
PISA 2025 sonne comme un avertissement. Les résultats des élèves français n’ont jamais été aussi bas. Mathématiques, lecture, inégalités : le décrochage s’installe. Derrière les chiffres se dessine aussi le bilan de près de dix ans de politique éducative. Yannick Trigance, conseiller régional d’Ile-de-France, ne manque pas l’occasion d’un parallèle. « Les résultats de PISA ne sont pas une fatalité. Ils sont un miroir » (…) « Si la question des effectifs ne règle pas tous les sujets, pour autant, nous savons combien le nombre d’élèves par classe impacte sur les conditions de travail et sur la réussite des élèves. La baisse démographique offre depuis plusieurs années une opportunité unique : réduire enfin les effectifs par classe – la France compte 26 élèves par classe en moyenne au collège contre 21 élèves dans les 22 pays de l’OCDE -, améliorer l’encadrement, et ainsi lutter contre l’échec scolaire et les inégalités territoriales ».
Le bilan d’une politique éducative menée depuis 2017
Les résultats de PISA 2025, publiés le 8 septembre par l’OCDE, dressent un constat sans appel : les élèves français n’ont jamais obtenu des scores aussi bas depuis la création de l’enquête en 2000. En mathématiques, le score chute de 16 points en trois ans, de 474 à 458, soit près du double de la baisse moyenne de l’OCDE. En compréhension de l’écrit, la baisse atteint 18 points. La France se classe 27e sur 91 pays et économies, 34e en mathématiques et 28e en lecture.
On pourra se rassurer en rappelant que la France reste dans la moyenne de l’OCDE. Mais cette moyenne recule elle-même, et la France baisse plus vite qu’elle. Surtout, 36 % des élèves français sont désormais en difficulté en mathématiques, contre 29 % en 2022, tandis que seuls 5 % atteignent les meilleurs niveaux, contre 8 % en moyenne dans l’OCDE. Un tiers des élèves connaissent également de grandes difficultés en compréhension de l’écrit.
Ces chiffres ne tombent pas du ciel. Ils constituent le bilan, en temps différé, de la politique éducative conduite depuis 2017. Les élèves testés en 2025 ont en effet traversé l’école élémentaire et le collège durant les années Blanquer et au-delà. L’OCDE souligne elle-même qu’il est « difficile de mesurer les effets des réformes à cause de leur nombre et de leur va-et-vient ». Cette instabilité réformatrice constitue déjà un premier diagnostic.
La baisse des effectifs, une opportunité balayée
Si la question des effectifs ne règle pas tous les sujets, pour autant, nous savons combien le nombre d’élèves par classe impacte sur les conditions de travail et sur la réussite des élèves. La baisse démographique offre depuis plusieurs années une opportunité unique : réduire enfin les effectifs par classe – la France compte 26 élèves par classe en moyenne au collège contre 21 élèves dans les 22 pays de l’OCDE -, améliorer l’encadrement, et ainsi lutter contre l’échec scolaire et les inégalités territoriales.
Or ce sont près de 10 000 postes qui ont été supprimés depuis 2017, un choix qui dit beaucoup sur les priorités de ce gouvernement : préférer les économies immédiates à l’investissement dans l’avenir.
Résultat : en 2025, 45 % des élèves français étaient scolarisés dans un établissement confronté à un manque de personnel enseignant – 35 % en moyenne dans l’OCDE -, contre 17 % en 2015.
La baisse démographique annoncée – 1,7 millions d’élèves d’ici à 2035 – est une chance : celle de repenser notre école, de lui donner les moyens de ses ambitions, et de faire enfin du droit à la réussite pour tous une réalité. Mais pour cela, il faudrait une volonté politique, une vision, et le courage de renoncer à la logique comptable.
Des enseignants mal traités, une profession abandonnée
On ne peut traiter la question des effectifs sans parler de ceux qui sont devant les élèves. Les enseignants français restent moins bien rémunérés que leurs homologues de l’OCDE : après quinze ans de carrière, leur salaire moyen atteint 53 100 dollars bruts contre 63 900 dans l’OCDE. Entre 2015 et 2024, les salaires ont progressé de 8 % en France, contre 16 à 17 % en moyenne dans l’OCDE.
