Une profession qui se forme… presque unanimement
Engagement des professeurs ou insuffisance institutionnelle ? Le chiffre frappe d’emblée : 92 % des enseignants déclarent s’être formés ou autoformés au cours des douze derniers mois, une proportion qui grimpe à 94 % chez les nouveaux enseignants. Un niveau sans équivalent dans le reste de la population active, souligne l’institut de sondage.
Plus encore, la fréquence s’intensifie. Près d’un enseignant sur trois se forme au moins une fois par mois, une progression marquée depuis 2023, particulièrement chez les jeunes professeurs, dont 44 % adoptent un rythme mensuel. « La formation devient un réflexe professionnel, surtout en début de carrière », analyse Ipsos BVA.
Cette auto-formation souligne un besoin des enseignants non-comblé par l’institution dans l’accompagnement du métier. La formation continue est un parent pauvre depuis plusieurs années. Les professeurs français figurent dans la queue du peloton dans l’enquête Talis. L’enquête internationale 2024 mettait en lumière les lacunes de la formation initiale : pour près d’un enseignant sur deux, elle était jugée insuffisante.
Des enseignants à l’initiative, des formats en mutation
Autre enseignement fort : 58 % des formations suivies sont engagées à l’initiative des enseignants eux-mêmes, confirmant une culture de l’autoformation solidement installée et un besoin sur des sujets identifiés. Si le présentiel reste le format le plus suivi (60 %), il recule au profit de modalités en ligne : podcasts, MOOC et formations à distance progressent nettement. A noter que le présentiel affiche le meilleur taux de satisfaction (82 %), devant les webinaires et conférences en ligne.
Malgré cet engagement, des obstacles demeurent. Le manque de temps reste le premier frein cité par 46 % des enseignants, suivi du manque d’adéquation entre les contenus de formation et la réalité du métier (40 %). La difficulté à se former hors du temps de face-à-face pédagogique est également pointée, renforçant la demande de formats courts et flexibles.
Le temps de formation sur le temps de travail a fortement reculé ces dernières années, avec une pression et auto-censure sur l’offre de formation, faute de remplacement. Si ce point n’est pas évoqué dans le baromètre, de nombreux enseignants témoignent de cette réalité. L’absence de vivier de remplaçants qui devient structurelle est un frein à la formation continue.
Les temps d’échange entre pairs ou de formations en présentiel étant de moins en moins positionnés sur des temps de travail, cette absence a aussi des effets sur le temps consacré par les professeurs et la qualité de la formation.
Plus de la moitié des enseignants constatent des effets positifs sur leurs compétences professionnelles, leur confiance et la relation avec les élèves.
Un indicateur clé retient l’attention : 84 % estiment que les acquis sont transférables dans leur pratique, un taux en progression, mesuré trois mois après la formation.
IA, pédagogies actives, inclusion : les priorités et des besoins qui s’imposent
Les attentes sont désormais très lisibles. 61 % des enseignants ont « un projet de formation », un pourcentage en hausse depuis 2023 note le baromètre. Ce projet de formation relève davantage du besoin face à un métier qui se complexifie. Les trois thématiques dominantes le montrent bien : les pédagogies actives et la gestion de classe, les intelligences artificielles génératives, devenues un besoin massif et l’école inclusive, au cœur des préoccupations de terrain. Dans l’enquête Talis 2024, 79 % des enseignants déclaraient ne pas avoir les connaissances nécessaires pour intégrer l’IA dans leur enseignement.
L’enquête pointait l’insatisfaction et le retard de la France dans la formation des professeurs. Pourtant les besoins sont identifiés. Et ces besoins sont à corréler avec les conditions de travail, et son épanouissement professionnel. Le fort taux quasi généralisé de formation des enseignants souligne leur grand investissement dans leur travail.
« L’appétence pour l’IA et les pédagogies actives traduit une volonté forte de faire évoluer les pratiques au service des élèves », souligne Réseau Canopé, qui entend accompagner cette transformation avec des formats flexibles et ancrés dans le réel. Le baromètre confirme les faiblesses pointées par les enseignants dans les différentes enquêtes : les enseignants français ont besoin de formation initiale et continue et de temps pour s’y consacrer. Ce temps de formation ne devrait-il pas être sur le temps de travail plus que fondé sur la volonté et la disponibilité des professionnels ?
Canopé réaffirme sa place d’opérateur public de formation
Avec 270 000 enseignants formés en 2025 et une explosion des usages de formations asynchrones, Réseau Canopé réaffirme son rôle dans un contexte de restrictions budgétaires. « Ce baromètre confirme une chose essentielle : les enseignants veulent se former. À nous de leur proposer des réponses accessibles, utiles et proches du terrain », insiste sa direction. Alexandra Wisniewski, directrice générale par intérim le souligne : « en tant qu’opérateur public, notre responsabilité est d’accompagner cette dynamique et de soutenir, chaque jour, la montée en compétence des enseignants et des acteurs éducatifs ».
Dans un paysage éducatif en mutation rapide, marqué par l’essor du numérique et de l’IA, le baromètre confirme une certitude : les enseignants veulent se former. Reste désormais à l’institution de leur donner pleinement les moyens de transformer cette volonté en pratiques durables.
Djéhanne Gani
