De 2016 à 2025 : une évolution en deux phases
Une note du ministère sur les congés pour raison de santé a été publiée en mai. Alors ? Entre 2016 et 2025, les congés pour raison de santé chez les enseignants suivent une évolution en deux phases. La proportion d’enseignants ayant eu au moins un arrêt diminue d’abord fortement, passant de 48 % en 2016-2017 à 36 % en 2019-2020, soit une baisse de 12 points. Elle remonte ensuite avec la crise sanitaire, atteignant 40 % en 2020-2021 puis un pic de 49 % en 2021-2022. Depuis, la tendance s’est infléchie et s’établit à 43 % en 2024-2025.
Parallèlement, la durée moyenne des absences évolue de manière plus irrégulière mais globalement à la hausse. Elle passe de 35 jours en 2016-2017 à 44 jours en 2020-2021, avant de redescendre à 38 jours en 2021-2022, puis de se stabiliser autour de 40 jours en 2024-2025. La part des personnels arrêtés a baissé, mais la durée s’est un peu allongée.
Une majorité de congés (87%) pour maladie ordinaire
En 2024-2025, 942 700 congés ont été enregistrés dans l’Éducation nationale, toutes catégories confondues (maladie ordinaire, congés longs, ATMP, maternité, paternité et adoption). Ils représentent 20,9 millions de jours d’arrêt sur l’année.
Les congés de maladie ordinaire représentent 87 % des congés et 60 % des jours d’arrêt. Les congés longs ne représentent que 5 % des congés mais concentrent 35 % des jours. Les congés maternité, paternité et adoption représentent quant à eux 3,1 millions de jours d’absence. Au total, 43 % des agents ont été arrêtés au moins une fois dans l’année. En moyenne, un agent est absent 15 jours, dont 9 jours pour les seuls congés de maladie ordinaire.
Des écarts marqués selon l’âge et le sexe
Les congés ne concernent pas uniformément l’ensemble des personnels. Près d’un agent sur deux âgé de 30 à 39 ans a connu au moins un arrêt. La durée des absences augmente avec l’âge, puisqu’elle atteint 19 jours en moyenne après 50 ans, contre 10 à 13 jours chez les plus jeunes. Les femmes sont davantage concernées que les hommes, avec 46 % d’entre elles arrêtées contre 35 % des hommes. Cet écart s’explique en partie par les congés maternité, mais pas uniquement. Ainsi, 40 % des femmes de 50 ans et plus ont eu un congé de maladie ordinaire, contre 30 % des hommes de la même tranche d’âge.
45% des enseignants ont eu au moins un congé pour raison de santé
Dans le secteur public, 45 % des enseignants ont été arrêtés au moins une fois dans l’année, contre 39 % dans le privé sous contrat. Les chiffres sont à prendre avec réserve car les remontées ne sont pas complètes.Les durées moyennes sont également plus élevées dans le public, avec 16 jours dans le premier degré et 19 dans le second.
Des situations très contrastées selon les métiers…
Les différences sont encore plus marquées selon les fonctions exercées. Ainsi, 53 % des enseignants en zone de remplacement ont eu au moins un arrêt, soit 12 points de plus que les autres enseignants. Ils s’absentent en moyenne 25 jours, contre 19 jours pour les autres. Ils sont également davantage concernés par les congés longs, qui sont à la fois plus fréquents et plus longs.
En éducation prioritaire, les enseignants sont un peu plus souvent arrêtés, avec un écart de 3 points dans les écoles et de 5 points dans les collèges. En revanche, les durées d’arrêt restent très proches, avec moins d’un jour d’écart en moyenne.
… Et selon les corps
Dans le secteur public, les absences pour maladie ordinaire varient selon les corps enseignants : elles s’élèvent en moyenne à 5 jours par an pour les professeurs agrégés et de chaire supérieure, contre 8 jours pour les enseignants d’EPS et 9 jours pour les professeurs certifiés et les professeurs de lycée professionnel (PLP). Parmi les seuls enseignants ayant bénéficié d’un congé de maladie ordinaire (CMO), la durée moyenne d’arrêt atteint 17 jours pour les professeurs agrégés et de chaire supérieure, contre 20 jours pour les autres catégories d’enseignants. Ces écarts s’expliquent notamment par des différences démographiques entre les corps : les professeurs agrégés et de chaire supérieure sont par exemple moins féminisés que les certifiés et comptent moins d’enseignants de moins de 40 ans que les professeurs d’EPS ou les certifiés.
Des ATMP rares mais très lourds
Les accidents du travail et maladies professionnelles (ATMP) restent peu fréquents. Ils concernent 1,2 % des enseignants du public et 0,8 % du privé sous contrat. En revanche, lorsqu’ils surviennent, ils entraînent des absences très longues, d’environ 69 à 72 jours en moyenne. Les professeurs d’éducation physique et sportive sont particulièrement concernés, avec jusqu’à 2,6 % d’agents touchés. Certaines spécialités de PLP sont également plus exposées.
Maternité et paternité : des congés structurants
En 2024-2025, 3,3 % des enseignantes du public ont eu un congé maternité, pour une durée moyenne de 110 jours. Ces congés s’accompagnent fréquemment d’autres arrêts, puisque 72 % des femmes concernées ont également eu un congé de maladie ordinaire. Les congés de paternité ou d’adoption concernent 2,2 % des hommes, pour une durée moyenne de 22 jours.
Une stabilité globale mais des écarts persistants
Sur l’ensemble de la période, les évolutions sont similaires entre les femmes et les hommes. La proportion d’agents arrêtés suit les mêmes dynamiques dans les deux populations, et l’écart de durée moyenne des congés augmente de deux jours en 2024-25.
Les données de la Depp montrent une réalité structurée : des congés majoritairement courts, concentrés sur une part importante mais non majoritaire des agents, et de fortes disparités selon les métiers, l’âge, le sexe et les conditions d’exercice. Le problème n’est pas les absences des professeurs, mais l’absence de remplaçants.
Djéhanne Gani
