« La géologie interne est un thème qui apparait progressivement avec un maintien discret (1 sujet sur tous les centres à chaque session depuis 2021 excepté en 2024). Le thème sur le climat est émergeant avec un pic en 2022 », analyse Camille Mora. Cette enseignante de SVT a comparé les exigences des sujets donnés depuis 2017. Vocabulaire des consignes, type de documents et thèmes abordés sont ainsi finement analysés. Le travail minutieux de Camille Mora mérite d’être lu par les enseignant.es et les élèves à quelques jours du DNB…
Peut-on réellement prédire le sujet de SVT du brevet ?
Non, les thèmes sont aléatoires. On peut constater d’une année sur l’autre des tendances mais cela reste lié au hasard. Et surtout en Métropole, quand on voit les 5 sujets sur la photosynthèse ces 9 dernières années il est évident d’éviter de dire à nos élèves « cette année sera la bonne, pas de photosynthèse ! « . On ne sait jamais !
Autrement dit, tout peut tomber et il sera important de le leur rappeler, donc pas d’impasse !
En analysant 52 sujets sur neuf ans, quelles tendances avez-vous observées ? Quelles sont les principales attentes ?
En Métropole ils aiment les végétaux ! Au-delà de ça, côté nature des documents, on constate également 2 irréductibles : les textes stricts ou complémentaires pour aider à la compréhension d’un document considéré comme difficile, et une représentation graphique qui peut être une courbe ou un histogramme. Cependant, depuis 2021, des protocoles et des résultats d’expériences sont apparus plus régulièrement. C’est cohérent : dans le domaine des sciences, les notions de démarche d’investigation (et expérimentale), de test et de témoin restent des incontournables que nos élèves ont à savoir et à maîtriser.
Côté consignes, 12 verbes se distinguent par leur forte présence. Il est donc aisé d’y confronter nos élèves pour les y préparer. Parmi eux, on retrouve : Argumenter, Citer, Cocher (pour évaluer la compréhension), Comparer, Décrire, Donner, Expliquer, Identifier, Indiquer, Justifier, Montrer que.
Parmi ces verbes, deux tendances sont observables.
Ceux du niveau 2 de la taxonomie de Bloom que sont cocher, décrire et expliquer sont de plus en plus présents dans les consignes. Cela correspond bien à notre discours auprès des élèves : il s’agit d’une épreuve documentaire et donc comprendre les documents en sachant les décrire est essentiel !
Cependant, les verbes plus complexes comme montrer que, argumenter sont en nette diminution. Cela ne signifie pourtant pas qu’ils tendent à disparaître et qu’il faudra en faire de même dans nos pratiques ! Mais cela veut dire que le niveau d’extraction des documents attendu est moins poussé…
Vous soulignez l’importance des documents scientifiques et des protocoles expérimentaux. Comment préparez-vous vos élèves à cette épreuve ?
Dès la 6e, comme tous les autres professeurs ?, je les habitue à cette démarche. Dans un premier temps je la fragmente pour les habituer à rencontrer certaines parties (hypothèses, protocoles, description des résultats….). À chaque étape, une partie de la fiche méthode est complétée. Une fois terminée, je poursuis ce travail sur chacune des étapes que je dissocie ou associe en fonction des thématiques. Sur mon site, les élèves disposent d’un espace dédié qui se nomme « La démarche d’investigation ». Ils y trouvent des fiches, de petits exercices, et plein de mini-jeux pour les aider. J’ai diversifié les supports pour toucher un maximum de profils d’apprentissage ! L’étude des verbes de consigne met en lumière les compétences réellement attendues.
Ça dépend des besoins de nos élèves. Certains auront bien compris les compétences et vont s’atteler au vocabulaire en apprenant le cours afin de perfectionner leur compréhension. D’autres plus fragiles vont restreindre les compétences en les ciblant, tout comme leur cours en fonction de ce qu’ils peuvent faire et comprendre. Il ne faut pas non plus oublier que certains de nos élèves peuvent bloquer sur une compétence spécifique. De plus, exerçant en REP+, j’ai des élèves allophones pour lesquels le vocabulaire est un enjeu majeur.
Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse à cette question car l’échec peut avoir plusieurs origines et ces dernières peuvent se cumuler entre elles.
Au-delà de ces deux points que sont la maîtrise du vocabulaire spécialisé par le cours et le maniement des compétences, un manque de travail, un désinvestissement scolaire ou encore des soucis personnels peuvent également expliquer l’échec de certains de nos élèves et c’est une autre problématique !
Un pronostic tout de même ?
Pour le thème aucun ! Par contre pour les verbes de consigne je veux bien tenter un petit pari (attention cela reste hypothétique) : Cocher (au sens comprendre) avec un court QCM pour vérifier la rapide compréhension d’un document, comparer ou décrire afin de faire émerger les notions de test et témoin et expliquer les résultats.
Attention je m’appuie sur des tendances et parmi les 12 verbes j’ai effectué des choix. Peut-être qu’un autre verbe va faire son apparition (j’en ai compté 102 possibles en incluant les 12 précédemment évoqués, les possibilités sont donc importantes !). Tout est possible, mon ressenti se base sur un sujet qui serait sur l’exploitation d’expériences. Si le sujet est moins expérimental, d’autres combinaisons sont possibles ! En conclusion, l’objectif de ma démarche est d’ouvrir un questionnement sur les exigences du brevet et notre façon d’y préparer nos élèves. Pour les élèves, il s’agit plutôt de démystifier ces éternels pronostics sur les thèmes tout en rappelant l’importance de nos conseils.
Propos recueillis par Julien Cabioch
