Mettre en avant des femmes scientifiques
Le projet de programme publié par le Conseil supérieur des programmes en juillet 2025 laisse entrevoir le futur des SVT au collège. Dès le préambule, il est question de « bagage scientifique naturaliste » mais aussi de « diversité des démarches scientifiques ». « L’ambition est également de montrer comment les sciences de la vie et de la Terre contribuent à l’élaboration des politiques publiques, en intégrant d’autres dimensions que la seule dimension scientifique », soulignent les auteurs. « La réalisation d’activités pratiques, associées à l’investigation du réel, doit faire partie des activités récurrentes en classe », sans pour autant préciser les modalités de groupes nécessaires.
Vers une redondance accrue des notions de la 5ème à la 3ème
La structuration des programmes n’est plus en trois mais en deux parties : Terre et vivant d’un côté, Corps humain et santé de l’autre. Fini l’approche par cycle, une programmation annuelle est préconisée mais de façon spiralaire. « Cela permet également de ne pas aborder une seule fois une notion, mais de la revoir plusieurs fois, ce qui est bénéfique à la mémorisation à long terme ». Le risque est que les élèves aient l’impression d’un air de déjà vu chaque année. De nombreux enseignant.es témoignent déjà de cette redondance accrue des notions de la 5ème à la 3ème. Une enseignante de SVT prône sur les réseaux « un découpage annuel avec du bon contenu adapté à des collégiens, sans spiralaire à outrance, sans décimer certaines parties qui étaient importantes et passionnantes ».
Le projet insiste, comme le précédent, sur la distinction des élèves entre ce qui constitue « un savoir scientifique éprouvé de ce qui relève, soit d’une opinion non prouvée, soit d’une croyance ». Pour les démarches, fini l’hégémonie de la démarche d’investigation. Le projet privilégie « une diversité de démarche pédagogique ». Le cours magistral est même cité à la page 5. L’essentiel pour les auteurs est d’accorder « une place centrale au réel et au concret ». Quant aux logiciels de simulation, si prisés faute de groupes adéquats pour des séances de travaux pratiques, ils « ne doivent survenir que dans des cas particuliers où l’accès au réel n’est pas possible ».
Côté contenu, certains sujets reviennent comme la sédimentologie, partie aux oubliettes il y a 10 ans. « Beaucoup de choses intéressantes disparaissent comme la phylogénie qui permettaient des mises en activité concrètes », regrette cette enseignante sur les réseaux.
En 5ème, les élèves étudieront la planète Terre et son atmosphère ainsi que Mars et le cycle de l’eau de façon plus aboutie qu’auparavant. « L’étude des planètes telluriques ne doit pas être exhaustive », ajoutent les auteurs dans l’encart « précisions et limites » qui accompagne chaque unité d’apprentissage. La météo et le climat restent en classe de 5ème.
Les collégiens de 5ème utiliseront le microscope optique pour distinguer les unicellulaires et les pluricellulaires comme déjà fait en classe de 6ème… Par contre, dès la 5ème, il sera question du métabolisme respiratoire aérobie. Un autre point fait un focus sur l’agriculture à travers la multiplication asexuée. Enfin dans le thème « Corps humain et santé », les 5èmes devront étudier l’activité physique : effort, centres nerveux, blessures mais aussi dopage et surentraînement.
Adieu gamètes !
Il en est de même pour les bases de la procréation humaine avec les cycles féminins, le rapport sexuel et la formation d’une cellule œuf. « Le professeur privilégiera les termes « cellules sexuelles » plutôt que « cellules reproductrices » afin de ne pas sous-entendre une idée de reproduction à l’identique. Par souci de simplification, on n’utilisera pas le terme « gamète ». » Le programme inclut clairement la notion de clitoris.
Une nouvelle approche de la génétique
En 4ème, le cycle du carbone et l’effet de serre font partie d’une unité d’apprentissage. La géologie interne évolue peu avec les séismes, le volcanisme, les aléas et risques. L’approche historique des plaques lithosphériques n’est plus au programme. L’accent doit être mis sur l’étude des PPMS (plan particulier de mise en sûreté) des établissements.
