Deux histoires d’inondation, à l’heure où de nombreuses communes ont une fois encore les pieds dans l’eau, et que le changement climatique, en renforçant des épisodes extrêmes, rendent de plus en plus fréquentes ces scènes de rivières qui débordent, de rues transformées en torrents, de maisons pleines d’eau… Dans le premier album une famille doit fuir une nuit de tempête et peine à trouver un abri. Dans l’autre, c’est le sauvetage de girafes piégées par une montée des eaux…
L’inondation, d’Armelle Modéré, Ed. Actes Sud Jeunesse
« Ça s’est passé un soir d’orage. La pluie s’est mise à tomber, à tomber sans s’arrêter ». Lorsque l’eau s’est engouffrée dans les terriers, la famille Blaireau a sauté dans sa barque avec quelques affaires. Après une nuit secouée par les flots, lorsque le matin arrive et que la pluie s’arrête, force est de constater que Léa et ses parents n’ont plus de maison. Mais personne, alentour, n’ouvre sa porte pour leur permettre de se réchauffer. Alors que la famille s’installe dans la forêt devant un bon feu, une lueur dans la nuit, et un drôle d’animal apparaît. A leur recherche, il vient leur proposer de rejoindre un abri pour ceux qui ont fui l’inondation. Dans ce refuge improvisé la petite rencontre d’autres enfants qui ont eux aussi vécu différentes catastrophes, et qui vont s’occuper d’elle comme d’une petite sœur.
De bout en bout les illustrations colorées, la force et la douceur des personnages, rendent les mésaventures de cette famille « non désespérantes », même quand tout va mal ! Une histoire d’amitié, de solidarité, d’entraide lors de catastrophes naturelles. Grâce à la générosité, l’espoir peut renaître quand tout semble désespéré.
Une girafe, ça sourit, oui ! d’André Poulin, ill. Geneviève Desprès, Ed. Les 400 coups
En 2020, au Kenya, des pluies torrentielles ont transformé une presqu’île du lac Baringo, en île sur laquelle neuf girafes se retrouvent piégées. Sans nourriture, leur survie est compromise. Une opération de sauvetage est organisée : cet album en fait un récit poétique, avec des illustrations douces, centré sur la séparation d’un girafon avec sa mère. Chaque scène est commentée par trois vers, minimalistes, à la manière d’haïkus.
Ainsi le livre s’ouvre par la naissance du girafon présentée, sans majuscules : « tomber de haut / sous le soleil d’Afrique / venir au monde ». Un travail sur les mots qui s’accompagne d’un magnifique rendu sur les textures : herbes de la savane, surface de l’eau sous la pluie, rideau de l’orage sur le paysage, flots gris du lac sur lesquels glisse le radeau transportant les girafes… Sans grands effets, on comprend la difficulté du sauvetage, car transporter des animaux aussi grands sur des radeaux n’est pas aisé ! On est pleins d’empathie pour ce girafon séparé de sa mère le temps du sauvetage, et attendris par leurs retrouvailles qui donnent le sourire : une girafe, ça sourit, oui ! et nous aussi.
Marianne Baby
