Vous avez fait partie d’un projet Erasmus pour étudier le système éducatif espagnol. Quels en étaient les objectifs ?
Une délégation de l’UNSA Éducation était présente à Madrid, en Espagne, du 26 au 30 janvier 2026, pour une série de rencontres syndicales, institutionnelles et de visites d’écoles et d’établissements visant à étudier comment l’Espagne mettait en œuvre une éducation au vivre-ensemble dans le cadre scolaire, dans le cadre d’un projet Erasmus organisé en partenariat avec le syndicat de l’éducation de l’UGT Espagne. La question du climat scolaire et du bien-être des élèves et des personnels dans le cadre scolaire est une question cruciale pour l’avenir de l’école publique.
Quoi d’intéressant côté espagnol ? Depuis 2019, le gouvernement espagnol de Pédro Sanchez (PSOE, socialiste), a mis en œuvre une nouvelle loi organique pour l’éducation (LOMLOE) qui donne la priorité au développement du vivre-ensemble dans les établissements scolaires. Désignation de coordinateurs de bien-être dans les écoles, programmes scolaires intégrant mieux l’égalité filles-garçons, actions éducatives pour prévenir le harcèlement scolaire et apprendre aux élèves à gérer des conflits, valorisation des émotions des élèves et des compétences sociales sont quelques exemples des nouvelles priorités éducatives du gouvernement espagnol.
Il a mis aussi en œuvre des mesures courageuses et concrètes pour favoriser la mixité sociale et pour contraindre l’enseignement privé sous contrat (concertados) à s’inscrire dans une meilleure inclusion éducative. Par exemple en favorisant l’affectation des élèves qui prend en compte les origines sociales, pour éviter les phénomènes de ségrégation ou encore en obligeant les établissements « concertados » à prendre en charge des élèves nouvellement arrivés pour bénéficier du statut de privé sous contrat. Des dispositions qui restent encore à évaluer.
Quelles observations avez-vous faites ? Quel bilan après 6 ans ?
On a pu se rendre compte des réussites de la loi organique à l’échelle locale, en observant des séquences de cours où les élèves apprenaient à gérer leurs émotions, développaient la médiation entre pairs, ou apprenaient à mieux accueillir les élèves qui viennent d’ailleurs. Ils ont aussi pu relever les limites des politiques éducatives espagnoles quand les communautés autonomes, dans un cadre décentralisé, peuvent bloquer les initiatives et les préconisations de l’État en limitant les moyens qui sont dévolus ou en les dévoyant.
Une réunion avec la direction des programmes du ministère de l’éducation, une rencontre avec la présidente du conseil d’état scolaire (équivalent du conseil supérieur de l’éducation) et des échanges avec les responsables locaux de l’UGT Services publics – enseignement ont permis de discuter de l’évaluation de cette réforme, un point qui manque constamment dans la mise en œuvre des politiques éducatives en France.
On a pu relever comment l’objectif même du système éducatif espagnol, avec cette réforme, pouvait être différent de ceux que se donne le système éducatif français et ceux qui le pilotent. En Espagne, le bien-être des enfants est un objectif en soi, et pas seulement un levier pour la réussite éducative. L’attention au climat scolaire et une approche humaine de la question éducative tranchent avec des débats éducatifs français qui se concentrent sur des classements et des statistiques liées aux évaluations nationales qui se sont systématisées depuis 2017.
Propos recueillis par Djéhanne Gani
