Non-renouvellements et primes de précarité impayées
Comme les années précédentes, le rectorat de Limoges a fait le choix de ne pas renouveler, en fin d’année scolaire, les contrats de nombreux personnels. Cette situation concerne les enseignant·es du premier et du second degré, mais aussi des personnels administratifs, techniques, sociaux et de santé. Ces agent·es ont occupé des contrats d’une durée inférieure à un an, ce qui leur ouvre droit à une indemnité de fin de contrat, appelée prime de précarité. Cette indemnité, équivalente à 10 % du salaire brut perçu sur la durée du contrat, aurait dû être versée au plus tard le 30 septembre 2025 pour les contrats arrivés à échéance le 31 août. À ce jour, ces sommes n’ont toujours pas été versées, selon le secrétaire académique de la CGT Educ’action Fabrice Couegnas.
Une gestion opaque et inégalitaire
Alerté par la CGT Éduc’Action dans le cadre d’une alerte sociale, le rectorat de Limoges avait reconnu un retard de gestion, les indemnités seraient versées sur la paye de novembre. Plusieurs mois plus tard, les personnels concernés attendent toujours leur dû, déplore le secrétaire académique du syndicat. Les autorités académiques invoquent désormais un simple problème technique, alors même que certains agent·es ayant manifesté ou multiplié les démarches auraient obtenu le versement de cette indemnité. Pour Fabrice Couegnas, cette situation crée un traitement inégalitaire et renforce le sentiment de mépris ressenti par les personnels.
Dans le premier degré, le syndicat estimait à une quarantaine le nombre de personnels contractuels l’an dernier. Environ un quart seulement aurait été repris à la rentrée, parfois de manière tardive et désorganisée, alors même que les besoins en remplacement et en postes étaient avérés. Il estime aujourd’hui qu’une trentaine de personnels, relevant du premier degré, du second degré ou des services administratifs, seraient concernés par le non-versement de la prime de précarité. Par ailleurs, certains personnels n’ont plus été rémunérés depuis septembre, leur contrat s’étant achevé fin août, malgré une continuité de service assurée pour une partie d’entre eux.
Une contractualisation en hausse
La contractualisation est devenue structurelle dans l’académie, comme dans d’autres. Dans le premier degré, les contrats courts se multiplient depuis une dizaine d’années, tandis que dans le second degré le recours aux contractuel·les est plus ancien et plus massif, avec des personnels parfois en CDI ou en contrats renouvelés tacitement. Cette gestion conduit à des situations jugées absurdes dans lesquelles des personnels non renouvelés sont remplacés quelques mois plus tard par de nouveaux contractuel·les, alors que les besoins étaient connus. Ces interruptions ont des conséquences lourdes, notamment la perte d’ancienneté pour les agent·es concerné·es, ce qui compromet leur accès à un CDI, théoriquement possible après six années d’exercice.
Le représentant de la CGT Educ’Action exprime son incompréhension devant cette situation qui engage un coût pour l’État, puisque le non-renouvellement entraîne le versement de primes de précarité et ouvre des droits au chômage. Il souligne qu’une politique de stabilisation des personnels permettrait de renforcer les équipes et d’améliorer le fonctionnement des écoles. Au lieu de cela, le choix est fait de décourager les personnels, regrette-t-il, les détournant du métier et aggravant les difficultés, notamment face aux absences non remplacées.
Le Pacte : travailler plus… pour rien
Les dysfonctionnements pointés par le syndicat ne se limitent pas aux contractuel·les. Ils concernent également la rémunération du Pacte, rejeté par de nombreuses organisations syndicales : ce n’est pas de missions supplémentaires rémunérées dont les professeurs ont besoin, mais d’une rémunération revalorisée plaident-ils.
Dans le premier degré, des enseignant·es engagé·es dans le Pacte depuis septembre 2025 n’ont perçu aucune rémunération à ce jour, alerte le syndicat. L’administration se contente d’indiquer que certains versements seraient régularisés en janvier, invoquant une nouvelle fois un problème technique de la plateforme de paye. Dans l’académie, près d’un quart des professeur·es des écoles seraient concerné·es par ces retards, donnant une illustration concrète du « travailler plus pour rien ».
Contractualisation, liste complémentaire
La politique de recrutement illustre également l’impasse actuelle. Alors que de nombreux postes sont ouverts et pourvus chaque année, le nombre de postes de la liste complémentaire reste limité, déplore le syndicaliste : « cela empêche le recrutement de fonctionnaires formé·es alors que dans le même temps, l’académie propose des contrats à temps plein, sans formation initiale, à des personnels contractuels ». En 2025, seules trois personnes ont été appelées sur liste complémentaire, tandis que sept contractuel·les ont été recruté·es, parfois parmi des candidat·es jugé·es insuffisant·es pour figurer sur cette liste, relève Fabrice Couegnas, « mais considéré·es capables d’enseigner à temps plein avec un accompagnement minimal ».
Ce que nous indique l’académie de Limoges ce 9 janvier :
« Les décalages de paiement concernent 13 personnels, 5 ont perçus en novembre le prime de précarité et les 8 autres la percevront fin janvier. De même que pour les retards concernant la part de pacte non-perçues de septembre à décembre par les personnels du 1er degré, les parts de pacte seront versées fin janvier ».
Sortir les personnels de la précarité, les payer en conséquence ne serait-ce pas une priorité et un facteur d’attractivité des métiers de l’Éducation nationale comme de renforcement du service public d’éducation ? Au lendemain du vote du Sénat contre le statut aux AESH, deuxième métier de l’Education nationale, les réponses contrarient les demandes et besoins des personnels et élèves.
Djéhanne Gani
