Un peu d’histoire : de l’école au collège
C’est en 2010 qu’un premier texte de loi portant sur le téléphone portable apparaît. (LOI n° 2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement). Il y est écrit : « Art. L. 511-5. – Dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges, l’utilisation durant toute activité d’enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur, par un élève, d’un téléphone mobile est interdite. » Cette première loi touchait en particulier aux nuisances potentielles en matière d’environnement.
Les ministres, qui sont souvent heureux de faire des annonces, en oublient parfois l’existence de ce texte. Ce fut le cas pour J.-M Blanquer en 2018 annonçant la LOI n° 2018-698 du 3 août 2018 relative à l’encadrement de l’utilisation du téléphone portable dans les établissements d’enseignement scolaire, avec particulièrement d’insistance. Rappelons-en ici le contenu : « L’utilisation d’un téléphone mobile ou de tout autre équipement terminal de communications électroniques par un élève est interdite dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges et pendant toute activité liée à l’enseignement qui se déroule à l’extérieur de leur enceinte, à l’exception des circonstances, notamment les usages pédagogiques, et des lieux dans lesquels le règlement intérieur l’autorise expressément. »
Un peu d’histoire : du collège au lycée
En 2025, E. Borne, alors ministre de l’Education annonçait la généralisation de l’interdiction des téléphones portables à la rentrée 2025 d’abord au collège. Il est intéressant de noter dans la suite du texte de 2018, que « Dans les lycées, le règlement intérieur peut interdire l’utilisation par un élève des appareils mentionnés au premier alinéa dans tout ou partie de l’enceinte de l’établissement ainsi que pendant les activités se déroulant à l’extérieur de celle-ci. » On constate que cette interdiction annoncée ce matin avec appui sur la loi n’est que l’actualisation du texte de 2018. Décidément les ministres ont perdu une partie de leur mémoire…
En décembre 2025 on peut lire « Un projet de loi sera examiné par le Conseil d’État le 8 janvier afin d’élargir l’interdiction du téléphone portable au lycée et d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. » Là encore on se demande si le ministre a bien lu ce qui avait été annoncé et envisagé dès 2018. Et ce d’autant plus que l’actuel ministre n’est pas nouveau dans le système…
De bonnes et de mauvaises raisons ?
Les mesures annoncées par le ministre font écho aux propos du Président de la République en décembre 2025 (https://www.banquedesterritoires.fr/emmanuel-macron-confirme-linterdiction-du-telephone-portable-dans-les-lycees-la-rentree-2026). On ne peut que voir dans ces prises de position une volonté d’imposer des décisions que les préconisations aux chefs d’établissements ne suffisent pas à rendre effectives. Le constat que font certains décideurs est celui d’une sorte de faillite d’une autorité légitime (la famille, l’établissement scolaire, les structures éducatives) à laquelle il faut substituer une loi contraignante.
Si l’on peut penser à un « opportunisme politique », il faut constater les dérives potentielles d’un usage non contrôlé des machines numériques et leurs logiciels. Ce non contrôle tient autant aux usagers qu’aux industriels, concepteurs et commerçants du secteur. Car la captation de l’attention et le maintien dans la durée de l’usage de certains outils sont au coeur des stratégies commerciales de ce secteur. On évitera ici de généraliser aux « écrans » comme d’aucuns ont coutume de le faire, pour préférer évoquer des « usages perturbants » et parfois addictifs.
Jeux de mots
On notera qu’au cours des 16 dernières années l’expression « téléphone portable » est utilisée en lieu et place du mot « smartphone » considéré comme anglicisme et pourtant traduit en « mobile connecté » dans le Bulletin officiel n°7 du 15 février 2018 consacré aux termes techniques de ce domaine sous la plume de la « Commission d’enrichissement de la langue française ».
On ne peut que s’interroger sur l’emploi du seul « téléphone portable » sans autres précisions, alors qu’à plusieurs reprises a été évoquée la question des appareils mobiles connectés au réseau Internet en particulier. Reconnaissons ici que le choix de vocabulaire est suffisant pour la sphère médiatique, mais qu’il manque de robustesse. Car cette suite d’articles de loi (le prochain serait donc attendu pendant l’été) est le reflet d’une société d’adultes qui devrait s’interroger sur ce que signifie éduquer, prévenir plutôt que de s’en tenir à « réprimer » ou « interdire ».
Bruno Devauchelle
