Huit ans après, des résultats globalement stables
« Il s’agit de la huitième édition de ce dispositif initié en 2018 pour le CP et le CE1, de la troisième édition pour le CM1 et de la deuxième édition pour le CE2 et le CM2. Ces évaluations visent à proposer, dès le début d’année, des repères. »
Alors quel constat ? Entre 2024 et 2025, les performances des élèves demeurent globalement identiques. Selon la DEPP, « entre 2024 et 2025, des taux de maîtrise stables dans la plupart des compétences et pour tous les niveaux » sont observés. Les résultats restent élevés dans certaines compétences fondamentales. Ainsi, « à la rentrée scolaire 2025, quel que soit le niveau de scolarisation, au moins trois élèves sur quatre ont une maîtrise satisfaisante en compréhension orale de textes ou de phrases ».
Quelques signaux faibles apparaissent toutefois. « Tous niveaux confondus, le taux de maîtrise de quatre compétences baisse » : en CE1, l’écriture de mots, la lecture à voix haute de textes et la lecture à voix haute de mots reculent respectivement de 1,6, 1,3 et 1,1 point. En CM1, la compétence « savoir trouver des synonymes » est également en retrait.
L’éducation prioritaire toujours confrontée à des écarts importants
« En 2025, quels que soient le niveau et la compétence évalués, les élèves scolarisés dans le secteur public hors éducation prioritaire obtiennent des taux de maîtrise satisfaisante supérieurs à ceux scolarisés en éducation prioritaire (EP). » L’un des enseignements majeurs de cette édition concerne les différences persistantes entre les élèves scolarisés hors éducation prioritaire et ceux relevant de l’éducation prioritaire. Les écarts les plus marqués concernent la compréhension orale, du CP au CE2. La DEPP invite toutefois à la prudence dans l’interprétation : « Les différences observées entre le public hors EP et l’éducation prioritaire sont à relativiser en raison du profil social en moyenne moins favorisé des élèves scolarisés en EP. » une manière d’entériner les inégalités sociales et scolaires ?
Une note plus encourageante apparaît néanmoins au CP. « Entre 2024 et 2025, les écarts de performance entre les élèves scolarisés hors EP et ceux en EP sont stables ou se réduisent dans l’ensemble des compétences évaluées en CP. »
REP+ : des progrès réels mais encore fragiles
Les résultats sont plus contrastés lorsqu’on compare les établissements hors éducation prioritaire aux écoles REP+.
La DEPP souligne que « les écarts les moins prononcés portent sur la compétence « écrire des mots » du CE1 au CM2 », avec des différences allant de 12 points en CE1 à 15,2 points en CM2. Surtout, plusieurs indicateurs témoignent d’une amélioration des résultats dans les réseaux les plus défavorisés. « Du CP au CE2, des baisses d’écart de performance entre le public hors éducation prioritaire et le REP+ » sont observées, « portées par une hausse des performances des élèves scolarisés en REP+ ».
Les progrès sont particulièrement visibles dans certaines compétences de compréhension orale et écrite. La DEPP note que « la réduction de ces écarts est principalement due à une hausse des performances des élèves scolarisés en REP+ plus importante que celle des élèves hors EP ». Mais sur une période plus longue, la tendance n’est pas uniforme. Entre 2019 et 2025, certains écarts se sont creusés en CE1 pour « écrire des syllabes », « lire à voix haute des mots » et « comprendre un texte lu seul », ainsi qu’en CM1 pour « lire à voix haute un texte ».
Des écarts filles-garçons en faveur des filles
En français, les filles ont de meilleurs résultats que les garçons dans toutes les compétences évaluées. Les écarts sont toutefois plutôt faibles, plus marqués pour « Reconnaître les principaux constituants de la phrase » et « Utiliser des marques d’accord pour les noms et adjectifs ». « Au cycle 2, les écarts filles-garçons les plus faibles concernent la fluence de lecture », notamment pour la lecture à voix haute de mots et de textes. En CE2, filles et garçons affichent également des résultats comparables en mémorisation des temps de conjugaison. Au cycle 3, les écarts sont presque inexistants en compréhension orale. « Dans la compétence « comprendre des textes à l’oral », les résultats des filles sont comparables à ceux des garçons en CM1 et légèrement plus élevés en CM2 (+ 1,2 point). » Dans l’ensemble, « entre 2024 et 2025, les écarts entre filles et garçons sont globalement stables pour la plupart des compétences ».
Une surprise venue des territoires ruraux
L’un des résultats les plus intéressants de cette édition concerne l’effet du territoire à niveau social comparable. La DEPP rappelle avoir développé un indice de position sociale (IPS) permettant de mesurer le contexte socio-économique des établissements. Or, à IPS équivalent, certaines différences apparaissent selon le type de commune.
Ainsi, pour la compétence « comprendre un texte lu seul(e) », les élèves scolarisés dans des communes rurales éloignées obtiennent de meilleurs résultats que ceux des communes urbaines très denses. « L’écart de taux de maîtrise satisfaisante dans cette compétence évaluée du CE1 au CM2 varie de 4,4 points en CM1 à 8,4 points en CM2, au bénéfice des élèves scolarisés dans des communes rurales. » Cette avance rurale n’est toutefois pas générale. Pour la compétence « lire à voix haute un texte », l’avantage change de camp : « les écarts sont ainsi en faveur des élèves citadins », atteignant jusqu’à 4,5 points en CM2.
Des inégalités persistantes
Au terme de cette huitième campagne d’évaluations, la stabilité domine. Les écarts entre filles et garçons restent faibles et certains progrès sont enregistrés dans les établissements REP+.
Mais les résultats confirment aussi la permanence des déterminants sociaux et territoriaux de la réussite scolaire. Huit ans après la mise en place du dispositif, la photographie dressée par la DEPP montre une école globalement stable dans ses performances, mais toujours traversée par des inégalités que les politiques éducatives peinent à compenser.
Djéhanne Gani
