les traces des apprentissages sont partout en maternelle… Et leur élaboration relève d’un enjeu didactique majeur. Explications de Christine Bauducco, ancienne professeure des écoles, directrice d’école en maternelle.
À l’école maternelle, les traces sont partout : cahiers de vie, cahiers de réussite, affichages, productions d’élèves ou supports numériques… Si leur présence est largement installée dans les classes, leur fonction comme outil pédagogique demeure souvent implicite et rarement interrogée.
Malgré les évolutions pédagogiques engagées ces dernières années, force est de constater que, dans de nombreuses classes, les élèves restent encore peu impliqués dans la production et l’organisation des traces, notamment celles de leurs apprentissages. Bien souvent, ces traces sont pensées, mises en forme et classées par l’adulte – enseignant ou ATSEM – laissant les élèves en retrait de leur construction. Ainsi conçues à partir de représentations d’adultes, elles peuvent donner l’illusion d’une compréhension de l’élève sans pour autant garantir qu’elles fassent réellement sens pour lui. (Lire : Construire les traces des apprentissages, Editions Retz). La trace devient alors un simple objet de communication qui répond aux attentes institutionnelles ou parentales.
L’institutionnalisation des apprentissages à travers une trace écrite élaborée en médiation avec les élèves reste une pratique encore peu développée au cycle 1. Pourtant, mettre en mots à l’oral et par écrit, avec les élèves, ce qui a été appris contribue à donner du sens aux activités, à rendre visibles les progrès, à construire de la continuité et à valoriser les savoirs acquis. Au-delà du cahier de vie, reflet du quotidien de la classe, associer l’enfant à l’élaboration des traces de ses apprentissages soutiendra non seulement le développement du langage oral et écrit, la structuration de repères spatiaux et temporels mais bien plus… cela aidera l’élève à comprendre ce qu’il apprend, comment il apprend et ce qu’il sait désormais, ce qui en fait un levier pédagogique essentiel. (Voir : dispositif Classeur des savoirs).
Faire des traces un objet partagé avec les élèves constitue un point d’appui majeur : cette démarche participe à la transformation de l’expérience en connaissances progressivement stabilisées. Dans cette perspective, cela invite à interroger :
- la lisibilité des traces et leur accessibilité du point de vue de l’élève ;
- les modalités de production impliquant l’enfant (dessins, photographies, dictée à l’adulte, choix iconographiques) ;
- la structuration et la cohérence des supports proposés ;
- l’articulation entre les différents recueils de traces (cahier de vie, cahier de réussites, CSA, supports numériques) au service des apprentissages et de leur continuité.
Réinterroger les traces en maternelle revient ainsi à s’inscrire pleinement dans les orientations des programmes qui reconnaissent le langage comme outil de structuration de la pensée et d’accès aux savoirs. Dès lors, l’implication active de l’élève dans leur élaboration ne relève pas d’un simple ajustement pédagogique mais d’un enjeu didactique majeur : permettre la transformation progressive de l’expérience scolaire en connaissances conscientes, partageables et durables.
Christine Bauducco
Dans le Café pédagogique
