Blanquer, le règne de la doctrine répressive
En 2018, on a vu surgir la doctrine suivante : empêcher par tout moyen, y compris policiers et brutaux, le développement des blocages de lycée. Tout le monde sait bien que les blocages sont illégaux, mais tout le monde sait également que pendant plusieurs décennies la tolérance a été la doctrine des pouvoirs publics afin d’éviter une explosion incontrôlable des tensions.
2018, c’est Blanquer. C’est sous son règne et sa doctrine répressive que « les 2003 » ont commencé leur lycée, leurs premières expériences d’organisation collective pour porter des réclamations, des idéaux, des protestations. J’ai vu naître et grandir le ressentiment quand blocages et manifestations pacifiques se sont vus physiquement réprimés par une violence d’État qui a, alors, tout fait pour perdre le qualificatif « légitime ».
2018, c’est Blanquer, et la création fort opportune (et non spontanée) d’un syndicat lycéen (« Avenir lycéen ») ami des projets macronistes pour l’école et activement en campagne pour soutenir les réformes du lycée et du bac. La simultanéité avec le mouvement des gilets jaunes a pu servir d’argument pour contraindre au maximum le mouvement lycéen qui s’opposait à Blanquer, par crainte d’un embrasement général. Si cet argument avait été sincère (sans discuter de sa légitimité ou non), alors la doctrine répressive n’aurait pas perduré, sans discontinuer, jusqu’à présent.
2026, Paris vs périphérie
Mais soudain : septembre 2026 !
Le 29 septembre, aux abords des lycées parisiens, on a pu remarquer un changement radical : une police absente, ou à bonne distance, ou partageant une certaine camaraderie avec les élèves, au lieu d’une police venant « dégager » les élèves (voir par exemple, dans une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, un concours de pompes entre un lycéen et un policier). Au contraire, la veille, à propos de blocages en Seine-Saint‑Denis et dans le-Val-de Marne, le Ministre de l’intérieur a déclaré que ces mouvements n’étaient pas des mouvements lycéens mais des « violences urbaines ».
Le procédé rhétorique est, au sens strict, grossier. Il vise à asseoir l’idée que la jeunesse lycéenne du 93 et du 94 serait une jeunesse délinquante, tandis que la jeunesse parisienne serait une jeunesse citoyenne. Il va même jusqu’à affirmer que les forces de l’ordre n’ont pas pour consigne d’intervenir en l’absence de violences, ce qui est faux comme en témoignent nombre d’interventions depuis 2018.
« Les élèves ne sont pas dupes »
Sans doute cela flattera-t-il un électorat déjà poreux à ce mépris pour toute une partie de la jeunesse. En revanche, les élèves parisiennes et parisiens ne sont pas dupes. Elles et ils dénoncent les conditions d’éducation inégales sur le territoire, affirment leur solidarité avec les élèves mobilisé/es dans le Val-de-Marne et en Seine-Saint-Denis, défendent des revendications pour toutes les lycéennes et tous les lycéens et dénoncent le « permis de tuer » que donne l’usage présumé légitime de la force par la police.
« Les 2003 » ne sont plus sur les bancs de l’école, mais « les 2008-2010 » ne sont pas plus dupes que leurs aîné/es. Elles et ils portent l’exigence d’égalité et de liberté, l’exigence d’une citoyenneté effectivement et également reconnue pour chacune et chacun.
Les droites coalisées se moquent de l’avenir, et donc des conséquences du ressentiment légitime qu’elles s’acharnent à faire naître et grandir, et ce d’autant plus que la grande majorité des élèves n’aura pas encore le droit de vote au printemps prochain.
Et pourtant, aucune force politique démocratique et républicaine ne devrait tolérer les discours qui nient la citoyenneté de toute une partie de la jeunesse.
Isabelle Dumoulin
