Défiance, manque de moyens, perte de sens sur les priorités : les personnels de direction tirent le signal d’alarme. Cette rentrée 2025 est encore marquée par une accumulation de décisions tardives et un net recul des moyens. Et cela alimente une défiance croissante au sein de l’encadrement éducatif. Syndicat majoritaire des personnels de direction, le SNPden-UNSA alerte sur la réalité des établissements touchés par le manque de moyens, conséquence d’un budget sous le signe de l’austérité.
Les chiffres de l’enquête : un camouflet pour les réformes
« Plus les années passent, plus l’Éducation nationale perd ses cadres », alerte Bruno Bobkiewicz, le secrétaire général du Snpden-Unsa.
L’enquête menée par le syndicat révèle une insatisfaction massive : 68 % des personnels de direction jugent très négativement la communication et les choix ministériels. Seulement 7 % se déclarent satisfaits de la politique éducative actuelle.
70% des établissements sont insatisfaits de la réforme des groupes de besoin. La mise en œuvre est disparate. Selon l’enquête réalisée, 29% des collèges n’appliquent pas la réforme en 6e et 5e et pour 57% les groupes de besoin en 6e et 5è sont sur l’ensemble des heures. Près de 4 collèges sur 10 ont opté pour une organisation similaire à l’année dernière.
1 collège sur 2 n’a pas mis en place de dispositif spécifique en 4è et 3é.
La réforme du bac professionnel est aussi massivement rejetée, avec 3 % seulement de sasatisfaction.
Quant à la gestion des remplacements de longue durée, elle suscite une forte incompréhension : 35,7 % se disent « très insatisfaits », 33,9 % « insatisfaits ».
Au-delà des chiffres, c’est un sentiment profond de perte de sens, d’isolement et de prise de distance vis-à-vis de l’institution qui s’installe et qui inquiète les représentants du syndicat.
« On nous demande toujours plus, toujours plus vite, toujours plus fort », alerte Bruno Bobkiewicz, pour résumer. Il dénonce des décisions ministérielles trop tardives, sans concertation. Les personnels de direction oont ainsi pris connaissance du plan local d’évaluation lors de la conférence de presse de rentrée de la ministre. Pour lui, en résulte une désorganisation évitable, qui fragilise davantage des équipes au programme déjà très chargé en début d’année.
Plusieurs mesures structurantes ont été communiquées à la dernière minute : circulaires reçues le 27 août, plateformes d’évaluation ouvertes le vendredi après-midi pour une mise en œuvre le lundi, directives modifiant les organisations sans anticipation ni dialogue.
Le SNPden reconnaît toutefois certaines évolutions positives, comme les outils numériques pour la gestion des examens ou les programmes de l’Evars.
Une rentrée incomplète dans un tiers des établissements
Comme pour l’enquête du SNES, publiée la semaine dernière, le syndicat constate qu’un établissement sur trois signale l’absence d’au moins un enseignant à la rentrée. La situation est particulièrement tendue dans les lycées professionnels.
Portable en pause, plan et protocole : décalage entre discours et terrain
Le sujet des portables au collège est loin d’être une priorité pour les établissements : 66 % n’envisagent pas de mettre en œuvre le « portable en pause ». La question de la faisabilité et de la priorité de la réforme est remise en question, faute de moyens notnotamment. « Pour nous, il y a d’autres sujets de priorité » déclare le secrétaire général du Snpden-unsa qui précise que ce sont surtout des collèges ruraux de petite taille qui ont fait l’expérimentation. « La profession n’est pas demandeuse de ce sujet » glisse-t-il.
Un vrai sujet, pour les équipes, est la surcharge numérique, le temps de déconnexion pour les élèves comme les adultes. 68% des personnels interrogées sont favorables à la « pause numérique ».
Alors que la ministre Borne a annoncé un protocole santé mentale et un plan orientation, le décalage s’exprime quand près de 6 établissements sur 10 déclarent ne pas savoir mettre en place le protocole « santé mentale » ou le plan « orientation ».
Une profession en perte de confiance
Ce que révèle surtout cette rentrée, c’est une fragilisation du lien de loyauté entre les personnels de direction et l’institution. « Loyauté ne signifie pas obéissance aveugle. C’est aussi savoir dire non quand ce n’est pas faisable » explique un représentant du syndicat.
Djéhanne Gani
