La Belle et la Bête, de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, ill. Jul, Ed. Grand Palais Rmn
Si chacun pense à Cocteau ou à Disney lorsqu’on évoque ce conte qui a traversé les siècles, peu en connaissent l’autrice de 1756, défenseuse de la condition féminine, libre, voyageuse intrépide aux multiples amours et… gommée des mémoires. Le texte original, donc du 18ème siècle, est pourtant écrit dans une langue limpide et précise, une langue pleine d’esprit où s’enracine le second degré, cher à notre culture française.
Est-il besoin de resituer les personnages ? Une jeune fille belle, sensible, courageuse, au grand cœur, ses sœurs avides et méchantes, son père plutôt dépassé par les évènements, et un monstre hideux mais immensément riche et généreux malgré ses exigences.
Ce conte, malgré les différences d’époques et quel que soit le contexte, vient rappeler d’aller au-delà des préjugés, par-delà les appartenances sociales et culturelles. Il est donc d’autant plus paradoxal que cette version illustrée par le malicieux Jul, bien connu pour sa série Silex and the city ait été retirée à la dernière minute par le ministère de l’Education Nationale, de la distribution annuelle aux CM2…
Quel meilleur moyen pour faire découvrir et apprécier ce chef-d’œuvre du patrimoine, que de le présenter avec la fantaisie et l’humour qui mêlent féérie et vie d’aujourd’hui ? Téléphones portables et clavecins, baskets et robes de princesse : c’est actuel, ironique et réjouissant. Et on pouvait faire confiance aux enfants comme aux adultes qui les éduquent pour accompagner si besoin était…
J’ai eu beau traquer la petite bête, l’inacceptable, le mauvais genre… seule une illustration, où l’on voit les douanes saisir des cartons dans le coffre de la voiture d’un père parti pour « arranger ses affaires » et celle d’un chien de douanier reniflant un sac pourraient peut-être avoir besoin d’explications pour certains enfants… et encore.
Bref, faites-vous plaisir, relisez La Belle et la Bête avec ce regard contemporain et si drôle !
Coup de foudre, de Jean-Baptiste Drouot, Ed. Les fourmis rouges
Par ces temps belliqueux, un livre qui parle de guerre et où l’amour triomphe, c’est particulièrement truculent. A l’origine, un royaume de l’Est et un royaume de l’Ouest qui vivent en paix de chaque côté d’un fleuve infranchissable, plein de crocodiles. Et puis, à la mort des souverains paisibles, ce sont leurs enfants, d’un côté comme de l’autre, des monarques méchants et teigneux qui rêvent de conquérir le royaume d’en face qui vont enclencher un processus guerrier. Il faudra la coopération des deux meilleurs ingénieurs des deux royaumes pour construire un pont qui relie les deux rives.
Mais lorsque les deux armées se retrouvent face à face, rien ne se passe comme prévu. Un coup de foudre inattendu renverse les plans, et comme les deux peuples n’ont pas vraiment envie d’en découdre, l’amour et l’amitié prennent le dessus. Les méchants basculent dans le lit du fleuve et disparaissent à jamais, laissant les deux peuples libres de faire connaissance, de s’apprivoiser, de vivre en paix.
Les illustrations au trait simple, avec des personnages à nez de cochon ou têtes de chien, sont pleines d’humour, quelques bulles genre BD soulignent les caractères et sentiments. Vive les coups de foudre lorsqu’ils engendrent la paix !
Marianne Baby
La Belle et la Bête, de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, ill. Jul, Ed. Grand Palais Rmn
Coup de foudre, de Jean-Baptiste Drouot, Ed. Les fourmis rouges
