Peur sur la ville version collège ! Et si les élèves transformaient leur expérience de la ville en expérience du fantastique ? Au point d’y déployer, pour reprendre la définition de Todorov, ce sentiment d’étrangeté et d’hésitation face à un événement en apparence surnaturel qui survient dans le monde réel. Tel est l’enjeu du projet « Les mystères de Prévert », mené par Marie Especel, professeure de français à Bourg-sur-Gironde. Le projet veut « inscrire des productions d’élèves dans la réalité de leur environnement à travers une déambulation fanta-touri-stique ». Au final, les productions narratives des élèves du collège Jacques Prévert sont en effet enregistrées, accessibles dans l’espace urbain via des QRcodes, accompagnées d’un dépliant touristique. Inspirant !
Un projet aussi étonnant ne serait-il pas hors programme ?
En classe de 4ème, le programme de français offre des entrées distinctes qu’il est possible de mêler afin d’enrichir les séquences proposées aux classes. En début d’année, le premier chapitre des 4èmes Louise Michel et Frédéric Chopin du collège Jacques Prévert ont ainsi croisé deux questionnements : la fiction pour interroger le réel ; la ville, lieu de tous les possibles.
Comment est né le projet « Les Mystères de Prévert » ?
Les élèves ont étudié la manière dont la ville crée un environnement propice à l’irruption de l’étrange, comment un personnage quitte peu à peu la réalité de son environnement pour plonger dans l’irrationnel mais aussi dans quelle mesure la ville devient elle-même un personnage. La lecture de la nouvelle La Nuit de Maupassant a servi, entre autres, de support à ces questionnements. Les élèves ont ensuite eu envie d’écrire leurs propres récits. La question du destinataire de leurs écrits s’est alors posée : pour qui écrit-on une histoire ? Pour le prof qui corrige en premier lieu. Mais comment créer une plus grande motivation ? C’est ainsi qu’est né le projet « Les Mystères de Prévert ».
Quel était le but de ce projet ?
L’objectif était de créer une série de nouvelles audio que des promeneurs écouteraient lors de leur promenade dans la ville de Bourg-sur-Gironde où se trouve le collège. L’ensemble des podcasts accompagnerait la déambulation sonore des visiteurs qui y auraient accès via des QR codes disponibles dans la ville et regroupés sur un dépliant « fanta-touri-stique ». Un projet long et ambitieux permettant de travailler les compétences d’écrit et d’oral !
Quelles ont été les étapes de travail ?
Première étape : se lancer dans l’écriture. Armés du plan de la ville, les élèves ont pioché en groupe une carte « lieu » et une carte « élément fantastique » créées en amont par l’enseignante. Ils ont travaillé en équipe et produit des récits conformes aux codes du genre.
Deuxième étape : de l’écrit à l’oral. Quelles astuces pour donner du relief à son récit quand on l’oralise ? Les élèves transforment par exemple des passages narratifs en dialogues.
Troisième étape : enregistrement et habillage sonore. Les élèves découvrent le studio radio du collège, travaillent les techniques d’oralisation et consacrent du temps à l’écoute.
Dernière étape : montage et habillage sonore des enregistrements, mise en ligne et hébergement via les Audioblogs d’Arte, création de QR codes et réalisation d’une brochure à diffuser dans la ville.
En bonus, afin de personnaliser la vignette d’accompagnement de chaque podcast sur le site hébergeur, les élèves mènent un travail autour des IA génératives d’images. Il apprennent ainsi à rédiger, modifier et améliorer des prompts et s’essayer à plusieurs outils.
Quel bilan tirez-vous du travail mené ?
Le projet, né de la volonté des élèves de s’initier à la radio, a favorisé la motivation des élèves. La mairie de Bourg-sur-Gironde a décidé de valoriser ce projet : elle a décidé d’intégrer des QR codes renvoyant aux audios enregistrés par les élèves sur les panneaux destinés à l’information touristique dans les différents lieux remarquables de la ville. Le fait d’écrire pour un destinataire identifié et de voir leur travail sortir des murs du collège a constitué un enjeu qui a favorisé l’engagement de chaque élève à la mesure de ses possibilités.
Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut
Marie Especel dans Le Café pédagogique
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