Les salaires au cœur de la rentrée
Dans les locaux du Snes, une vingtaine de journalistes sont venu.es pour cette conférence de presse de rentrée du syndicat majoritaire du 2nd degré. C’est bien la question des salaires, qui était au cœur de l’exposé du Snes-FSU ce jeudi 27 août. Sophie Vénétitay, secrétaire générale, rappelle que depuis 2024 « il n’y a eu aucune mesure, ni indiciaire, ni indemnitaire. C’est ce qui nous amène à une situation d’un très grand déclassement salarial de l’ensemble de notre profession ». Pour elle, le ministre Edouard Geffray « est passé à côté des enjeux de cette rentrée avec une conférence de presse largement hors-sujet ».
Le dossier de presse du syndicat s’avère particulièrement précis sur les salaires et sans appel. « Les hausses du point d’indice des fonctionnaires en juillet 2022 de 3,5 % et de 1,5 % en juillet 2023 sont survenues après plus de cinq années de gel dans une période de forte inflation (+4,9 % en 2023 après +5,2 % en 2022). Le Président Macron est le premier président de la République à ne pas avoir augmenté le point d’indice des fonctionnaires durant un quinquennat », peut-on y lire. Depuis 2010, les prix ont augmenté deux fois plus vite que les salaires des enseignants. Si en 1989, au dernier échelon de la hors-classe, un.e professeur.e certifié.e gagnait 3,5 Smic, ce n’est que l’équivalent de 2,3 Smic aujourd’hui. Les professeurs gagnent 900 euros de moins que les agents de catégorie A.
« Depuis la fin de l’indexation du point d’indice sur l’inflation en 1983, le pouvoir d’achat des fonctionnaires est en chute libre. Seul le SMIC déroge à cette clause de non-indexation. Avec aujourd’hui une inflation à 2,4 %, le gouvernement se refuse à revaloriser non seulement le point d’indice, mais également le minimum Fonction publique. Sans une indemnité compensatoire pouvant aller jusqu’à 67 €, les AED, les AESH et les élèves fonctionnaires seraient sous le SMIC », rappelle le syndicat.
Et les fameux 3000 euros de la note de la Depp ?
Que dit la note de la Depp dont il a été tant question ? « Les professeurs vieillissent. Voilà, tout simplement » répond le SNES-FSU. Et de contester donc, « toutes les conclusions hâtives qui pourraient être faites de cette note et du chiffre du salaire au moyen à plus de 3 000 euros, à 3 090 euros pour les professeurs » car celui-ci cache une très grande disparité et intègre des indemnités, du travail supplémentaire. Travailler plus pour gagner plus n’est pas une revalorisation rappelle la Secrétaire générale du Snes-Fsu : « au final, le bilan d’Emmanuel Macron, ça a été de nous faire travailler plus, pour nous épuiser plus » sans compter que les heures supplémentaires nourrissent l’inégalité homme-femme.
Pour une revalorisation sans contrepartie
Le syndicat persiste et signe : est nécessaire et attendue « une revalorisation sans contrepartie parce que ça [leur] est tout simplement dû après toutes les années de déclassement salarial ». Il ne s’agit pas seulement d’un déclassement salarial, mais aussi d’une forme de crise de confiance.
En effet, la question du salaire renvoie aussi au lien de confiance avec l’institution. Confiance dans l’institution, dans l’avenir du service public arrivée à un point de rupture comme en attestent les enquêtes et le dernier baromètre du Se-Unsa. Toutes les organisations syndicales alertent sur la perte de confiance et de sens des personnels qui sont induites par les politiques éducatives menées ces dernières années. C’est une alerte et un avertissement à la veille d’échéances électorales majeures.
Les 10 ans de macronisme sont pointés du doigt. « Le bilan en matière d’éducation est vertigineux. En dix ans, les différentes réformes, choix politiques et budgétaires ont attaqué frontalement le cœur de l’École publique dans ses missions et ses objectifs, en particulier le second degré, brinquebalé de réformes en réformes (lycée et bac Blanquer, « Choc des savoirs »…) », écrit le syndicat. « À chaque fois, pour tous les métiers, à travers les grandes réformes, les déclarations fracassantes ou les coups portés à bas bruit, c’est une profonde transformation des métiers qui s’est opérée. Elle a conduit à une perte de sens aux conséquences redoutables. Du côté des salaires, les promesses d’Emmanuel Macron ou de ses ministres, de la revalorisation historique à l’augmentation de 10% pour toutes et tous, se sont révélées des tromperies ».
Djéhanne Gani
Dans le Café pédagogique
Un pouvoir d’achat toujours plus bas pour les professeur.es des écoles
