« Nous avons une description du quotidien, un constat préoccupant » déclare Catherine Nave-Bekhtin, secrétaire générale de la CFDT Éducation. Elle dénonce une politique du rabot et d’une éducation au rabais lors de sa conférence de presse du 15 septembre 2025. Le syndicat déplore l’absence de moyens en contradiction forte avec les politiques annoncées. Dès ces premières semaines de rentrée, et à 3 jours d’une mobilisation intersyndicale, le syndicat alerte et illustre les effets des coupes budgétaires dans les établissements scolaires.
Une perte d’attractivité : démissions, nombre d’inscriptions au concours de personnel de direction
« Changer de Premier ministre ne change rien à la vie professionnelle des travailleurs », rappelle Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale de la CFDT Education. Les métiers de l’Education nationale n’attirent plus. En Alsace, seuls huit candidats se sont inscrits cette année au concours de personnel de direction, contre 120 l’année précédente. Cette chute spectaculaire est révélatrice d’une crise de motivation et de sens. Les démissions se multiplient, y compris chez les lauréats de concours, comme dans l’académie d’Amiens, où une quarantaine de départs ont été enregistrés dès le début d’année par la CFDT Education. Les personnels contractuels, indispensables pour pallier le manque de titulaires, subissent une précarité grandissante : selon l’organisation syndicale, nombreux sont ceux mis au chômage durant l’été, sans garantie de réemploi, ni accès rapide à leurs droits sociaux.
Annonces sans moyens : déshabiller Pierre pour habiller Paul ?
La rentrée a été marquée par une série d’annonces ministérielles précipitées, parfois irréalisables à l’instar du plan « Filles et maths », qui prévoit que tous les personnels soient sensibilisés deux heures sur les biais de genre… dès le 15 septembre, sans formation préalable ni cadrage clair. Même scénario pour l’EVARS, censé être mis en œuvre sans heures dédiées ni accompagnement réel.
Cette méthode de pilotage autoritaire et précipitée, sans concertation, alourdit les charges sans offrir de leviers d’action. Pour illustrer cela, le syndicat évoque le cas dans l’académie de Rennes où une classe a été supprimée pour ouvrir un poste de conseiller : un effet domino qui montre l’absurdité des arbitrages opérés et la pénurie des moyens.
Des moyens rabotés au détriment des missions éducatives
Dans de nombreuses académies, les dotations horaires ne permettent plus de financer correctement les dispositifs essentiels : « Devoirs faits », clubs, projets artistiques, soutien scolaire, voire mise en œuvre de l’EVARS. On assiste à un assèchement des heures éducatives, avec pour résultat un repli sur les heures de cours, sans offrir aux élèves d’espaces de découverte ou de remédiation. Cette logique comptable alimente les risques psychosociaux, renforce l’épuisement professionnel et dégrade encore l’attractivité du métier. Comme le souligne la CFDT : « Raboter encore, c’est prendre le risque d’un effondrement du sens et du collectif ».
Catherine Nave-Bekhti alerte sur le risque d’un budget qui ferait peser un effort injuste sur les services publics, et appelle à un rapport de force pour obtenir un autre budget, qui soit à la hauteur des enjeux : justice sociale, justice fiscale, transition écologique et numérique.
Vers une mobilisation nationale le 18 septembre
Face à cette situation alarmante, la CFDT Éducation appelle l’ensemble des personnels à se mobiliser le 18 septembre dans le cadre d’un appel intersyndical pour exiger des moyens à la hauteur des missions, un dialogue social réel, et une reconnaissance concrète de leur engagement.
Djéhanne Gani