Une autre partie concerne les organismes photosynthétiques, déjà abordés dans le programme actuel. Le principal changement vient de la nouvelle approche de la génétique proposée dès la 4ème. « Le brassage génétique est défini comme l’association, qui n’existait pas chez les parents, de nouvelles combinaisons de caractères dans les individus et leurs descendances ». Attention, la méiose ne doit pas être étudiée ! Les mots allèles et gènes ne sont pas écrits dans les programmes. Ces notions (trop complexes ?) sont-elles réservées à certains lycéen.nes ?
Dans la partie « Corps humain et santé », il sera temps d’étudier la nutrition chez l’humain ainsi que les grandes fonctions du corps : circulation sanguine, digestion, respiration, système nerveux. La microbiologie n’est pas en reste avec l’étude de la défense immunitaire, du SIDA et de nouveau de la vaccination.
Une nouvelle fois, les élèves étudieront la procréation humaine, désormais en mettant l’accent sur le contrôle hormonal de l’appareil reproducteur ainsi que la contraception. Un point sur la sexualité précise dans ses objectifs d’apprentissage que « vivre sa sexualité consiste à satisfaire ses désirs dans le respect de l’autre ».
Utiliser l’IA générative pour reconstituer un paléoenvironnement
En 3ème, les élèves devront appréhender le savoir scientifique comme « une construction collective qui s’enrichit au fur et à mesure de la découverte de nouveaux faits ». Dans la partie « Terre et vivant », l’enseignant.e proposera une étude de deux roches et son contenu minéralogique. L’étude du cycle des roches doit être une occasion d’expérimenter en classe. Après la fossilisation, les collégiens aborderont aussi les conditions de formation des roches métamorphiques.
Lors de l’étude de l’histoire de la Terre, les auteurs invitent à « utiliser l’IA pour inventorier la biodiversité d’un milieu ou utiliser l’IA générative pour reconstituer un paléoenvironnement ». D’ailleurs au sujet de l’IA, le projet recommande « un recours aux intelligences artificielles qui doit être l’occasion de permettre aux élèves d’en comprendre le fonctionnement et l’intérêt, mais aussi d’en mesurer les limites (biais, travail de l’esprit critique et coût environnemental) afin d’apprendre à les utiliser à bon escient ».
Spéciation et sélection naturelle restent des notions de 3ème. « Les exemples explicites sont à privilégier (populations bactériennes résistantes aux antibiotiques, souris de Madère, pinsons des Galapagos, moustiques de Londres, etc.) ».
La partie « Corps humain et santé » revient sur le système nerveux pour expliquer le fonctionnement d’une synapse. « Un sommeil de qualité et de durée adaptée aide à consolider les apprentissages ». Les drogues, les conduites addictives et l’origine biologique des émotions font partie des objectifs d’apprentissage. « Il conviendra de veiller à ne pas limiter l’étude au stress et à l’anxiété et à s’appuyer également sur des émotions agréables ».
Pour terminer ce tour d’horizon non exhaustif, l’immunité concernera la résistance aux antibiotiques mais aussi une nouvelle couche sur la vaccination, cette fois-ci en lien avec certains cancers. Les élèves réfléchiront sur les notions de PMA (procréation médicalement assistée) et de consentement dans la partie procréation humaine. L’étude de la formule chromosomique humaine fait partie des objectifs ainsi que le dépistage prénatale d’une anomalie chromosomique. « Le terme de multiplication cellulaire sera privilégié, en effet le mot « division » a un autre sens qui peut induire des difficultés de compréhension pour les élèves », ajoutent les auteurs.
En attendant la publication officielle, les enseignants de sciences en 3ème apprécieront cette année le coefficient 2 attribué à l’épreuve écrite du DNB en sciences. Pour la session 2027, le programme applicable sera celui étudié seulement en classe de 3ème…
Julien Cabioch
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