Le thème de ces Ateliers est « PLP, c’est quoi notre métier ». Entre réforme des lycées professionnels, évolution de la carte des formations et renforcement des liens avec les entreprises, estimez-vous que l’identité professionnelle des PLP est aujourd’hui menacée ou redéfinie ? qu’est-ce qui caractérise les professeurs de lycée professionnel ?
Ces neuf dernières années, la voie professionnelle scolaire a subi un enchainement de réformes au prisme unique des demandes du grand patronat sans entendre les personnels et leurs représentants syndicaux. L’objectif est toujours le même : continuer la transformation des lycées professionnels sur le modèle de l’apprentissage, dont le fort développement résulte de la loi Avenir pro de 2018 et des dizaines de milliards de subventions versés aux entreprises. D’ailleurs, une mesure emblématique, qui revient de réforme en réforme, est celle du mixage des parcours et surtout des publics pour imposer des apprenti·es dans les lycées professionnels.
Depuis 2022, les ministres, ministres délégué·es et Haut-commissaires se succèdent avec une connaissance parcellaire de nos élèves et de leurs besoins et toujours l’ignorance de ce que font les PLP. Nous n’avons pas attendu les bureaux des entreprises pour avoir un lien avec ces dernières et pour proposer des évolutions des formations. Au SNUEP-FSU, nous portons depuis longtemps la nécessité d’augmenter le nombre de directeurs et directrices délégué·es aux formations (DDF) ainsi que de leurs assistantes et assistants. Ce sont des PLP qui à la fois connaissent nos élèves, les besoins pour les plateaux techniques et font le lien avec les entreprises. A l’opposé du bureau des entreprises qui est plus un guichet sollicité par les entreprises.
Co-intervention, chef-d’œuvre, parcours différencié (dit en Y), réduction des horaires…, les réformes de la voie pro ne sont pas des ajustements techniques menés dans l’intérêt des élèves mais dans celui court termiste des besoins immédiats des entreprises. En cela, c’est le sens même du métier de PLP qui est remise en cause. La spécificité alliant culture générale et formation méthodique et globale à des métiers est de plus en plus difficile à mettre en œuvre, voire empêchée.
Plusieurs ateliers ont abordé les questions de politique éducative : réformes incessantes et brutales des 10 dernières années, nouveau management public et ses effets, approche par compétences et compétences psychosociales ou encore injonctions institutionnelles. Quel est, selon vous, le principal facteur de perte de sens dans le métier de PLP aujourd’hui, et quelles réponses syndicales portez-vous pour y faire face ?
L’instabilité est un marqueur pour la voie professionnelle avec des objectifs assignés pluriels, mouvants et parfois éphémères. Le cumul de réformes hors sol, car éloignées des demandes des personnels, et les injonctions hiérarchiques souvent contradictoires attaquent le sens de notre métier. Une réforme n’est pas terminée, n’est pas évaluée, qu’une autre est déjà lancée. Les PLP s’emparent à peine de nouvelles exigences pédagogiques et certificatives que d’autres déjà sont exigées.
Tout cela aboutit à déposséder les enseignant·es de toute réflexivité et capacité à concevoir leurs enseignements pour les transformer en répétiteur. Les ministres successifs plébiscitent d’ailleurs le modèle du professeur associé qui réduit l’enseignement à la seule transmission du geste technique. Une vision finalement très passéiste de la formation professionnelle initiale, qui rejoint celle du mythe de l’adéquationnisme formation initiale-emploi où l’argument de l’emploi impose tout.
Or les PLP sont avant tout des enseignant·es, dont beaucoup ont été ou sont encore des professionnels. Ils et elles sont attaché·es à la réussite de leurs élèves, leur intérêt supérieur en termes d’insertion professionnelle à long terme, avec possiblement des poursuites d’études, mais également à leur émancipation citoyenne et éducation démocratique.
Syndicalement, le SNUEP-FSU a porté la contradiction auprès des différents gouvernements et donné les moyens règlementaires aux enseignant·es pour empêcher ou réduire l’impact de ces réformes localement. Aussi, le SNUEP-FSU construit en intersyndicale la plus large possible les actions collectives. C’est d’ailleurs par leurs mobilisations en 2022 et 2023 que les PLP et l’intersyndicale de la voie pro ont mis en lumière le projet dévastateur pour les lycées pros et fait obstacle à l’augmentation du nombre de semaines de stages. Un premier recul gagné avant celui du parcours « Y » et du rétablissement des examens mi-juin.
L’actualité récente de la voie professionnelle est marquée par la poursuite de la réforme engagée depuis 2019 et par des interrogations sur l’avenir des enseignements disciplinaires. Quels sont aujourd’hui les sujets d’alerte prioritaires pour le SNUEP-FSU ?
Pour le SNUEP-FSU, l’accroissement du temps scolaire est incontournable, à la fois dans les disciplines et ateliers professionnels et en enseignement général. Une augmentation du temps hebdomadaire et du nombre d’années. L’éducation, la formation professionnelle initiale de nos élèves nécessitent un temps long. Cette condition est incontournable pour atteindre l’ambition que nous portons concernant des contenus et savoirs exigeants.
