Le journal des apprentissages : comment ?
Le dispositif quotidien est en général le suivant : chaque journée de cours se termine par un temps de rédaction du journal personnel (20 mn) ; le matin suivant, 2 ou 3 élèves lisent ce qu’iels ont écrit la veille (10 mn), ce qui suscite un débat avec la classe et l’enseignant·e (10 mn), puis un temps d’enrichissement du journal (10 mn) et éventuellement de reprise des savoirs de la veille.
Des variantes existent, selon les moments, les attentes, les projets, les contextes. Céline Walkowiak, professeure de français dans un collège du Nord de la France, en propose par exemple une adaptation disciplinaire dans le secondaire. Avec des consignes diverses et ouvertes à l’écriture réflexive : « Que retiens-tu de ce que l’on a travaillé aujourd’hui ? Comment reformulerais-tu telle notion avec tes propres mots ? Qu’as-tu appris que tu ne savais pas déjà ? Penses-tu que ton travail (seul ou en groupe) ait été efficace ? Pourquoi ? Que souhaites-tu retravailler pour être prêt à être évalué ? Choisis une des erreurs commises dans ta dictée : à quoi pensais-tu pour écrire le mot ainsi ? comment l’éviter la prochaine fois ? Qu’as-tu ressenti à la lecture de ce texte ? »
Et, dans la famille des écrits réflexifs version work in progress, le journal des apprentissages a ses tout aussi intéressants cousins : le carnet de lecture, le carnet de recherche, le portfolio d’études…
Le journal des apprentissages : pourquoi ?
Le dispositif favorise le passage du narratif à l’argumentatif, la métacognition, l’autorégulation, la levée de malentendus sociocognitifs. Par l’écriture se travaillent aussi des compétences d’écriture. La mise à distance suscite paradoxalement de l’engagement dans les activités scolaires. Aiderait-elle même à combattre les inégalités socioscolaires ? Des études montrent que « des élèves en échec scolaire, issus d’un milieu modeste, en difficulté face à l’école, peuvent très bien s’emparer de l’outil proposé, voire le surinvestir » et qu’« à l’inverse, de bons élèves, socialement et culturellement favorisés, délaissent tout à fait le journal ». Ce qui s’avère déterminant dans l’investissement des élèves, c’est « l’effet maitre », la capacité et la volonté de donner du sens à la tenue du journal, l’adéquation avec les pratiques pédagogiques mises en œuvre dans la classe. Le journal des apprentissages peut d’ailleurs être aussi fort utile à l’enseignant·e : il est « susceptible de lever un coin du voile sur l’activité de l’apprenant et, partant, d’amener le praticien à reconfigurer en conséquence, parfois profondément, son activité éducative. »
Devenir sujet élève par l’écriture ? Dans le bonheur peut-être d’une expérimentation des savoirs qui soit aussi « brouillon de soi » pour reprendre les mots de Patrick Rayou ? Le journal des apprentissages est possiblement un essai à la Montaigne. « Dans les cas les plus réussis, ceux des « journaux mosaïques », on voit de jeunes élèves capables de dire sur une même page leur enthousiasme à l’égard d’un projet de voyage scolaire et de mentionner leur compréhension de concepts exigeants. Comme pour l’auteur des Essais, ces écrits montrent qu’il est possible de faire dialoguer ses émotions, ses analyses avec les héritages culturels qui signent notre humanité. »
Jean-Michel Le Baut
Le journal des apprentissages dans ma classe : Enjeux et mode d’emploi, Jacques Crinon et Caroline Scheepers, Septembre 2026, ISBN 978-2-8073-7626-7
Sur le site de la maison d’édition
