Une convocation subie et sans possibilité de refus
« Nous ne pouvons pas refuser », comme de nombreux collègues, Nathalie* explique avoir été désignée d’office pour corriger les épreuves du CRPE : dès janvier, un premier mail leur permet d’émettre des vœux sur les disciplines à corriger — mathématiques, français, ou encore histoire-géographie, sciences et arts — ainsi que de prendre connaissance du calendrier. Les corrections sont alors annoncées du 14 au 22 avril. Une période qui interroge immédiatement : « Nous sommes en vacances jusqu’au 19 avril, et avec une rentrée le 20 où il nous sera impossible de corriger sur notre temps devant élèves. »
Une organisation floue, puis une convocation de dernière minute
Après ce premier message, plus aucune information pendant plusieurs mois. Jusqu’à ce mail reçu « ce matin, à 10h », « J’apprends qu’une réunion d’entente se tiendra demain matin de 9h15 à 12h30 en visio. Plusieurs d’entre nous n’auraient pas été informés », explique-t-elle. La convocation arrive donc la veille pour le lendemain.
« Aucune de mes collègues de l’école n’ont reçu l’information non plus, nous sommes a priori très nombreuses dans ce cas », ajoute-t-elle. La réunion en visio a été enregistrée, d’une durée de 4h. Elle présentait les épreuves, les barèmes et les attendus de correction de chacune des disciplines.
Une charge de travail jugée irréaliste
C’est en découvrant le volume de copies à corriger que la situation devient, selon elle, « inacceptable ». « J’apprends que je dois corriger 24 copies en histoire-géographie-EMC, 20 en SVT et 20 en art, soit 64 copies en tout ! » détaille-t-elle. En estimant un temps de correction de 30 minutes par copie — « ce qui me semble complètement insuffisant » — elle arrive à plus de 30 heures de travail à fournir en quelques jours seulement. « Il me faudrait donc trouver plus de 30 heures de travail entre mercredi et dimanche, en oubliant bien sûr que je suis en vacances ! »
De nouvelles contraintes découvertes au dernier moment
Un second message reçu dans la foulée vient encore alourdir la charge de travail. Il précise les modalités concrètes de correction, propose un document pour s’autoformer à l’utilisation d’une plateforme numérique, et introduit de nouvelles obligations.
« Il mentionne la double correction, et l’harmonisation des notes avec notre binôme », explique l’enseignante. Autrement dit, après avoir corrigé l’intégralité des copies, un temps de travail supplémentaire entre les deux correcteurs-rices doit être pris afin de discuter et d’ajuster les notes : « Des heures supplémentaires, après le temps de correction, et probablement lorsque nous aurons repris la classe la semaine prochaine ! » Le mail indique également que « tous les correcteurs […] sont tenus de participer » à la réunion d’entente, confirmant le caractère obligatoire du dispositif, malgré les délais très contraints.
« Un manque de considération » pour les enseignants… et les candidats
Au-delà de sa situation personnelle, l’enseignante s’inquiète des conséquences sur la qualité de correction. « Je trouve tout cela honteux, encore un manque de considération des enseignant·es et surtout des candidats au CRPE », affirme-t-elle. Elle alerte sur un risque bien réel : « Sont-ils au courant que certain·es d’entre nous n’accorderont pas plus de 10 minutes à leur copie, faute de temps ? »
Elle souligne également l’absence d’informations sur une éventuelle rémunération : « Sans parler d’une rémunération dont il n’est aucunement question dans les mails. » La question de la rémunération reste floue, lors de la visio, il a été indiqué que la correction serait payée 7 € par copie : mais peut-être 3,50 € par personne quand il s’agit d’un binome (sans précision net/brut). Et le mode de comptage est complexe puisque toutes les copies ne sont pas corrigées intégralement. La formatrice a évoqué une moyenne d’une vingtaine de copies … et a signalé que certains correcteurs n’avaient pas encore été payés pour l’an dernier.
Une organisation qui interroge
Ce témoignage met en lumière des dysfonctionnements déjà pointés dans l’organisation du CRPE, notamment en ce qui concerne les conditions de correction et la mobilisation des enseignants. Entre convocations tardives, manque d’anticipation, double correction et surcharge de travail, la question de la qualité et de l’équité de l’évaluation des futurs enseignants est posée. Pour cette professeure, une chose est certaine : « Ce sont aussi les candidats qui risquent d’en payer le prix. »
Djéhanne Gani
Dans le Café pédagogique :
CRPE L3 : des correcteurs payés moitié moins pour le même travail ?
