Les élèves aubagnais, quel que soit leur âge, partagent tous une condition commune. De la maternelle jusqu’à la terminale, ils subissent tous les conséquences désastreuses de l’austérité appliquée au monde de l’éducation. Car cette austérité qui ne dit pas son nom et qu’on a tendance à nous présenter comme des réductions budgétaires inévitables et de bon sens a des effets bien réels.
L’austérité dès la maternelle
En école maternelle et élémentaire tout d’abord, lors des fermetures de classes on voit surgir ça ou là des mobilisations contre celles-là. Mais ces luttes ne sont jamais véritablement victorieuses car en cas de victoire de telle école qui arrive à faire annuler sa fermeture cela signifie automatiquement que la fermeture a été programmée ailleurs, dans une école moins mobilisée. Le budget étant déjà acté et aucune création de postes n’étant possible à ce moment-là. Souvent, ce sont les postes de remplaçants qui servent de variable d’ajustement. Et justement, à Aubagne on ne cesse de nous rendre compte de ce que ce nombre insuffisant de personnels remplaçants fait aux conditions de travail des enseignants et aux conditions d’étude des élèves.
Cette année scolaire, encore plus que l’année dernière, mais certainement moins que l’année prochaine, les journées d’absences non remplacées dans nos écoles maternelles et élémentaires se comptent par dizaines, parfois par centaines ! Des enseignants non remplacés parfois pendant plusieurs semaines ou mois, en plus de créer une rupture pédagogique évidente pour les élèves concernés, cela dégrade les conditions de travail de l’ensemble des écoliers ! Car des classes qui accueillent 2, 4, 6 voire parfois 10 élèves supplémentaires répartis, cela ne peut être sans impact sur les apprentissages de tous !
Une inclusion empêchée
L’école inclusive est mise à mal elle aussi. Le nombre d’AESH est insuffisant. Mais ces personnels essentiels dans la scolarisation des élèves en situation de handicap sont parmi les plus précaires, sans statut, avec une formation rabougrie reposant uniquement sur la bonne volonté et le surinvestissement personnel et elles ont un salaire tout simplement indécent. Le fait que des enfants aubagnais subissent une déscolarisation partielle par manque de moyens est un scandale qui mériterait à lui tout seul une mobilisation générale.
Nous pouvons compléter cet état des lieux de mal être structurel de l’école en rappelant le nombre plus qu’insuffisant de personnels du Réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED), de médecins et d’infirmières scolaires, ou encore l’état honteux du bâti scolaire aubagnais au sujet duquel les syndicats, collectifs de personnels ou associations de parents d’élèves n’ont cessé d’alerter l’opinion. Les problèmes thermiques, d’hygiène ou bien d’étanchéité sont légion !
Collèges et lycée comme lieux de tri social ?
Concernant le second degré avec les collèges et les lycées, les problèmes ne sont pas moindres ni de nature très différente.
Là aussi l’austérité rime avec rupture de continuité pédagogique. Voir des enseignants absents pendant des mois sans être remplacés est devenu le quotidien de tous les collégiens et lycéens. Les élèves concernés subissent une rupture de l’égalité de traitement et sont fortement pénalisés lors de la passation du brevet ou du baccalauréat et l’avenir d’un bon nombre d’entre eux s’en trouve ainsi compromis ou carrément condamné. Les effets de l’austérité sont ici aussi tout sauf virtuels.
Au collège, l’expérience des groupes de niveaux a été à Aubagne comme ailleurs un échec. Si ce tri social précoce n’a pu s’imposer durablement c’est uniquement grâce à l’opposition déterminée et déterminante du terrain. Mais la volonté des gouvernants a été dévoilée : faire du collège une première station de tri. Après des années de cette scolarité subordonnée à l’austérité et donc à la continuité et à la qualité fort aléatoires, tenter de savoir qui sont les élèves qui s’en tireront le mieux est un jeu de dupes.
L’austérité budgétaire a eu raison du Pass culture ce qui met en danger certaines options ou spécialités comme le théâtre. Seuls les élèves dont les familles ont les moyens de payer l’accès aux spectacles auront le droit de s’y orienter. N’est-ce pas cohérent avec le reste ?
Cette austérité fait aussi peser la menace sur d’autres dispositifs qui sont censés corriger les inégalités sociales : lors des baisses des dotations horaires ou des heures supplémentaires ce sont les dispositifs tels les dédoublements qui sont les premiers visés.
Mais qu’on ne s’inquiète pas, d’autres dispositifs se portent bien. Ainsi, l’entrisme de l’armée au sein des établissements scolaires à travers les classes « défense » ou autres projets de propagande militaire se portent fort bien. Et ce n’est pas fait pour nous rassurer.
Un avenir condamné
Enfin, pour tous ceux qui auront réussi à échapper à tous ces obstacles, à obtenir malgré tout des résultats suffisants jusqu’à la fin du lycée, Parcoursup se dressera devant eux en guise de couperet ultime et le plus impitoyable. Car l’austérité détruit la scolarité des élèves de la maternelle au lycée, mais elle détruit aussi les places disponibles dans l’enseignement supérieur. Alors qu’auparavant le baccalauréat était considéré comme le tout premier diplôme de l’enseignement supérieur puisqu’il en ouvrait la porte, aujourd’hui il n’ouvre sur rien d’autre que ce qu’on décrit ici depuis le début : une scolarité jumelée aux inégalités sociales. Des dizaines de bacheliers aubagnais se retrouvent chaque année sans débouché dans le supérieur faute de places en nombre suffisant. Tout ça… pour ça !
Nous voyons bien ici que ce qui est en jeu n’est pas tel ou tel poste dans une école ou telle dotation horaire dans tel collège ou lycée. Ce qui est en jeu, et ce qui nous a poussés à nous retrouver au sein de ce combat collectif, c’est l’avenir de l’école publique en tant que telle !
Puisque les combats isolés ne permettent que la mise en concurrence de nos établissements entre eux nous optons pour la lutte collective. Adapter les objectifs et les méthodes aux moyens insuffisants dictés par les politiques austéritaires est la logique qui nous a menés là où nous sommes. Nous exigeons un service public d’éducation à qui seront octroyés des moyens à la hauteur de ses besoins. Et au vu de toutes ces années de dèche, les besoins sont conséquents ! Ça tombe bien, notre détermination aussi !
Signataires :
Sud éducation 13
CGT éduc’action – section 1er degré circonscription d’Aubagne
Sud éducation – section lycée Joliot Curie
CGT éduc’action – section lycée Joliot Curie
SNFOLC – section lycée Joliot Curie
Association de parents d’élèves (APE) du collège Lou Garlaban
APE de l’école élémentaire la Pérussonne
APE de l’école Les Passons
Les représentants des parents d’élèves de l’école élémentaire La Tourtelle
Nicolas Ferran – parent d’élève
Marc Millon – professeur de mathématiques au collège Nathalie Sarraute
Sylvie Ferran – enseignante spécialisée
Adèle Marino – AESH à l’école Pin Vert
Elise Svrdlin – enseignante spécialisée
Eryn Ferran – étudiante
Manon Ferran – lycéenne
