Pourquoi avoir participé à ce trek ?
Emeline : Je n’avais jamais fait de trekking. Mais je connaissais notre guide car c’est lui qui, jusqu’à présent, accompagnait nos élèves de spécialité SVT en voyage scolaire dans les Alpes. Ses qualités de guide auprès des élèves et le cadre du Parc de la Vanoise m’ont donné envie de participer à ce trek. J’avais l’impression qu’il n’y aurait jamais de meilleures conditions pour découvrir ce type d’expérience.
Mickaël : J’aime la randonnée en montagne. Je la pratique aussi souvent que possible, mais habitant dans le Pas-de-Calais je ne peux aller en montagne qu’à l’occasion des vacances. Cette année j’avais envie de faire un trek en solo et la Vanoise me tentait bien parmi d’autres destinations.
Christine : J’ai adhéré immédiatement pour le côté sportif de 5 jours de marche et la découverte du trekking avec les nuits en refuge, le côté social des rencontres et bien sûr l’idée de faire de la géologie sur le terrain.
Qu’avez-vous fait sur place ? Qu’avez-vous appris ?
Emeline : Nous avons randonné durant 5 jours, en commençant par une boucle le 1er jour et en allant ensuite de refuge en refuge les jours suivants pour effectuer le tour des glaciers de la Vanoise. Les lectures de paysages, l’observation des roches et de la carte géologique de la Vanoise nous ont permis de comprendre l’histoire géologique de la région briançonnaise au fil du séjour. Jonathan nous a aussi expliqué le fonctionnement de la dynamique des glaciers et donné plein d’informations sur la faune et la flore d’altitude qui nous entouraient… Tout ceci dans un cadre magnifique et en sécurité grâce au professionnalisme de notre guide, en nous laissant le temps d’admirer et de prendre en photo les marmottes, les vautours fauves, etc.
Christine : Sur place nous avons donc marché tous les jours environ 13 km avec de nombreux arrêts pour observer le paysage et les roches. Puis de temps en temps des pauses plus longues permettaient de faire le point avec des cartes et de prendre des notes. En plus de la géologie nous parlions botanique et vie en montagne.
Mickaël : Le point de rencontre était situé dans le petit village de Termignon. Nous étions 6 avec un guide Jonathan Mercier, docteur en géologie et accompagnateur en moyenne montagne.
Notre parcours était en boucle, de refuge en refuge. Nous avons séjourné successivement au refuge de plan du lac (J1), puis celui des Barmettes (J2), puis celui de l’Orgère (J3), le refuge du plan sec (J4) avant de rejoindre Termingon.
En distance les randonnées allaient de 13km pour l’étape la plus courte à 16km pour la plus longue. Mais en montagne c’est surtout le dénivelé qui compte, la plus grosse étape comptait 1150m de montée et 950m de descente, de quoi bien dormir le soir.
Le fait de faire une boucle était très intéressant pour observer plusieurs fois les mêmes sommets sous des angles différents. Nous avons tous constaté plus d’aisance avec la pétrographie et l’interprétation du paysage en fin de séjour.
Parmi les roches observées ou évoquées on peut citer la cargneule, la dolomie, le quartzite, des granites, des gneiss, les schistes lustrés, des marbres, des méta conglomérats, des roches moutonnées témoignant des glaciations passées … Pour ma part j’ai découvert les “glaciers rocheux”, certains en fonctionnement et d’autres fossilisés et végétalisés. J’ai appris à reconnaître le quartzite juste à l’oreille grâce au son caractéristique qu’elle produit lorsqu’on marche dessus.
Evidemment nos observations naturalistes ne se limitaient pas aux roches. Nous avons aussi fait de la botanique et nous avons pu observer la faune alpine à l’œil nu ou à la jumelle (marmottes, bouquetins, chamois, chevreuil, renard, vautours, traces de lièvres, traces de sangliers et potentiellement l’arrière-train d’un loup furtif). Jonathan est une mine d’informations sur tout ce qui touche à la montagne et il a mille anecdotes à partager.
Pensez-vous réinvestir des éléments dans vos cours ? Lesquels ?
Mickaël : Les informations sur l’orogénèse alpine peuvent être réinvesties en classe, notamment dans les chapitres sur la tectonique des plaques, la dynamique des zones de collision. La notion de « couche savon », les nappes de charriage, le métamorphisme, la stratigraphie, les failles … Les données sur le fonctionnement des glaciers peuvent être utiles en spécialité SVT mais aussi en enseignement scientifique. Les photos de roches, flore et faune pourront servir à illustrer des cours.
Nous nous sommes très bien entendus tous les sept, il y avait une très bonne ambiance dans le groupe, détendue et conviviale. Nous avons pu échanger sur nos pratiques et nous sommes restés en contact après le trek. A la fin du séjour tout le monde avait envie de renouveler l’expérience l’année suivante, avec un autre parcours.
Emeline : Emmenant déjà les élèves de Spé SVT de terminale en voyage scolaire dans les Alpes, cela conforte vraiment ma volonté de poursuivre ce type de projet. Je pense que les classes de terrain sont vraiment bénéfiques pour appréhender les phénomènes géologiques et les notions d’espace et de temps liées à l’histoire d’une chaîne de montagnes.
L’observation des glaciers in situ peut aussi être réinvestie en enseignement scientifique et en spécialité en classe de terminale dans les thématiques sur le climat qui sont plus que jamais d’actualité avec toutes leurs conséquences.
Christine : La zone de la Vanoise étudiée est complexe, donc pas si facile de réinvestir son histoire. Cependant cela m’a permis de remettre à jour des connaissances sur l’histoire des Alpes, et de poser des questions au fur et à mesure que l’on abordait les éléments. Je pense réinvestir les connaissances apprises sur la dynamique des glaciers. Enfin cela m’a bien motivée pour organiser une sortie de 3 jours dans les Alpes avec mes terminales.
Propos recueillis par Julien Cabioch
