Il est un peu plus de 9 heures lorsque les premiers groupes se retrouvent devant le rectorat de Paris, mardi 10 février : des enseignants, des personnels de vie scolaire, des parents et des élus de partis de gauche. « Aujourd’hui, nous, personnels grévistes et parents d’une vingtaine d’établissements, sommes rassemblés pour exiger l’arrêt des suppressions massives de postes, de classes et de formations, une baisse des effectifs par classe et que l’argent public bénéficie en priorité à l’enseignement public », indique le communiqué adopté à l’issue de l’assemblée générale à l’origine de l’appel.
Une audience sans réponse
En début d’après-midi, une délégation finit par être reçue par le directeur d’académie Laurent Noé, la directrice adjointe du cabinet de la rectrice, Nadège Castelain, et la secrétaire générale. Dix-sept établissements sont représentés. À la sortie, la déception est palpable. « Rien », résume un enseignant : « aucune annonce, aucun engagement. »
À Paris, 120 suppressions de postes enseignants sont prévues dans le second degré, ainsi que 4 postes de CPE et 2 postes administratifs. Dans le premier degré, 84 postes doivent également disparaître.
À l’échelle nationale, ce sont près de 4 000 suppressions à la rentrée. « On rogne année après année », confie une professeure gréviste. « Les dotations horaires globales tombent, les classes se chargent, les équipes s’épuisent. Au lieu d’améliorer les conditions d’enseignement, on les dégrade. »
Au collège Hélène-Boucher, la peur de perdre la mixité
Parmi les établissements mobilisés, le collège Hélène Boucher, dans le 20e arrondissement, cristallise les inquiétudes. La fermeture annoncée d’une classe de 6e à la rentrée prochaine a provoqué une mobilisation massive. « Nous étions 27 grévistes sur 29 enseignants, plus toute la vie scolaire », témoigne une enseignante. « La grève n’est pas du tout dans la culture de l’établissement. C’est la première fois que les profs se mobilisent ainsi. »
Pour les équipes, l’enjeu dépasse largement la question des effectifs. « Fermer une 6e, c’est mettre en péril la mixité sociale du collège », explique Emmanuelle. « Contrairement à ce qui est dit, ce n’est pas seulement lié à la baisse démographique. Nous ferions le plein s’il n’y avait pas eu une re-sectorisation de l’école Bovin vers Pilâtre-de-Rozier, qui permettait de maintenir un équilibre social. »
Selon les enseignants, les arguments avancés localement – notamment des travaux à venir – ne tiennent pas. « Les travaux ne sont pas programmés avant 2030. Les élèves entrant en 6e en 2026 pourraient faire toute leur scolarité ici. À terme, cette fermeture précarise des postes, notamment en physique, musique et SVT, avec des compléments de service imposés ailleurs », détaillent-ils, craignant une dégradation des conditions de travail.
Devant le rectorat, parents et enseignants font front commun. « Les familles sont là parce qu’il y a un attachement très fort au service public d’éducation », explique une mère d’élève. Pour la FCPE du 11e arrondissement, la situation est alarmante : 17 fermetures de classes, un manque criant d’AESH et une inclusion rendue impossible dans de bonnes conditions. « Ces décisions ne répondent ni aux besoins des élèves, ni à ceux des familles, ni à ceux des enseignants », dénonce Anna.
Une mobilisation par solidarité
Même des enseignants d’établissements encore épargnés ont fait le déplacement. Nathanaël, professeur d’éducation musicale au collège Dolto, explique sa présence : « Notre collège ne subit pas de fermeture pour l’instant, mais autour de nous, c’est la catastrophe. On sait que plus tard ce sera notre tour. Alors on se mobilise avant, par solidarité. »
Plusieurs établissements ont perdu une division, passant à 3 classes par niveaux, comme au collège Besson (Paris 20). Cette tendance se généralise, à terme c’est la crainte des fermetures de collèges qu’expriment les professeurs de plusieurs établissements.
« Une opportunité historique gâchée »
Pour tous, la baisse démographique devrait être « une opportunité historique pour faire baisser le nombre d’élèves par classe », rappelant que la France reste au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE. Devant le rectorat, le sentiment est largement partagé : celui d’une occasion manquée et d’un service public d’éducation qui s’affaiblit, au détriment des élèves les plus fragiles.
Djéhanne Gani
