83% des enfants victimes d’une forme d’atteinte
L’enquête de la Depp, réalisée au printemps 2025 dans les écoles publiques et privées sous contrat, révèle que 83 % des écoliers ont subi au moins une atteinte au cours de l’année. Les plus fréquentes sont l’ostracisme (48 %), les insultes et moqueries (43 %), les bousculades (38 %), les surnoms désagréables (37 %) et les bagarres (37 %). « Les élèves des écoles en éducation prioritaire sont moins souvent mis à l’écart (40 % d’entre eux sont concernés, contre 49 % des élèves des écoles publiques hors éducation prioritaire et 50 % des élèves des écoles privées sous contrat) ».
Les élèves de CE2 sont plus concernés « quelle que soit la nature de l’atteinte, […] en particulier par les violences sexuelles, les bousculades et les coups ». Ainsi, 45 % d’entre eux ont été bousculés volontairement, contre 38 % des CM1 et 32 % des CM2, et 35 % ont été frappés, contre 27 % et 23 %. Au total, 43 % des CE2 sont souvent victimes d’au moins une atteinte, contre 34 % des CM1 et 31 % des CM2.
Violences sexuelles : un élève sur trois
34 % des élèves ont été victimes d’au moins une forme de violence sexuelle, 42 % chez les CE2. Parmi eux, 22 % ont été « gênés par quelqu’un qui les regardait ou qui voulait les regarder dans les toilettes de leur école », et 22 % déclarent que « quelqu’un a essayé de les embrasser, de les toucher ou de les caresser sans leur accord dans leur école », ce qui, précise la DEPP, « est susceptible de relever de violences sexuelles ». Chez les CE2, ces proportions atteignent 28 % et 29 %. À cet âge, filles et garçons sont touchés dans les mêmes proportions. Les écarts n’apparaissent qu’ensuite : ils sont observés au collège et « s’amplifient au lycée ».
Des violences en tout genre, mais genrées
Les filles sont davantage mises à l’écart (53 % contre 43 % des garçons) ; les garçons sont plus souvent frappés (35 % contre 21 %), et « la moitié des garçons ont participé à une bagarre […], contre un quart des filles ». Les violences sexistes s’installent tôt : 9 % des écolières ont été insultées ou moquées en raison de leur genre, contre 4 % des garçons, puis 10 % au collège contre 2 %.
Le contexte social joue aussi. En éducation prioritaire, 41 % des élèves sont souvent victimes d’au moins une atteinte, contre 36 % dans le public hors éducation prioritaire et 33 % dans le privé sous contrat. Ils sont aussi plus souvent moqués ou insultés en raison de leur couleur de peau, de leur origine ou de leur religion (11 %, contre 8 % et 5 %). Quant aux cyberviolences, elles touchent 19 % des élèves, et les CE2, bien que moins souvent équipés d’un téléphone (32 %, contre 55 % des CM2), « sont tout autant victimes » que leurs aînés.
Double peine pour les victimes
Les conséquences sont documentées. Les élèves exposés à des violences multiples et répétées « se sentent moins souvent bien dans leur classe et dans leur école et ont moins d’amis ». Ils sont aussi « plus souvent punis et ressentent plus souvent de l’injustice face aux punitions ». Mais « la plus grande différence observée est le sentiment de peur à l’école » : 39 % des élèves souvent victimes de plus de six atteintes ont souvent ou très souvent peur à l’école ou sur le chemin, contre 1 % des élèves épargnés.
Le silence dans la majorité des cas
Seuls 37 % des victimes en ont parlé à quelqu’un : leurs parents (60 %), leur enseignant (54 %) ou leurs amis (41 %). Parmi celles et ceux qui se sont tus, 56 % jugent que le problème n’était pas grave, 24 % pensent qu’en parler « n’aurait rien changé » et 15 % que cela aurait fait empirer la situation. Par ailleurs, 15 % n’ont pas parlé par peur, 11 % par honte et 11 % parce qu’ils ne savaient pas à qui s’adresser. Plus de la moitié des victimes (53 %) déclarent s’être défendues elles-mêmes.
Du côté des familles, les parents sont allés voir un adulte de l’école dans 32 % des cas et la police ou la gendarmerie dans 4 %. Un élève victime sur cinq (20 %) a consulté un médecin, un infirmier, un assistant social ou un psychologue.
Les élèves de CE2 ont été intégrés pour la première fois en 2025-26. les résultats ne sont comparables avec l’enquête de 2021 qu’en se limitant aux CM1 et CM2. L’enquête est déclarative et porte sur les actes subis, « que ces actes aient fait ou non l’objet d’un signalement ».
Les chiffres publiés à la veille des questionnaires contre les VSS sont alarmants. Ils révèlent la violence à laquelle sont exposés les plus jeunes élèves. Le questionnaire qui sera passé dès la classe de Grande section soulève de nombreuses questions et certainement des révélations auxquelles l’Ecole n’est pas préparée, comme le dénoncent et s’en inquiètent les syndicats.
Djéhanne Gani
Kamionka J., 2026, « À l’école, les plus jeunes élèves sont plus souvent victimes de violence – Résultats de l’enquête nationale de climat scolaire et de victimation auprès des élèves de CE2-CM1-CM2 en 2024-2025 », Note d’Information, n° 26.46, DEPP. https://doi.org/10.48464/ni-26-46
