Des moyennes qui comptent pour 40% de la note finale
Dans ce mémento de 23 pages publié en décembre 2025, le ministère de l’Education nationale précise le cadre des modalités d’attribution du DNB, mouture 2026. Il est surtout question des notes. « Ce mémento s’adresse en premier lieu aux professeurs, aux personnels de direction et aux inspecteurs », peut-on lire en introduction. Avec le contrôle continu noté désormais obligatoire, il convient d’assurer une certaine homogénéité des pratiques. Jusqu’alors, les collégiens de 3e validaient leur brevet avec une partie des points transformée via les compétences, souvent au dernier conseil de classe de 3e. Désormais, les moyennes au centième près de chaque discipline et de chaque trimestre comptent pour 40% de la moyenne finale. Les 60% restants concernent les épreuves terminales.
« Son calcul se base sur la moyenne des moyennes annuelles de tous les enseignements obligatoires, qui ont tous le même coefficient. La moyenne annuelle de chaque enseignement obligatoire est issue des moyennes trimestrielles ou semestrielles obtenues durant l’année de 3e », indique le ministère.
Un mémento pour davantage « d’équité et de transparence »
Les auteurs rappellent aux enseignants le code de l’éducation et notamment l’article D 331-25 qui place l’évaluation au cœur des apprentissages. « L’enjeu est de construire des moyennes annuelles représentatives et d’assurer l’équité de traitement des élèves au sein d’un même établissement comme entre établissements ».
Après un rappel des différents types d’évaluation : diagnostic, formative et sommative, les auteurs invitent finalement « les enseignants à intégrer l’évaluation dès la conception de la séquence ».
Pour les collègues et collèges qui sont sans notes, il faudra in fine aboutir à une restitution chiffrée en fin de période. « L’évaluation doit rester sereine et au service des progrès : elle ne doit pas se vivre comme une succession de situations stressantes ». Avec une santé mentale des nouvelles générations qui interroge de plus en plus, les enseignants voient de nouveaux types de demandes d’aménagement arriver surtout à propos des oraux. « J’ai deux élèves cette année qui passent les oraux désormais par écrit avec un aménagement », nous confie cette enseignante d’espagnol. « En 20 ans de carrière, ce sont des dispenses que je n’avais jamais connues auparavant ».
Dans le guide, la question de la diversification des situations d’évaluations est particulièrement développée. Automatismes, mémorisation, exécution de routines, recherche d’information ou des situations plus complexes comme la résolution de problèmes, synthèses de plusieurs documents, exercices à prise d’initiative, exercices de création, exécution de scénarios complexes sont indiqués pour aboutir « à un équilibre ».
Finalement, qu’est-ce qu’une moyenne représentative ? Le ministère considère que c’est justement « cet équilibre, entre ce qui relève de la mémorisation, de l’application et du réinvestissement ».
La question de l’intelligence artificielle
Concernant l’intelligence artificielle, il est désormais vivement conseillé « de porter une vigilance particulière aux conditions de passation des évaluations en classe afin d’éviter la fraude (téléphone portable, montre connectée, etc.) ». Bon nombre de lycées ont opté pour la phonebox en carton à l’entrée de chaque salle. Qu’en est-il des montres connectées à ChatGPT ? Faudra-t-il des évaluations bras nus ?
Le mémento précise « de ne pas noter les devoirs à la maison pour lesquels l’usage de l’IA est difficilement contrôlable » mais indique que « le recours à l’IA doit être vu comme un levier d’apprentissage ». Pour les devoirs à la maison, il est notamment conseillé aux enseignants de « privilégier des consignes qui exigent une démarche explicite (raisonnement, justification, comparaison) » et « de varier les formats de rendu (schéma, audio, fiches rédigées à la main) afin de limiter l’usage exclusif d’outils génératifs ».
Activités notées en classe : l’essentiel en 5 lignes
– Favoriser les épreuves réalisées sous surveillance pour garantir l’authenticité de la production.
– Intégrer des temps d’explicitation orale ou écrite de la démarche.
– Organiser les évaluations en plusieurs étapes observables (plan, brouillon, production finale).
– Concevoir des tâches qui nécessitent analyse critique, argumentation ou mise en lien avec les activités menées en classe.
– Varier les modalités (questions ouvertes, problèmes contextualisés, synthèses personnelles).
QCM, vrai-faux et test de performance favorisent les garçons
Un paragraphe est consacré à la différenciation des évaluations « pour plus d’équité ». Le mémento indique que les enseignants doivent « proposer, aux élèves qui en ont besoin, des aides ou des aménagements individuels (formats, supports, temps, outils autorisés, degré d’étayage, moments de passation) pour franchir les obstacles rencontrés, sans abaisser les exigences attendues ». Avec 30 élèves par classe au collège et 35 au lycée, les idéaux prônés par la différenciation sont parfois peu réalisables.
Quant aux annotations des enseignants, « il est important d’encourager les réussites plus que de souligner les échecs, en faisant en sorte que l’élève puisse appliquer rapidement les conseils donnés ». Le ministère évoque les biais de genre sur les formulations mais aussi sur les formats des épreuves, les tests de performance sont pointés du doigt ainsi que QCM et les vrais-faux qui favorisent les garçons.
Côté coefficients, ils doivent se fonder sur des critères précis. « L’attribution des coefficients relève de la liberté pédagogique du professeur et des équipes en fonction du projet pédagogique. Par exemple, une moyenne n’est pas uniquement constituée de contrôles de connaissances ». Pour les devoirs effectués hors de la classe, « leur poids évaluatif doit rester très modéré ».
Le mémento s’attarde aussi sur « les stratégies d’évitement des élèves ». Un distinguo est établi entre les évaluations de rattrapage, lors d’une absence, et l’évaluation de remplacement. Cette dernière est « une évaluation unique de fin d’année organisée par le chef d’établissement, pour remplacer une moyenne annuelle jugée non représentative. Seule l’absence non justifiée à cette évaluation de remplacement permet l’attribution de la note zéro ».
Le ministère encourage les équipes à construire collectivement les évaluations. De nombreux conseils sont donnés aux chefs d’établissement pour « impulser la réflexion collective ». Enfin, le mémento insiste aussi sur la communication en direction des familles. Les formulations des bulletins doivent être claires et éviter « l’emploi d’un lexique expert ou encore la présence d’implicites ».
On pourra retenir aussi cette affirmation : « Les élèves aiment davantage apprendre de nouvelles choses quand leurs parents s’intéressent à ce qu’ils apprennent ».
Julien Cabioch
