« Nous allons perdre l’équivalent de cinq postes »
« Nous allons perdre l’équivalent de cinq postes. Cela signifie concrètement moins de dédoublements, moins d’options et des classes plus chargées », explique Marthe Bonifay, enseignante au lycée Diderot. « Pour les élèves, cela veut dire moins de choix et des conditions d’apprentissage dégradées » explique-t-elle.
Depuis plusieurs semaines, le lycée Diderot est mobilisé contre la baisse de moyens prévue pour la rentrée prochaine. Les personnels dénoncent une diminution importante de la dotation horaire globale (DHG), qui devrait entraîner la suppression de près de 60 à 70 heures d’enseignement par semaine, soit l’équivalent d’environ cinq postes d’enseignants. « En deux ans nous avons perdu 45 heures liées à notre statut de lycée accompagné (anciennement ZEP) » explique l’équipe mobilisée. Les professeurs, les AESH et d’autres personnels étaient en grève la semaine dernière. Ils dénoncent les effets de la réduction des moyens : suppression de plusieurs options et spécialités, diminution des heures d’accompagnement personnalisé.
Une dégradation progressive des moyens
Les enseignants soulignent que cette baisse intervient après plusieurs années de diminution des dispositifs d’accompagnement. Le lycée Diderot a notamment perdu une partie des moyens associés à son ancien statut d’éducation prioritaire. En deux ans, l’établissement aurait déjà perdu plus de 45 heures liées au dispositif de “lycée accompagné” pour la voie générale, ainsi qu’une dizaine d’heures dans la section professionnelle. Pour les enseignants, ces suppressions s’inscrivent dans un mouvement plus large de réduction des moyens dans l’éducation nationale. Le gouvernement a annoncé récemment la suppression de 4 000 postes d’enseignants.
Dans l’académie d’Aix-Marseille, cela représente 40 postes supprimés dans le secondaire et 36 dans le premier degré. « Ces décisions se traduisent immédiatement dans les établissements », explique l’enseignante. « Quand on perd des heures, on perd aussi des possibilités d’accompagner les élèves qui en ont le plus besoin. »
Une mobilisation qui s’étend
La mobilisation ne concerne pas uniquement le lycée Diderot. Plusieurs établissements marseillais ont déjà rejoint le mouvement. Le 5 mars, le lycée Nelson-Mandela était en grève. Le 10 mars, les lycées Diderot, Victor-Hugo et Montgrand se sont mobilisés à leur tour. De nombreux établissements de l’académie ont reçu des dotations horaires en baisse. Dans les Bouches-du-Rhône, certaines diminutions dépassent la centaine d’heures, comme au lycée Pierre-Mendès-France ou au lycée Montgrand.
Face à cette situation, enseignants et personnels appellent à une convergence des mobilisations. « Nous sommes nombreux à constater la même chose : moins d’heures, moins de postes et des conditions de travail qui se dégradent », explique l’enseignante.
Blocages et tensions avec les autorités
Au lycée Diderot, la mobilisation s’exprime aussi par des blocages organisés par les élèves. Selon les personnels, les autorités ont répondu par une présence policière devant l’établissement dès le début de la journée. « La seule réponse des autorités a été l’envoi de la police dès 7 heures du matin pour empêcher les blocages », dénonce Marthe Bonifay. « Cela ne répond en rien aux problèmes que nous soulevons. » Lors d’une mobilisation précédente, un lycéen a également été interpellé et placé en garde à vue, une situation dénoncée par les personnels et les organisations syndicales.
Un appel à la grève le 17 mars
Les personnels mobilisés ont décidé d’appeler à une journée de grève et de mobilisation le mardi 17 mars 2026. Un rassemblement est prévu à 11 heures aux Réformés, en haut de la Canebière. Ils demandent la fin des suppressions de postes annoncées, le retour des lycées dans les dispositifs d’éducation prioritaire et des moyens supplémentaires pour répondre aux besoins des établissements. « Nous resterons mobilisés », assure Marthe Bonifay. « Les élèves se battent pour leurs conditions d’étude et leur avenir. Nous sommes à leurs côtés. »
Djéhanne Gani
