C’est une cacophonie de klaxons qui accompagne le départ des manifestants lyonnais. C’est ainsi que les conducteurs des trains qui circulent sous le cours Albert-Thomas, dans le 8e arrondissement de Lyon, d’où démarre la manifestation de ce 29 septembre, montrent leur assentiment à la mobilisation.
« Un décrochage salarial vertigineux depuis que j’ai commencé à travailler »
Les fonctionnaires sont venus nombreux, et dans une ambiance bon enfant, en réponse à l’intersyndicale de la fonction publique (CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CFE-CGC, FA-FP), qui appelait à la grève ce mardi pour la hausse des salaires. Environ 170 rassemblements étaient prévus partout en France. A l’Éducation nationale, plus de 38 % des professeur·es, CPE, PsyEN, AED et AESH étaient en grève dans le second degré selon le Snes-FSU, 40 % dans le premier degré, selon la FSU-Snuipp. De son côté, le ministère calculait un taux de grévistes général de 11,5 %, mais 15 % dans le premier degré et les collèges. Les personnels de vie scolaire étaient, eux, mobilisés à hauteur de 27,4 %, selon le ministère.
Le Snes-FSU observe que l’académie de Lyon, avec Créteil, est l’une des plus mobilisées, avec plus de 40% de personnels en grève dans le second degré. « Nous luttons contre la destruction des services publics, et notamment de l’Éducation nationale », assène Marjorie, professeure au collège des Iris, à Villeurbanne. Alors que le gouvernement a annoncé que le point d’indice serait de nouveau gelé en 2027, pour la quatrième année de suite, l’enseignante explique que « les salaires des enseignants ont subi un décrochage vertigineux depuis que j’ai commencé à travailler, il y a vingt ans. Cette chute est à l’origine de la crise des vocations, et c’est dangereux pour nos élèves, pour l’intérêt général ».
La baisse qu’ont connue les salaires des personnels de l’Éducation nationale est désormais bien documentée. Les enseignants français sont moins payés que leurs homologues de l’OCDE, mais aussi moins que les autres fonctionnaires de catégorie A. Le baromètre annuel du SE-Unsa, publié en fin d’été, indique que le salaire est la première préoccupation des enseignants, le syndicat notant un « décrochage préoccupant du pouvoir d’achat ». Dans une interview au Café pédagogique, Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, affirme que « plus les années passent, plus la situation salariale devient insupportable ». Début juin, les AED s’étaient déjà mobilisés, notamment pour l’amélioration de leur salaire.
« Depuis que j’enseigne, il y a plus d’années où le point d’indice a été gelé que l’inverse », relève Juliane, professeure dans un collège du 8e arrondissement de Lyon, qui attend dès lors le « dégel » pour stopper le « décrochage des salaires par rapport à l’inflation ». Elle espère une revalorisation sans contrepartie, à l’inverse du « pacte enseignant », car « je suis déjà épuisée ».
« Ça me rend malheureuse »
En effet, outre la question salariale, les enseignant-e-s rencontré-e-s lors de la manifestation insistent aussi – voire davantage – sur les conditions de travail, qui « ne permettent pas d’accueillir correctement les élèves. Ça me rend malheureuse », souffle Caroline, professeure en collège à Vénissieux. La question de l’inclusion est omniprésente. « Dans mon collège REP+, il y a 26 élèves par classe, dont un paquet en inclusion, mais sans moyens pour les prendre en charge », poursuit Caroline. « Nous avons de plus en plus d’élèves à besoins particuliers, mais il manque des AESH, ou alors il y a une AEESH quelques heures pour des élèves qui en auraient besoin à temps plein », observe Margot, collègue de Caroline à Vénissieux.
Seulement le début de la mobilisation ?
Avec cette mobilisation, les syndicats espèrent peser dans les débats autour du budget 2027, qui sera présenté ce jeudi en conseil des ministres. Le premier Ministre a déjà annoncé que le projet de loi de finances devra permettre de réaliser 54 milliards d’euros d’économie. Les organisations syndicales se réuniront de nouveau début octobre pour évoquer une éventuelle poursuite des mobilisations. Sophie Vénétitay a prévenu : face à « l’entêtement du gouvernement » et à « l’approche de la présidentielle », « il nous faudra d’autres temps forts de mobilisations, y compris sur plusieurs jours ». A l’image des manifestations lycéennes – revendiquant là aussi davantage de moyens – qui se poursuivent et même s’amplifient depuis une semaine.
Erwin Canard
