Ce jeudi 29 octobre, l’Assemblée nationale a voté une proposition de loi visant à titulariser les AESH dans un corps de fonctionnaires de catégorie B. Une proposition portée par la députée des Côtes d’Armor Murielle Lepvraud, faisant écho à une revendication historique des organisations syndicales, des associations de parents d’enfants en situation de handicap et des professionnel·les de l’Education, notamment les AESH elles-mêmes. En effet, ce métier créé en 2015 souffrait d’un sérieux manque de reconnaissance, confinant les accompagnant.es d’enfants en situation de handicap à vivre en dessous du seuil de pauvreté, sans perspectives de carrières ou droits à la mobilité. Le vote qui a eu lieu dans l’hémicycle ouvre la voie à un statut de fonctionnaire. Le Café pédagogique revient sur cet évènement en donnant la parole à la députée à l’origine de cette loi.
Pourquoi un statut de fonctionnaire pour les AESH ?
Par une expérience professionnelle passée, j’ai été amenée à travailler avec des AESH. Donc je connais depuis longtemps leurs conditions de travail et de rémunération. Dès mon élection en 2022, on a beaucoup travaillé sur cette question, notamment avec ma collègue Nadège Abomangoli qui était Rapporteure sur ce même texte en 2022. Comme peu de choses ont changé depuis pour les AESH, il nous a paru important de remettre l’ouvrage sur le métier et de porter à nouveau ce texte à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.
La loi a été votée dans le cadre de la niche parlementaire de la France Insoumise. Lors des débats préalables, comment analysez-vous les prises de positions des autres groupes ? Que dit politiquement ce vote ?
En Commission des Affaires Culturelles et de l’Éducation, nous avons dû aire face à une opposition ferme des groupes d’extrême droite (RN et UDR) et de la Macronie (DEM, EPR et HOR). L’extrême droite et une partie de la macronie s’y sont opposées du fait de leur obsession anti-fonctionnaires. D’autres ont pris l’argument du coût de la mesure. En fermant les yeux sur le fait que la situation actuelle a un coût pour la société : les AESH vivent (ou survivent) sous le seuil de pauvreté, 39.000 élèves en situation de handicap n’ont pas d’AESH cette année, des parents sont obligés de quitter leur travail pour s’occuper à temps plein de leur enfant à domicile,… Bref, le prix du malheur semble ne pas intéresser ces gens.
En hémicycle, les choses ont un peu changé. Si les mêmes groupes ont d’abord exprimé le même avis, notamment en votant contre l’article 1 de la proposition de loi[1], ils ont fini par massivement s’abstenir car nous avons pu faire la démonstration que certains d’entre eux avaient déjà signé une proposition de loi similaire en 2024[2], mais aussi que leur opposition pourrait leur coûter cher dans l’opinion publique[3]. Leur abstention est donc purement électoraliste.
Bien évidemment, l’ensemble de mon groupe (LFI) et les autres groupes de gauche (SOC, EcoS et GDR) n’ont pas varié dans leur position entre la Commission et la Séance : nous avons toutes et tous voté pour cette proposition de loi.
Est-ce la fin de l’histoire ou bien sommes-nous devant un parcours législatif compliqué pour que la loi devienne une réalité ?
Ce premier pas est essentiel, puisqu’il permet d’ouvrir le chemin législatif pour que les AESH puissent un jour devenir fonctionnaires. Désormais, il faut que ce texte soit inscrit à l’ordre du jour du Sénat. J’espère qu’un groupe sénatorial s’en saisira. Le Gouvernement pourrait aussi l’inscrire à l’ordre du jour du Sénat et, enfin, entendre le message que l’Assemblée nationale vient de lui envoyer.
Dans les manifestations récentes des lycéen·nes, on a pu lire des pancartes demandant des AESH pour les élèves notifiés. Pensez-vous que la loi qui vient d’être votée résonne avec le mouvement social actuel dans les établissements scolaires et universités ?
C’est évident. Là où la mobilisation a commencé dans le territoire hexagonal, dans l’Académie de Créteil, jusqu’à 19% des élèves qui en avaient besoin, n’étaient pas accompagnés par une AESH en 2025. Nos lycéennes et lycéens ont fait le même constat que les syndicats, les fédérations de parents d’élèves, les associations de personnes en situation de handicap : la situation des AESH à l’heure actuelle est intenable. Les lycéens et lycéennes ont bien vu la situation aussi de leurs camarades en situation de handicap et les obstacles quotidiens qui empêchent une réelle inclusion scolaire pour toutes et tous. C’est tout le cœur de l’action insoumise : un pied dans les luttes, un pied dans les institutions.
Entretien avec la députée Murielle Lepvraud réalisé par Frédéric Grimaud pour le café pédagogique ce jeudi 29 octobre 2026.
[1] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/scrutins/9202
[2] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/scrutins/9203
[3] Un sondage Harris montre que 82% de la population française soutien ce texte : https://tolunacorporate.com/fr/questions-dactualite-dans-le-cadre-de-la-niche-parlementaire-2026-2/?utm_source=chatgpt.com
