Pratiques langagières à la maternelle
Martine Jaubert et Maryse Rebière nous rappellent combien « le tri scolaire commence dès la maternelle ». Elles soulignent la nécessité, pour combattre les inégalités socioscolaires, d’y travailler « le langage oral pour penser ». Elles expliquent comment les « déplacements visés reposent sur un étayage langagier fort de l’enseignant attentif au déjà-là des élèves » et soucieux de construire chez les enfants des « postures énonciatives nécessaires aux apprentissages propres aux différentes activités. »
Pratiques langagières avec le numérique
Patricia Richard Principalli, Georges Ferone et Prisca Fenoglio appellent à « construire une littératie numérique scolaire pour réduire les inégalités d’apprentissage ». Les « outils » numériques ne sont en eux-mêmes ni problématiques ni magiques : l’essentiel, c’est le « guidage », l’« explicitation », l’« outillage intellectuel proposés aux élèves » qui vont permettre d’« en faire un instrument de pensée et de savoir ». Deux contre-exemples sont analysés : un travail sur une frise chronologique interactive et la Twictéee. Deux exemples illustrent les principes essentiels pour aider à l’écriture : « produire un texte personnel dans lequel on s’approprie et on reconfigure des textes, des énoncés, des mots écrits par d’autres », et ce à partir d’une anthologie numérique de textes qui encourage les emprunts ; pratiquer la relecture par les pairs à travers des interactions numériques qui favorisent la conscience et la création d’« effets », susceptibles d’auteuriser les « relecteurs » eux-mêmes.
Pratiques langagières à l’heure de l’IA
Catherine Dolignier et Aurore Lavenka mènent une expérimentation : faire écrire par deux Intelligences Artificielles Génératives (ChatGPT et Notebook LM) un article de recherche censément écrit par Jacques Crinon lui-même. Elles en éclairent les procédures, les requêtes, les limites, les effets déstabilisants : en écrivant avec les agents conversationnels il s’agit désormais de se considérer comme « méta-auteur » (Bertand Gervais, Nathalie Lacelle) ou encore comme « béta-auteur », celui qui « fait figure d’ « arrangeur » à partir d’un texte qu’il n’a pas écrit, qu’il lit essentiellement et auquel il répond par un « prompt » en vue de l’améliorer ». A travers ce processus, la réflexivité se situe « dans le « dialogue génératif » du prompt, sa rythmique spécifique ». L’expérience vient ainsi interroger la figure de l’auteur que les siècles passés ont patiemment construite voire sacralisée, dans les domaines de la recherche et de la littérature, désormais ébranlées. Et assurément à l’Ecole, où cette aventure de l’hybridation des écritures reste à vivre, à penser, à guider.
L’ouvrage explore bien d’autres pratiques langagières possibles pour les élèves et/ou pour les enseignant·es : le journal des apprentissages, les écritures secondes en maths ou en grammaire, le mémoire professionnel en formation initiale, l’écriture introspective telle que l’autobiographie langagière, la contribution à des revues professionnelles comme les Cahiers pédagogiques … Bref, en ces temps de sécheresse scolaire, de quoi irriguer nos champs de réflexion et d’action.
Jean-Michel Le Baut
Apprendre et enseigner (avec) le langage : Enjeux et perspectives, Cendrine Waszak et Caroline Scheepers, Deboeck Supérieur, 2026, ISBN 978-2-8073-7627-4
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