Quel est ce projet de laboratoire mobile autour des STIM ?
Par manque de temps, de moyens et/ou de formation, il est difficile pour les professeurs des écoles de mettre en place des activités scientifiques et technologiques dans leurs salles de classe. La plateforme https://stim-france.fr/ propose des outils, des solutions et des activités clés en main afin de contribuer à pallier ce manque.
Un réseau de professeurs de sciences de l’ingénieur volontaires peut se déplacer dans les écoles, la mallette STIM sous le bras, pour dispenser les activités proposées. Ils pourront également assurer la formation des professeurs des écoles volontaires afin de leur mettre le pied à l’étrier.
L’approche open source permettra à chacun de modifier et d’adapter les ressources à ses envies et à ses besoins, puis de les mettre à disposition sur le site.
J’ai deux petites filles de 6 et 9 ans qui, parfois, m’assistent dans la préparation de mes cours, programment des robots et observent pendant de longues minutes mon imprimante 3D produire des accessoires pour ces mêmes robots. En cette année de l’ingénierie en France, je voulais modestement amorcer la pompe STIM dans les écoles de ma ville, en espérant voir la plateforme grandir grâce aux contributions d’enseignants de tous horizons et, pourquoi pas, voir l’initiative reprise à l’échelle nationale.
Sont notamment disponibles :
– le jeu de cartes STIM’ulation qui propose des défis de programmation et de robotique ;
– des tutoriaux pas à pas de modélisation 3D ;
– la mallette STIM’ulation, véritable laboratoire mobile de robotique et d’impression 3D.
Pourquoi préconisez-vous la carte BBC micro:bit ?
J’utilise ces cartes avec des « petits » CM1 et des « grands » élèves-ingénieurs ! J’aime sa versatilité. Dans un format carte de crédit, elle intègre de nombreux capteurs qui la rendent utilisable seule à la sortie de sa boîte, sans rien avoir à ajouter. Elle est compatible avec plusieurs langages, tels que les blocs et Python. Son mode hybride, des blocs à Python, est un modèle du genre.
Mais son atout numéro un est son écosystème unique : le site de la fondation BBC micro:bit propose, à mon avis, les tutoriels et projets les plus aboutis du marché. Le nombre de cartes d’extension ou de robots programmables compatibles avec cette carte est très vaste, ce qui permet de toucher des publics extrêmement variés.
Pouvez-vous nous donner quelques exemples d’activités pédagogiques faciles à mettre en place en CM1 et en CM2 avec cette carte ?
Même sans posséder de robots, la carte offre de nombreux projets faciles à mettre en œuvre dans divers domaines. Monitorer les conditions de température et d’éclairage influant sur la croissance d’une plante, concevoir un compteur de jongles au foot, créer des personnages en carton capables d’émotions et même de communiquer entre eux, la liste est trop longue !
La liste du matériel contenu dans la mallette est disponible sur le site. Vous y trouverez également une proposition de progression pédagogique en CM1.
J’espère que mes collègues de mathématiques et de physique vont s’emparer des ressources pour les intégrer à leurs cours. Si vous jetez, par exemple, un œil à la carte STIM’ulation numéro 02 rouge, vous constaterez une utilisation astucieuse des mathématiques dans la résolution d’un problème de robotique. De même, l’utilisation de l’accessoire porte-stylo imprimé en 3D permet de tracer des figures géométriques programmées et de donner vie à un cours.
Chaque carte possède également une capsule qui fait référence à un principe physique utilisé en robotique, comme l’écholocalisation ou le fonctionnement d’une LED. STIM n’est pas un simple acronyme, mais un véritable concept d’enseignement fondé sur les ponts entre disciplines.
Quel regard portez-vous sur l’évolution de la spécialité Sciences de l’ingénieur en France ?
Je pense que c’est une filière d’excellence et de réussite que l’on méconnait, élèves comme parents. Si l’on s’intéresse aux statistiques issues de Parcoursup, on se rend compte que les élèves qui combinent Mathématiques et SI en classe de Terminale ont des taux d’accès aux écoles d’ingénieurs plus élevés que ceux des autres combinaisons de spécialités. De la même manière, les classes préparatoires PTSI sont des voies d’accès aux meilleures écoles que l’on ignore.
Pour de nombreux élèves, la SI permet de donner corps aux matières plus abstraites, telles que les mathématiques et la physique. C’est l’idée sous-jacente de la plateforme stim-france.fr : l’algorithme ne reste pas un concept ; il permettra de piloter les mouvements du robot, de corriger ses erreurs et de progresser. Le lien concret est fait !
Sur les 3 dernières années, vous avez doublé les effectifs en SI dans votre lycée. Comment avez-vous fait ?
Avec ma collègue Gisèle Bareux, nous avons sorti nos élèves de la salle de classe ! Ils mènent des projets très ambitieux, qui me laissent souvent admiratif. Ce serait extrêmement dommage de les laisser dans la confidentialité de nos établissements.
Les concours sont un excellent moyen de mettre en avant leur créativité : les Olympiades des Sciences de l’Ingénieur sont l’occasion, chaque année, de rencontrer ces ingénieurs de demain. J’y participe depuis de nombreuses années et on peut voir de la fierté chez les élèves à l’idée de défendre leur “bébé technologique” devant un jury.
Concernant mon établissement, le lycée Jean Mermoz, j’ai eu la chance d’accompagner mes élèves de SI lors de leurs 3 titres consécutifs de champions de France F1 in Schools. Il s’agit du plus important concours de sciences et de techniques du monde, avec près de 2 millions de participants par an dans plus de 65 pays. Nous avons ainsi pu représenter la France lors des Finales mondiales à Singapour, en marge du Grand Prix de F1. Lors d’une semaine d’épreuves, les élèves sont jugés par des ingénieurs de F1 et bénéficient de leurs conseils et de leurs encouragements. C’est comme vivre la série Netflix “Drive to Survive” en vrai ! Forcément, cela crée de la stimulation au sein de l’établissement et génère un grand nombre de candidatures pour la section.
Entretien par Julien Cabioch
