Septembre 2026 : à droite, rien de nouveau. Episode supplémentaire, avec éclairage historique de l’historien Claude Lelièvre, mémoire du Café pédagogique. Il nous rappelle certains discours d’autorité et de sanction … et leur inefficacité.
La droite aime le tri et le faire savoir
La droite dite « décomplexée» aime les tris et les mesures exceptionnelles, et surtout les claironner à tout va pour séduire un certain électorat. Ainsi le candidat aux présidentielles LR Bruno Retailleau a déclaré le 2 septembre dernier sur RTL : « Quand on a des élèves récidivistes qui sont violents, qui sont des harceleurs, je crée des internats disciplinaires, où ils auront un cadre strict ».
Serait-ce une nouveauté ? On peut en douter.
La circulaire du 15 juillet 2010 indique que « conformément aux engagements du Président de la République [Nicolas Sarkozy] les élèves particulièrement perturbateurs pourront être sortis de leur établissement et placés dans des structures adaptées, aussi longtemps que nécessaire ».
Des établissements de « réinsertion scolaire »
Il est donc institué un nouveau type d’établissement (dit de «réinsertion scolaire») qui se situe entre les classes ou ateliers « relais » (qui réinsèrent la plupart de leurs élèves au bout de deux ou trois mois, « normalement » ou à peu près « normalement » selon les notes du ministère qui se sont succédé chaque année depuis leur création) et « les centres éducatifs fermés » (qui accueillent des élèves condamnés par la Justice).
A Nice, par Eric Ciotti
Le premier « établissement de réinsertion scolaire » a été créé à l’initiative (précipitée) du président du Conseil général des Alpes maritimes – Eric Ciotti – par ailleurs secrétaire national de l’UMP en charge de la sécurité.
Les auspices et les circonstances de la création de ce premier « établissement d’insertion scolaire » ne devraient d’ailleurs pas surprendre outre mesure lorsque qu’on ne cherche pas (par-delà le « petit doigt » de l’intitulé « réinsertion scolaire ») à se cacher ce qui est foncièrement recherché.
D’autant que Nicolas Sarkozy a été finalement assez direct lors de l’allocution qu’il a prononcée à Marly-le-Roi pour l’inauguration de l’un des premiers » internats d’excellence » qui sont l’autre face de cette politique (des « internats d’excellence » pour les uns, des « internats de réinsertion scolaire » pour les autres…)
Mérite et sanction
Il est d’ailleurs caractéristique qu’il ait parlé en même temps et dans le même discours des uns et des autres, et à partir d’un même principe de base : le « mérite » (à combiner ou non avec le « disciplinaire « ). « A Marly-le-Roi [a-t-il dit] ce sont des enfants méritants dans le cadre de familles modestes à qui on va donner une chance supplémentaire. Dans l’internat d’excellence, il n’y a aucune dimension disciplinaire. Ce n’est jamais une sanction que d’arriver dans un internat d’excellence. C’est une récompense, c’est une promotion, c’est une opportunité, c’est une chance […] Je voudrais dire aussi que les internats d’excellence ne sont pas la seule nouveauté de la rentrée. Lundi, le ministre Chatel inaugurera un établissement de réinsertion scolaire. Là, nous sommes dans une dimension totalement disciplinaire, je dirais exclusivement disciplinaire ».
Et Nicolas Sarkozy de conclure : « La République, c’est celle qui doit promouvoir celui qui le mérite et qui doit sanctionner celui qui le mérite ». Cela avait au moins le « mérite » de la clarté : les établissements de « réinsertion scolaire » avaient toutes les ‘’chances’’ d’usurper leur nom.
Derrière le discours : des établissements inefficaces
Eric Debarbieux, spécialiste reconnu des violences à l’école et auteur de Zéro Pointé ? Une histoire politique de la violence à l’école, l’a souligné dans le « 20 Minutes » du 5 septembre dernier : « En plus de coûter extrêmement cher, ces établissements sont inefficaces pour résoudre les problématiques de décrochage scolaire ou de délinquance. ‘’Individuellement, il peut toujours y avoir un ou deux enfants qui s’en sortent, mais ces établissements fabriquent majoritairement des enfants encore plus durs.’’ Il observe même des enfants ‘’durs’’ qui tombent dans une rhétorique masculiniste : ‘’Plus je suis puni, plus je suis un homme ! Un vrai, un dur’’ »
Claude Lelièvre
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