L’AGEEM prépare son Congrès national 2026 autour du thème « Apprendre à l’école maternelle : où est le problème ? ». Un thème qui invite à interroger ce qui se joue réellement dans l’acte d’apprendre au cycle 1. Dans cette perspective Christine Bauducco livre quelques éléments de réflexion nourris par une longue expérience de terrain, ainsi que par des travaux consacrés aux traces des apprentissages.
A l’école maternelle, on fait beaucoup !
Chaque jour, les enseignants proposent de nombreuses activités au travers de tâches bien conçues : manipulation, jeux, expériences scientifiques, résolution de problèmes, productions plastiques, situations de langage ou d’écriture… Cependant, une interrogation demeure : « faire » suffit-il pour « apprendre » ?
L’élève apprend lorsqu’il met du sens sur ce qu’il fait. Ce sens n’émerge pas spontanément : il se construit grâce à l’accompagnement de l’enseignant, qui aide l’élève à transformer l’expérience en apprentissage.
Sans une mise en mots et une mise à distance de la tâche effectuée, l’activité reste une simple expérience, parfois plaisante, mais sans véritable portée cognitive durable.
Quelques exemples
Lorsqu’un élève transvase de l’eau d’un récipient à un autre, il découvre des notions de quantité, de contenance, de cause et d’effet. Mais c’est en verbalisant ce qu’il observe : « celui-là est plus grand », « ça déborde », « j’en ai mis trop », et en échangeant avec le maître que cette expérience devient un apprentissage structuré.
Quand un groupe d’élèves compare des collections, l’enseignant peut les amener à expliquer leurs choix, à décrire leurs stratégies, à anticiper ou à corriger leurs erreurs : c’est ce moment de réflexion sur l’action qui transforme le simple jeu en situation d’apprentissage.
Du faire à l’apprendre : un pas décisif
Le cœur du métier d’enseignant en maternelle réside dans cette médiation et dans l’ensemble des gestes professionnels qui favorisent la verbalisation, rendent les apprentissages visibles et accompagnent la construction de traces* permettant de mémoriser, de réinvestir dans d’autres situations ou dans d’autres contextes.
Parce que ces démarches professionnelles, pourtant essentielles à la compréhension des apprentissages, requièrent une réelle expertise et demeurent difficiles à déployer, les objets d’apprentissage et les enjeux cognitifs restent souvent implicites, voire invisibles, pour les élèves de maternelle. Cette réalité, souligne l’importance d’intégrer l’analyse et la maîtrise de ces démarches dans les formations des enseignants, en particulier dans la formation initiale, afin de leur permettre d’en saisir pleinement les enjeux et de les mettre en œuvre avec justesse.
Dans cette perspective, le classeur des savoirs, véritable outil de sens, de langage et de construction de l’identité d’élève, constitue un support pertinent pour accompagner la formation. Il permet de rendre les apprentissages plus explicites, d’en renforcer la visibilité et d’équiper les enseignants de repères professionnels solides pour conduire les apprentissages au cycle 1.
Alors… « Apprendre à l’école maternelle : où est le problème ? ».
Concevoir des situations riches est essentiel, mais accompagner les élèves pour qu’ils dépassent le simple récit de ce qu’ils ont fait et accèdent à la compréhension de ce qu’ils ont appris constitue un enjeu majeur. C’est cette mise en sens guidée, verbalisée et mise en trace qui fonde véritablement ce que signifie « Apprendre à l’école maternelle ». C’est également dans cette articulation subtile entre faire et comprendre que se construisent, dès le plus jeune âge, le plaisir d’apprendre, le pouvoir d’agir de chaque enfant, et plus largement les conditions de la réussite scolaire de tous les élèves.
Christine Bauducco
Construire les traces des apprentissages, Éditions Retz
Le classeur des savoirs, Éditions Retz
