Pouvez-vous vous présenter ?
Depuis 2008, j’enseigne l’histoire-géographie. Après un passage en région parisienne puis au lycée français de Copenhague, j’ai rejoint successivement le collège Camille Claudel (REP) à Vitrolles, puis le collège Roquepertuse à Velaux, dans un contexte social plus favorisé. Ces expériences m’ont amenée à repenser ma pratique, notamment pour donner davantage d’autonomie aux élèves.
Quelle est l’origine de ce projet ?
Mon retour de Copenhague a été un déclencheur : j’avais envie d’enseigner autrement. Je me suis alors intéressée aux apports des sciences cognitives et aux travaux sur l’évaluation par contrat de confiance d’Antibi. La rencontre avec Sylvain Connac, spécialiste des pédagogies coopératives, a par la suite été déterminante. Son accompagnement, notamment via une recherche-action financée par ma cheffe d’établissement, a été déterminant. Peu à peu, j’ai expérimenté le plan de travail comme outil central pour préparer les élèves à une évaluation dans un cadre coopératif et bienveillant.
Pouvez-vous en préciser le cadre pédagogique ?
Avec l’équipe pluridisciplinaire du collège et sous l’impulsion de S. Connac, nous avons intégré l’entraide grâce à l’outil du tétra’aide. Cela m’a amenée à ritualiser mes cours autour de trois temps : le temps de la découverte des notions et des savoirs, le temps de l’apprentissage de ces notions lors des séances en plan de travail qui propose des exercices adaptés aux besoins de chacun et le temps de l’évaluation. Le plan de travail me sert ainsi de séance d’entrainement à l’acquisition des compétences et à la mémorisation, notamment à l’aide du numérique et de manière expansée dans le temps (quizinière, wooflash, genially etc.).
L’entraide, formalisée par le tétra’aide, y est autorisée, pendant que je me rends disponible en table d’appui auprès des élèves les plus en difficultés ou en tant que correctrice de certains exercices. Cette démarche a été mise en place avec toutes mes classes, à raison d’une séance de plan de travail par séquence.
Quelles compétences sont travaillées durant ce projet ?
Les compétences évaluées en contrôle de fin de séquence sont systématiquement travaillées en amont lors de la séance en plan de travail. L’objectif est ainsi de dédramatiser l’erreur et de les transformer en levier dans les apprentissages. Les élèves ont alors tout à leur disposition pour être en réussite le jour de l’évaluation finale car les attendus sont explicites. Le plan de travail permet de les faire gagner en autonomie et de les responsabiliser dans la mesure où il offre des exercices d’entrainement adaptés que les élèves choisissent en fonction de leurs besoins. Par exemple, il peut y avoir des exercices d’écriture avec des degrés de difficultés différents ou plusieurs petites études de documents sur des pays différents pour la géographie.
Quels effets sur les élèves avez-vous pu noter ?
Les progrès sont indéniables. Les élèves comprennent qu’ils sont acteurs de leurs révisions. La coopération instaurée avec l’entraide influe sur le climat de classe de manière positive.
Et quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Ces séances en plan de travail doivent être ritualisées pour être efficaces et être précédées d’une formation à l’entraide. Les premières ne sont jamais les meilleures car la liberté donnée est difficile à gérer pour certains. De même, laisser le droit de se lever pour s’entraider peut amener du bruit ou être utilisé par certains pour bavarder ou éviter le travail. Quoi qu’il en soit, tout cela se travaille sur un temps long avec la mise en avant régulière des avantages indéniables de ce système qui progressivement est accepté par la classe.
Propos recueillis par Nora Latroch, professeure d’Histoire-géographie au lycée Maurice Genevoix (académie d’Aix Marseille)
