La question de l’animal dans les programmes d’EMC
Depuis la rentrée 2024 l’éthique animale et le respect dû aux animaux ont intégré les programmes d’EMC. Ceux-ci évoquent désormais la condition animale sur trois niveaux d’enseignement. En CP, le chapitre « Les règles collectives et l’autonomie », invite à aborder la question du respect dû aux animaux, mais en se restreignant aux animaux de compagnie. En classe de 3e le programme propose d’illustrer la « Citoyenneté active » en prenant « l’exemple de l’engagement en faveur de la cause animale ». Et un chapitre de la classe de 2de, « Droits et responsabilité », axé sur les notions de « Droits environnementaux, Développement durable, Transition écologique, Responsabilité », rappelle que « l’animal est institué comme ‘‘objet de droit’’ dans le contexte d’un ‘‘respect du vivant’’ ».
Ces avancées sont encore timides ; elles font en particulier l’impasse sur la condition des animaux utilisés pour l’élevage qui représentent pourtant aujourd’hui plus de 90 % d’entre eux. Mais néanmoins, leur introduction mérite d’être soulignée. Elle participe en effet d’une prise de conscience collective des problèmes soulevés par le bien être des animaux et témoigne de préoccupations de plus en plus partagées concernant leurs droits. Préoccupations que l’on peut retrouver aussi dans d’autres contenus d’enseignement, notamment en EDD (Education au développement durable et à la transition écologique) au travers par exemple du thème de la consommation alimentaire responsable.
L’affection pour les animaux : une affection à géométrie variable
Pour aller plus loin, avec des élèves en particulier du cycle terminal, on pourra s’appuyer sur l’ouvrage de Melanie Joy, Pourquoi les chiens sont nos amis, les cochons notre nourriture et les vaches nos vêtements. L’autrice, docteure en psychologie sociale, y décrypte l’« ensemble des biais psychologiques et sociaux » qui nous amène à considérer les animaux « comme des choses vivantes » et non comme des « êtres vivants », et qu’elle désigne sous le terme de « carnisme », concept qu’elle a elle-même mis à jour au début des années 2000.
Comment ce « système de croyances qui nous conditionne à consommer certains animaux et à en épargner d’autres » s’est-il mis en place ? Par quel schéma contradictoire et invisible sommes-nous amené·es à percevoir différemment la viande selon l’espèce animale dont elle est issue ? A classer certains animaux, et pas d’autres, comme comestibles ? A aimer certains d’entre eux et nous indigner de la souffrance qu’on leur inflige, mais à être insensibles à celle que d’autres subissent ? C’est toute cette mécanique de défense, faite notamment d’objectivation et de désindividualisation des animaux, que l’ouvrage cherche à déconstruire.
C’est à ce prix que nous mangeons de la viande ?
Et cette mise à jour invite nécessairement à interroger notre rapport à la nourriture, en particulier carnée. Les chiffres rappelés par Melanie Joy sont vertigineux. Aux Etats-Unis, par an, ce sont plus de 10 milliards d’animaux (sans compter les poissons et animaux aquatiques), qui sont élevés et abattus, le plus souvent dans un complet déni de leur souffrance, pour être consommés. En France, on évalue à environ 3 millions les animaux issus d’élevages abattus chaque jour pour l’alimentation humaine.
Pourtant, manger de la viande est-ce vraiment « normal », « nécessaire » et « naturel » ? demande l’autrice, questionnant « ces trois N de la justification », si souvent « invoqués pour justifier les systèmes d’exploitation ». Nous est-il vraiment impossible de faire autrement ? Et si l’on ajoute au prix à payer en termes de souffrance animale, le prix à payer en termes de « dommages collatéraux » humains (exploitation et conditions de travail de la main d’œuvre), et environnementaux (pollution de l’eau, déforestation…), n’est-il pas temps d’interroger notre consommation de viande et notre alimentation ?
Une lecture qui nous confronte, parfois de manière abrupte, à nos contradictions et invite à la réflexion. A proposer, en les accompagnant, à des élèves du cycle terminal, notamment dans le cadre du cours de philosophie, ou de la spécialité HLP qui, en classe de 1ère, « invite à aborder certaines questions vives d’aujourd’hui : l’exploitation animale, les droits des animaux les ‘‘cultures animales’’ » : elle ne manquera pas de susciter le débat.
Claire Berest
« Philosophie : un manga pour comprendre l’éthique animale ». Article à retrouver sur le site du Café pédagogique.