Les dizaines de milliards octroyés à l’apprentissage peuvent être redéployés vers les lycées professionnels car le développement de l’apprentissage débouche aujourd’hui sur une augmentation du chômage des 18-25 ans et une augmentation du nombre de jeunes sans emploi ni formation.
Cette exigence sur les savoirs, qu’ils soient généraux, techniques ou professionnels, impose le recrutement et la formation de PLP en nombre suffisant. La formation initiale des PLP reste indigente et même un impensé de la réforme de la formation initiale des enseignant·es. Sans parler de la formation continue qui se résume à imposer les injonctions ministérielles ou hiérarchiques et ne permet plus d’échanges entre pairs pourtant incontournables dans le métier de PLP. Le SNUEP-FSU ne perd pas une occasion pour le rappeler, notamment au ministère : professeur·e de lycée professionnel est un métier qui s’apprend, un métier d’enseignant∙e concepteur et non de répétiteur.
Nous alertons également sur l’explosion de la précarité du métier de PLP. D’un sur dix PLP à un sur cinq en neuf ans, les PLP entrent de plus en plus dans le métier en étant contractuel·les et le restent de plus en plus. Il y a urgence à augmenter le nombre de postes pour améliorer les mutations et à déployer un plan de titularisation.
L’inclusion des élèves à besoins particuliers et la prise en charge de publics de plus en plus fragilisés occupent une place croissante dans le quotidien des établissements. Comment concilier ces ambitions éducatives avec les moyens réels dont disposent les équipes de lycée professionnel ?
Le dévouement et l’attachement à leurs élèves ne permettent pas aux PLP de concilier les deux malgré leur investissement. Le sentiment d’impuissance est de plus en plus prégnant.
La formation à l’inclusion est presque inexistante, aussi bien en formation initiale quand elle existe qu’en formation continue. Les départs en formation au CAPPEI sont insuffisants avec des contenus de moins en moins adaptés à nos élèves qui sont des adolescents.
Il n’est désormais pas rare que la majorité des élèves d’une classe aient une notification de la MDPH, notamment en CAP. Les collègues le disent, ce n’est plus de l’inclusion. Au-delà de l’accompagnement insuffisant de ces élèves par manque d’accompagnant.es des élèves en situation de handicap, des moyens doivent être consacrés au renforcement de l’enseignement adapté (SEGPA et ÉREA) ainsi qu’à la diminution des effectifs par classe. Le SNUEP-FSU revendique d’ailleurs la limitation à 12 élèves en CAP (6 en atelier) et 24 en bac pro (12 en atelier).
La table ronde de clôture a réuni plusieurs syndicats de la FSU autour de la question du sens des métiers de l’éducation. Au-delà du constat partagé des difficultés, quelles mesures concrètes faudrait-il mettre en œuvre dès maintenant pour redonner de l’attractivité et du pouvoir d’agir aux personnels, et particulièrement à ceux de la voie professionnelle ?
L’attractivité pour les métiers enseignant·es et CPE ne reviendra qu’en revalorisant les salaires. Augmenter le traitement indiciaire pour rattraper le pouvoir d’achat perdu depuis le début des années 2000 et donner des perspectives de carrière en permettant à toutes et tous d’être à l’échelon le plus élevé lors du départ à la retraite. Le SNUEP et les syndicats de la FSU exigent une augmentation indiciaire de 400 euros pour toutes et tous dès maintenant et l’indexation du point d’indice sur l’inflation.
L’autre condition consiste en l’amélioration des conditions de travail. Cela ne sera possible qu’en réduisant les effectifs par classe, en redonnant du temps de cours aux élèves et bien sûr en faisant à nouveau confiance aux enseignant·es et à leurs choix pédagogiques. Une exigence forte est celle d’en finir avec l’empilement des dispositifs imposés (co-intervention, chef-d’œuvre, Avenir pro, parcours personnalisé…) qui finalement éloignent les élèves des savoirs et dépossèdent les PLP de leur métier. Les PLP s’adaptent et savent quoi faire dans l’intérêt des élèves, encore faut-il que les pouvoirs publics et les hiérarchies les laissent faire.
À quelques mois des prochaines échéances électorales, quel message souhaitez-vous adresser aux PLP qui s’interrogent aujourd’hui sur l’avenir de leur métier ?
Au SNUEP-FSU, nous considérons que nous avons la responsabilité de construire avec les collègues les perspectives pour notre métier. Les Ateliers de la voie pro 2026 ne sont que le début du travail de long terme que nous lançons sur le sens du métier de PLP. En ce mois de juin 2026, débute une enquête de terrain que les collègues peuvent compléter en sollicitant les militantes et militants du SNUEP-FSU.
L’avenir de notre métier n’est pas tracé. Les PLP ont su gagner leur statut. Ils et elles savent utiliser leur pouvoir d’agir, que ce soit nationalement ou localement. C’est par la construction d’exigences communes et d’un rapport de force que collectivement nous déterminerons notre métier de PLP. Pour y arriver, le SNUEP-FSU est et sera présent avec les PLP, pour leurs intérêts et celui des élèves.
Propos recueillis par Djéhanne Gani
