Un score qui résiste malgré tout
Les résultats de l’enquête internationale PISA publiés ce mardi 8 septembre 2026 sont désormais connus. Les élèves français de 15 ans ne brillent pas par le score obtenu en sciences pour cette session. La France est dans le milieu du tableau avec un score de 483 points soit une baisse de 4 points par rapport à 2022 (et de 10 points par rapport à 2019). « Les résultats en sciences résistent », indique l’OCDE. La baisse n’est en effet que d’un point supérieur à la baisse globale des autres pays.
Dans le haut du classement, les 4 provinces chinoises testées (597 points), Singapour (560 points) et le Japon (538) forment le trio de tête. Le Royaume-Uni obtient 511 points et les USA 502. Avec ses 483 points, la France se situe au niveau de l’Italie et du Portugal mais est devancée par l’Allemagne (486).
En France, « environ 74% des élèves atteignent au moins le niveau 2 sur les 6 de l’enquête », note l’OCDE. « Au niveau 2, les élèves savent reconnaître une explication correcte de phénomènes scientifiques familiers et utiliser leurs connaissances pour déterminer, dans des cas simples, si une conclusion est valide au regard des données fournies ». Retenons que plus d’un quart des effectifs (26%) est au niveau minimal de performance, soit un record depuis le début des enquêtes PISA. « La France demeure l’un des pays de l’OCDE où la différence de résultats entre les élèves favorisés et les élèves défavorisés est la plus marquée (100 points d’écart de score en culture scientifique, contre 85 points en moyenne dans l’OCDE », indique aussi la DEPP qui ajoute en analyse que « la France se situe parmi les pays de l’OCDE où l’association entre le niveau socio-économique et la performance scolaire est la plus forte ».
Dans l’une de ses note publiée ce jour, la DEPP a refait les graphiques de l’OCDE et a séparé les élèves doublant, les lycéens professionnels et les secondes générale et technologique. « La performance des élèves de seconde GT (525 points) est similaire aux scores moyens obtenus par des pays très performants en 2025 comme l’Estonie », indique la DEPP.
Un manque de matériel dans les laboratoires de sciences
La France compte 7% d’élèves de 15 ans très performants en sciences, soit la moyenne de l’OCDE. Ces élèves « savent appliquer de manière créative et autonome leurs connaissances scientifiques dans une grande variété de situations, y compris inédites ».
Le manque de matériel dans les laboratoires de sciences au lycée est aussi pointé par l’enquête. « 20% des élèves sont scolarisés dans des éétablissements en manque de matériel pédagogique, manuels, équipements informatiques, bibliothèque ou matériel de laboratoire », écrit l’OCDE (contre 15% en 2022). Pire, 25% des élèves sont concernés par un manque d’infrastructures physiques en 2025 contre 19% en 2022. « Davantage de moyens peuvent produire des bénéfices importants, mais la manière de les utiliser est tout aussi déterminante« , peut-on lire. Déjà en 2019, l’enquête TIMSS notait que seulement 75% des collégiens français interrogés avaient cours dans un laboratoire spécifique.
Trop de bruit lors des séances ?
Davantage d’élèves curieux… Merci qui ?
En sciences, les élèves issus de l’immigration obtiennent des résultats inférieurs de 16 points par rapport aux autres. Ce n’est pas le cas au Royaume-Uni, où ces élèves obtiennent de meilleurs résultats que les autres. L’enquête ne précise pas les raisons.
Retenons aussi le positif dans cette énième étude. « Les élèves en France prennent plaisir à apprendre les sciences », relève l’OCDE. La progression est nette aux questions suivantes « J’aime travailler sur des sujets scientifiques généraux », 71% des élèves répondent oui contre 55% en moyenne dans les autres pays. « Pour former davantage de scientifiques, d’ingénieurs et d’innovateurs, les systèmes éducatifs doivent donc s’intéresser à la fois aux performances et au plaisir d’apprendre les sciences. »
L’enquête PISA s’intéresse aussi à la persévérance des élèves, leur curiosité, leur adaptabilité ainsi qu’à l’état d’esprit de développement. « En France, 81 % des élèves ont un état d’esprit de développement (contre 69 % en moyenne dans l’OCDE): ils considèrent que l’intelligence peut se développer grâce au travail, aux efforts et aux retours reçus ». Autrement dit, plus de 80% des élèves français interrogés ne sont pas d’accord ou pas du tout d’accord avec l’affirmation : « Votre niveau d’intelligence est donné et vous ne pouvez pas vraiment faire grand-chose pour le modifier ». Ils sont 52% en Suède…
Cependant le rapport appelle toutefois à la prudence : croire au progrès peut favoriser la réussite, mais la réussite elle-même peut aussi renforcer cette croyance. « Les difficultés scolaires ne peuvent pas être réduites à un problème d’état d’esprit : elles peuvent venir de lacunes antérieures, de difficultés en lecture ou en mathématiques, de l’absentéisme ou de facteurs sociaux et émotionnels ».
Enfin, la proportion d’élèves qui se considère curieux a nettement augmenté en 3 ans, passant ainsi de 53% à 61% entre les deux dernières études.
Une IA efficace mais avec parcimonie
L’utilisation de l’intelligence artificielle dans les apprentissages est analysée et mérite d’être analysée. Il en ressort notamment qu’une utilisation de l’IA pour « aider à apprendre une à deux fois par semaine » s’avère pertinente pour obtenir de meilleurs résultats.
Mais si vous aviez un doute, PISA confirme que « l’amélioration des résultats est liée à un soutien accru de la part des enseignants. Les élèves apprennent mieux avec des enseignants qu’ils apprécient ».
Pour les curieux qui veulent en savoir plus sur le type de questions posées lors de PISA, la DEPP a rassemblé une équipe d’enseignants de physique-chimie et de SVT qui a décrypté les scores des élèves en fonction des questions. Le document de 37 pages mérite aussi une lecture attentive…
On y retrouve les thèmes de sciences évalués dans PISA comme la santé et maladies, les ressources naturelles, la qualité de l’environnement, les risques et les frontières des sciences et de la technologie. Par exemple, à la question ci-dessous, seuls 9 % des lycéens français ont répondu correctement. Et vous ?
Julien Cabioch
