 3h du matin pour venir en cours, ils commencent parfois à 14h […]. On doit se démerder. »
Des droits fondamentaux gravement affectés
« La départementalisation de 2010 n’a pas donné lieu à un alignement en matière de protection sociale, dont l’application demeure dérogatoire. À titre d’exemple, il n’existe pas d’Aide médicale d’État (AME) ou de Droit au logement opposable (Dalo) » précise le rapport de l’Unicef qui rappelle quelques chiffres clés : 1 habitant sur 2 de Mayotte est un enfant, le taux de mortalité infantile est de 8,9% contre 3,7% dans l’hexagone, 77% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, 1/3 des habitants dans un habitat précaire.
Les conséquences touchent tous les aspects de la vie des enfants : 50 000 personnes ont perdu leur habitat, et beaucoup de mineurs vivent toujours dans des conditions précaires. L’éducation est lourdement impactée, avec 40 % des établissements scolaires détruits ou endommagés. Le système de santé, saturé, a vu augmenter les risques épidémiques et la malnutrition. Des milliers d’enfants ont également été privés d’eau potable, certaines distributions étant conditionnées à la présentation de papiers d’identité, excluant de nombreuses familles.
Les enfants étrangers ou en situation de migration sont, selon l’UNICEF, « vulnérables parmi les vulnérables ». En 2024, 1 860 enfants ont été placés en rétention administrative à Mayotte, soit la quasi-totalité des enfants enfermés en France.
Les recommandations d’UNICEF France
Face à ces constats, l’organisation appelle à refonder les politiques publiques en mettant l’intérêt supérieur de l’enfant au centre : meilleure collecte des données, accès universel à l’éducation, à la santé, à l’eau et à la protection, intégration des besoins des enfants dans les stratégies de résilience climatique, et abrogation des dérogations législatives discriminatoires.
L’UNICEF recommande de réévaluer les besoins de reconstruction scolaire avec des matériaux adaptés au climat et de préciser un plan pour mettre fin à la rotation scolaire, idéalement avant 2028.
L’organisation appelle aussi à améliorer les transports scolaires, à faire respecter strictement les règles d’inscription pour mettre fin aux refus illégaux et à créer un Observatoire de la non-scolarisation afin de garantir enfin l’effectivité du droit à l’éducation à Mayotte.
« Les enfants de Mayotte doivent être replacés au centre du projet politique pour l’île. Créer les conditions du respect de leurs droits est non seulement une responsabilité juridique, mais également la condition première de la reconstruction du territoire et de sa résilience », conclut Adeline Hazan, présidente de l’UNICEF France.
Djéhanne Gani
