Annoncée dans le Café pédagogique, l’ouverture du concours d’IA-IPR aux personnels de l’enseignement privé a immédiatement suscité une levée de boucliers. Face aux critiques, le ministre temporise et promet concertation. Mais pour le Comité national d’action laïque (Cnal) comme pour le Snia-IPR, la question touche au cœur de la place du service public et de l’attractivité des métiers.
Un signal lourd de sens
L’annonce du Spelc (syndicat des personnels du privé) de l’ouverture des concours d’inspection aux enseignants du privé sous contrat, non fonctionnaires a surpris et crispé. Évoquée dans le Café pédagogique, l’ouverture du concours d’inspection aux personnels du privé a ravivé un clivage ancien entre les deux versants du système éducatif. Depuis, le ministère a démenti cette information à AEF info : « il n’y a pas d’ouverture prévue à ce stade. Aucun engagement n’a été officiellement pris » , laissant entendre qu’il s’agit davantage d’une question de temps que de fond.
Il assure vouloir « prendre le temps du dialogue » et rappelle son attachement à la neutralité des missions d’inspection. Mais pour le Cnal, le signal envoyé est lourd de sens. « C’est une ligne rouge qui ne doit pas être franchie », prévient l’organisation dans un communiqué publié le 13 février 2026. « Comment justifier un tel accès ? Ces personnels ont fait le choix de ne pas servir l’État. Ils exercent dans des établissements relevant d’un système privé, en concurrence avec le service public d’éducation ».
Au-delà du principe, le comité insiste sur la nature même de la fonction. « Devenir inspecteur ou inspectrice suppose un parcours professionnel attestant d’une connaissance approfondie du service public d’éducation et de ses exigences, au titre desquelles la neutralité s’impose à tout agent public ». Et de rappeler : « Aujourd’hui, ce sont les différents corps et métiers du service public qui permettent cet accès à une mission d’expertise qui se doit de garantir cette neutralité ».
L’argument de la pénurie contesté
Du côté du Snia-IPR, l’inquiétude est également vive. « Sur le fond, compte tenu des relations passées entre le ministère et l’enseignement privé, et suite aux scandales passés récemment dévoilés par la Commission d’enquête parlementaire, nos collègues s’interrogent aujourd’hui quant à la garantie d’impartialité des contrôles futurs », souligne le syndicat.
L’organisation balaie par ailleurs l’argument d’un manque d’effectifs. Selon elle, la pénurie d’IA-IPR « n’est absolument pas une question d’élargissement du vivier de recrutement », ni même « de création de postes supplémentaires ». Le problème serait avant tout celui de l’attractivité du métier, marqué par des responsabilités accrues et des conditions d’exercice jugées peu incitatives.
En temporisant, le ministre cherche à désamorcer une polémique sensible. Mais derrière cette réforme technique, c’est une question politique qui affleure : celle des frontières entre public et privé, du rôle de l’État dans ses fonctions de contrôle et de régulation des secteurs. Une question épineuse dans un contexte de crises.
Djéhanne Gani
Bientôt des IA-IPR venant de l’enseignement privé : les textes sont prêts
