À l’école Anatole-France B de Vénissieux, en REP+, les équipes alertent depuis la rentrée sur le manque d’AESH. Sur les sept nécessaires pour accompagner 28 enfants bénéficiant de notifications, trois seulement étaient présents à la pré-rentrée. Après une première grève le 4 septembre, une nouvelle mobilisation est prévue mardi 29 septembre. « Aujourd’hui, ce n’est pas un choix de société qu’on nous refuse — ce sont les moyens de le mettre en œuvre », témoigne l’équipe. Le cas de cette école fait écho à la triste réalité vécue dans bon nombre d’établissements en ce mois de septembre.
« Je passe le plus clair de mon temps à colmater des brèches »
La rentrée n’a pas commencé comme prévu à l’école Anatole-France B, dans le réseau d’éducation prioritaire renforcé Elsa-Triolet. Dès la pré-rentrée, manquaient à l’appel trois des AESH sur les sept nécessaires. Au total, 28 enfants disposent d’une notification d’accompagnement individuel, pour environ 150 heures d’accompagnement. Depuis, les familles et l’équipe se sont mobilisées. Une pétition a recueilli près de 70 signatures, soit plus de la moitié des familles de l’école. Pour Laurent Tournier, le coordonnateur ULIS, cette situation transforme profondément son quotidien : « Sur le papier, mon rôle est clair : coordonner l’inclusion des élèves à besoins éducatifs particuliers dans les classes ordinaires. Dans les faits, depuis la rentrée, je passe le plus clair de mon temps à colmater des brèches que ni moi ni mon équipe n’avons les moyens de colmater. »
Des heures d’accompagnement qui ne sont pas assurées
« Le manque d’AESH n’est pas une abstraction administrative. C’est très concrètement des heures d’accompagnement individuel notifiées à un enfant qui ne sont pas exécutées — donc un droit de l’enfant qui n’est tout simplement pas respecté » explique l’équipe. Dans l’école, les besoins sont multiples et nécessitent des adaptations pédagogiques importantes : troubles du comportement, troubles de l’attention, troubles du spectre autistique, parfois chez des enfants non verbaux. Or les personnels ne disposent pas toujours de la formation ou des compétences spécialisées nécessaires. « Les élèves demandent des adaptations pédagogiques fines. Mais les enseignants, dans leur grande majorité, n’ont pas suivi le CAPPEI, la formation censée outiller précisément ces méthodes. Et les AESH, elles, doivent parfois réaliser des gestes professionnels qui relèvent normalement du métier d’éducateur spécialisé — sans en avoir ni le titre, ni la formation, ni le statut. »
Des préconisations difficiles à appliquer dans l’école
L’équipe a notamment fait appel au Pôle d’Appui à la Scolarité (PAS) qui ne répond pas aux nombreuses difficultés en lien avec le manque de moyens de l’école : « les méthodes proposées étaient celles qu’on applique en IME — avec des professionnels comme éducateur spécialisé, psychomotricien, psychologue. Nous, à l’école, nous n’avons que des AESH. Pas de matériel adapté non plus. »
Un élève accueilli six heures par semaine
Le coordonnateur ULIS doit lui-même jongler entre plusieurs situations. Il accompagne les 12 élèves de son dispositif, mais intervient également auprès d’autres enfants de l’école. Un des élèves n’est accueilli que six heures par semaine dans ce cadre, faute de moyens pour aller au-delà. Un autre élève de CP, présentant d’importants troubles du comportement, bénéficie de son intervention trois heures par semaine. Son AESH est actuellement notifiée pour 15 heures, alors que l’équipe estime qu’il en faudrait 18. « Là encore, ce sont des parents partenaires qui ont dû accepter que leur enfant ne vienne pas deux après-midis par semaine, faute d’accompagnement suffisant »
« Nos classes sont devenues extrêmement hétérogènes »
La difficulté ne concerne pas seulement les enfants disposant d’une notification. D’autres élèves rencontrent des difficultés importantes sans bénéficier d’un accompagnement individuel. Or, « un élève qui décroche perd peu à peu confiance en lui, perd sa posture d’élève — et la principale conséquence, au final, c’est la dégradation du climat de toute la classe. »
Cette accumulation de besoins pèse aussi sur les enseignants : « Le ressenti général, chez tous, c’est que nos classes sont devenues extrêmement hétérogènes, et que la multiplicité des besoins et des difficultés que nous observons et détectons nous submerge — sans que nous parvenions à y répondre. »
Les adaptations destinées aux élèves de l’ULIS sont pensées pour bénéficier à l’ensemble de la classe, explique-t-il. Mais elles demandent aussi du temps et des moyens supplémentaires aux enseignants.
Une nouvelle mobilisation prévue mardi
Après la grève du 4 septembre, l’équipe prévoit une nouvelle mobilisation mardi et tente de trouver des solutions en dépensant une énergie qui se transforme progressivement en surcharge. « Tous ces élèves ont besoin de moyens humains — des AESH en nombre suffisant, des personnels formés à l’école inclusive, des éducateurs spécialisés, des psychologues — et de moyens matériels. On ne réussira une école inclusive que si elle accueille tout le monde, avec de la qualité, en pensant la réussite sur le long terme. »
« Demanderait-on à un garagiste de réparer une voiture sans outils ? » Pour l’équipe de l’école, la question dépasse largement son cas mais elle pose celle des moyens consacrés à l’école inclusive. « Aujourd’hui, ce n’est pas un choix de société qu’on nous refuse — ce sont les moyens de le mettre en œuvre. »
Djéhanne Gani
