Une jeunesse levée contre le racisme
« Siamo tutti antifascisti », c’est une phrase que l’on entend en manifestation comme dans les blocus. Les lycéennes et lycéens s’organisent, s’auto-organisent. Ils n’ont pas attendu l’hommage national annoncé la semaine dernière, qui devrait être présidé par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, après l’attentat terroriste raciste de Trappes qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi vendredi 23 octobre.
Ils n’ont pas non plus attendu l’appel d’un parti politique ; la jeunesse mobilisée répète à qui veut l’entendre qu’elle est indépendante et non soumise à un parti, comme ses détracteurs aiment à le dire. Elle est engagée. Elle s’est levée contre les inégalités, elle se lève contre le racisme. Devant plusieurs lycées bloqués, lycéennes et lycéens ont observé une minute de silence en hommage aux victimes de l’attentat de Trappes.
« On s’inquiète beaucoup de la montée de l’extrême droite », témoigne Hajar devant le lycée Bergson à Paris. Elle rappelle les revendications sur l’éducation, mais pour elle, c’est bien l’avenir du pays qui est en jeu. Rien de vraiment étonnant, tant l’éducation, est lié à l’avenir. Et la jeunesse le sait, son éducation, son avenir, c’est l’avenir du pays.
La peur du racisme, de l’extrême droite
« Je suis une femme noire, mes parents sont noirs, et j’ai peur quand je sors de pouvoir être tuée par des racistes à cause des médias et du gouvernement. » Le racisme ? « On le voit tous les jours, et il est encore plus démocratisé et dédiabolisé. » Le regard de Hajar sur une politique qui banalise le racisme, avec l’appui de médias, est sans nuance. Là encore, la jeunesse montre la voie, elle refuse les micros de CNews et de Frontières, qu’elle chasse de ses conférences de presse.
Et cette minute de silence ? « Ça me semble important qu’on la fasse, explique Hajar. L’attentat visait des personnes noires, arabes, et aussi musulmanes. »
« Le racisme est quelque chose de systémique, qui est dans toutes les sphères du gouvernement, mais aussi de la société en général. » La lycéenne évoque des micro-agressions. Danseuse, elle relate une anecdote révélatrice : quand ses camarades peuvent danser les cheveux lâchés, on lui demande de les attacher ou de les tresser. « La danse contemporaine est quand même un milieu où il n’y a pas forcément des personnes racisées. »
Hajar parle de préjugés, et d’un climat qui s’aggrave : « On a atteint un paroxysme de la haine envers les immigrés. Ça peut être un point d’alerte : ça fait très longtemps qu’on entend des choses inacceptables, qui ne sont pas réglementées et qui continuent aujourd’hui. On invite encore sur des plateaux télé des personnes condamnées, des personnes racistes. Et ça peut être vraiment dangereux, surtout que ce sont souvent les personnes âgées, qui votent, qui regardent ces médias. Nous, la jeunesse, on se demande, et moi en tant que femme noire, comment je vais faire plus tard : est-ce que je serai encore discriminée, est-ce que j’aurai des problèmes pour trouver un travail, un logement ? Car le racisme est dans toutes les sphères, et avec un attentat, ça le prouve encore plus. » Kevin Tessier a été mis en examen jeudi et placé en détention provisoire, il a reconnu avoir « spécifiquement ciblé des personnes (…) de type musulman ou africain ou nord-africain » et choisi Trappes, qu’il considérait comme « un repaire d’islamistes », selon le procureur national antiterroriste, Olivier Christen.
Une jeunesse qui a les yeux ouverts
Lors de la cérémonie d’hommage vendredi 30 mars à Trappes, le maire Ali Rabeh (Génération.s) l’a martelé : » Ouvrez les yeux . « L’assassin n’a pas choisi ses victimes au hasard. Ouvrons les yeux. Sa haine ne vient pas de nulle part. Elle a été inoculée dans son esprit par la répétition incessante des mots qui ont fait de ces minorités des cibles à abattre ». « Que personne ne se croit à l’abri, que les consciences s’éveillent et que le drame vécu par nos populations nous sortent de la torpeur et de l’inaction » a-t-il lancé. Une chose est sûre, la jeunesse qui se mobilise pour son avenir a choisi l’action, elle donne de la voix pour faire entendre des revendications d’égalité et de conditions dignes d’apprentissage. Et elle a les yeux grand ouverts.
Djéhanne Gani
