G. Attal ministre : l’école noyée dans un défilé incessant de priorités
Dans sa récente annonce de candidature à l’élection présidentielle, Gabriel Attal a affiché sa « priorité pour l’Ecole» . On pourrait, au vu de ses affichages passés de « priorités » qui n’ont rien engagé de vraiment réel pour la suite, que cela n’a aucune importance. A voir.
Il est vrai que ses annonces incessantes voire hyperboliques de « priorités » quand il était ministre de l’Education nationale puis Premier ministre ont pu finir par donner le tournis ; et finalement susciter un simple haussement d’épaule pour ceux qui suivent effectivement leur défilement.
En janvier 2024 on apprend que l’Ecole reste « une priorité absolue » pour Gabriel Attal qui vient d’être nommé Premier ministre, mais en même temps que sa « priorité, ce serait l’ordre et la sécurité », alors que Gabriel Attal annonce également sur France 2 qu’il « fait de la santé mentale des jeunes une grande priorité ».
Le 10 janvier, un séminaire gouvernemental est même tenu pour définir « les priorités des prochains mois ». Mais débute le mouvement ds agriculteurs : « l’agriculture est au-dessus de tout » déclare alors Gabriel Attal qui entre-temps avait annoncé que sa « priorité » allait être de « soutenir la France qui travaille ».
Dans la « Déclaration de politique générale» du nouveau Premier ministre Gabriel Attal, on trouve un méli-mélo impressionnant de « priorités » (on ne sait si ce terme est constamment employé pour faire croire à la détermination d’action de Gabriel Attal ou s’il manque de vocabulaire et de synonymes bien que volubile) : « Ma priorité est claire : favoriser le travail pour que ceux qui s’en sont éloignés s’en rapprochent […] Réussir le réarmement civique, c’est au coeur des priorités de mon Gouvernement […] Ce réarmement que nous construisons avec le Président de la République, il a un objectif prioritaire : assurer notre souveraineté […] Le bien-être à l’Ecole, c’est aussi donner toute leur place aux élèves en situation de handicap ; bâtir une société inclusive est au coeur des priorités de mon Gouvernement ».
Ce défilé des « priorités » a commencé dès son discours d’intronisation au ministère de l’Education nationale le 20 juillet 2023 : « Les absences de professeurs non remplacés seront ma priorité ». Une semaine après, le 27 juillet, le nouveau ministre de l’Éducation nationale proclame urbi et orbi qu’il a « fixé la lutte contre le harcèlement moral comme la priorité absolue » de son ministère.
Le 28 août, lors de sa conférence de rentrée scolaire, il apparaît que la cadence de la succession des ‘’priorités’’ du ministre Gabriel Attal ne faiblit pas : « la première priorité est d’élever le niveau des quelques 11993500 élèves des écoles, collèges et lycées ».
Le 22 octobre, sur BFMTV, Gabriel Attal met en avant avec une insistance renforcée une nouvelle « priorité » : « ma priorité, mon obsession, c’est que de nouvelles mesures soient prises pour la protection des élèves et des professeurs […] Je vous le redis, la priorité de protéger les élèves et les professeurs, c’est cela mon obsession ».
Le 16 novembre, Gabriel Attal s’est empressé au premier jour du salon Educ@tech d’ajouter un cinquième élément à sa liste des « fondamentaux » et à sa déjà longue liste des priorités : « lire, décoder, décrypter l’information » doit s’ajouter au « lire, écrire, compter et respecter autrui » s’est-il écrié. Et le 21 novembre, au colloque du CNESCO sur « le bien-être à l’Ecole, le « bonheur, au cœur du projet sur l’Ecole » ! Le 22 novembre Gabriel Attal continue : « élever le niveau général de l’Ecole est ma priorité absolue ; je n’ai aucun tabou, y compris sur le redoublement ou les groupes de niveau ».
G. Attal candidat à la présidentielle : l’école, une priorité purement utilitariste
Mais dans le tourbillon incessant de ses « priorités », notamment pour l’Ecole, Gabiel Attal n’avait jusqu’alors jamais réduit cela à la focalisation qu’il s’est permise sur TF1 ce 23 mai : « Il y a plein de sujets sur lesquels je voudrais renverser la table. S’il y en a un au-dessus des autres, c’est l’école. L’école, parce que c’est l’école qui nous permettra d’avoir les ingénieurs qui nous permettront de maîtriser l’intelligence artificielle. C’est l’école qui nous permettra d’avoir les ouvriers qui feront qu’on redeviendra une grande nation industrielle. C’est l’école qui nous permettra d’avoir des médecins, des enseignants. C’est l’école qui nous permettra d’être unis. Il y a tellement de gens qui veulent nous diviser. Et s’il y a un sujet qui peut nous rassembler, c’est l’école. »
Eh bien quelle distance de perspective et de hauteur de vue avec l’un des principaux fondateurs de l’Ecole républicaine, à savoir Ferdinand Buisson : « Le premier devoir d’une République est de faire des républicains […]. Pour faire un républicain, il faut prendre l’être humain et lui donner l’idée qu’il peut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite d’un maître, d’un directeur, d’un chef quel qu’il soit, temporel ou spirituel. Est-ce qu’on apprend à penser comme à croire ? Croire, c’est ce qu’il y a de plus facile ; et penser, ce qu’il y a de plus difficile au monde. Pour arriver à juger par soi-même d’après la raison, il faut un long et minutieux apprentissage ; cela demande des années, cela suppose un exercice méthodique et prolongé. C’est qu’il ne s’agit de rien moins que d’un esprit libre » (Ferdinand Buisson au Congrès de 1903 du Parti radical).
Claude Lelièvre