La soi-disant « revalorisation » engagée depuis 2023 avec le « Pacte enseignant » n’a pas enrayé la crise du recrutement, et pour cause : il s’agissait ni plus moins que de l’application du principe sarkozyste du « travailler plus pour gagner plus » . Les démissions volontaires ont fortement augmenté et les difficultés à pourvoir les postes persistent.
Au-delà des salaires, c’est la formation et la reconnaissance du métier qui sont en cause. Les enseignants français dispensent davantage d’heures de cours que leurs collègues de l’OCDE – 900 heures dans le 1 er degré en France contre 773 heures dans l’OCDE – , tandis que la formation initiale et continue restent totalement insuffisantes.
PISA montre également que seuls 50 % des élèves estiment que leur professeur s’intéresse à l’apprentissage de chacun, contre 69 % en moyenne dans l’OCDE.
Ce chiffre ne traduit évidemment pas un désintérêt des enseignants pour leurs élèves. Il révèle surtout un métier devenu trop lourd, insuffisamment accompagné et mal préparé à la gestion de l’hétérogénéité. Comme le souligne l’OCDE, il faut « ouvrir un grand chantier sur le métier d’enseignant ». Ce chantier n’a jamais été engagé depuis 2017.
La difficulté scolaire, traitée à la surface
Les résultats de PISA disent aussi l’échec du traitement de la difficulté scolaire : 36 % d’élèves peu performants en mathématiques, un tiers en grande difficulté en lecture. Notre système repère trop tard, prévient insuffisamment et remédie de façon trop dispersée.
Les dispositifs de soutien se sont multipliés sans stratégie ni évaluation cohérentes. L’éducation prioritaire elle-même, jetée aux oubliettes depuis 2017, n’a jamais bénéficié d’une politique stable permettant de lutter durablement contre le décrochage et les inégalités.
Et le problème n’est pas seulement celui du volume des moyens : c’est aussi la question de leur allocation, de leur stabilité et de leur traduction en pratiques pédagogiques efficaces.
Les inégalités sociales : un système qui ne réduit plus les écarts
La France demeure l’un des pays de l’OCDE où les écarts de performance entre élèves favorisés et défavorisés sont les plus importants. Le paradoxe de PISA 2025 est que cet écart se réduit, mais pour une mauvaise raison : les résultats des élèves favorisés ont chuté de 38 points en mathématiques, contre 22 points pour les élèves défavorisés.
L’écart se resserre donc parce que le haut descend, et non parce que le bas remonte. Le décrochage touche désormais aussi les catégories qui étaient jusqu’ici relativement préservées.
Cette dégradation renvoie assurément à l’instabilité des politiques conduites depuis 2017 : réforme du lycée et du baccalauréat, évolution des programmes, modifications des rythmes scolaires et succession de dispositifs injonctifs assénés aux équipes éducatives.
L’accumulation des réformes dans la précipitation, sans évaluation ni cohérence d’ensemble, a surtout produit de l’instabilité. Et elle pénalise d’abord et avant tout les élèves qui disposent du moins de ressources familiales pour compenser les failles du système.
Les parents : partenaires oubliés
PISA rappelle également le rôle essentiel des familles. Or le soutien familial déclaré par les élèves diminue fortement : la proportion de ceux qui disent que leurs parents les interrogent sur leur journée scolaire passe de 74 % à 63 % entre 2022 et 2025.
Ce recul devrait être davantage interrogé. L’école ne peut, à elle seule, compenser l’affaiblissement du lien entre les familles et l’institution scolaire. Et comme le soutien familial reste plus élevé chez les filles et les élèves favorisés, ce retrait risque d’accentuer les inégalités.
Au-delà de l’impact possible du numérique et de l’intelligence artificielle, c’est bien le lien éducatif entre l’école, les apprentissages et les familles qui doit être reconstruit. Les parents ne peuvent être considérés comme de simples destinataires des réformes. Ils doivent devenir de véritables partenaires de l’école.
Ce que ces chiffres nous disent vraiment
Au final, derrière les scores de PISA 2025 se dessine le bilan de neuf années marquées par l’instabilité réformatrice liée à une succession de ministres sans précédent – 7 ministres depuis 2022 ! – , une dévalorisation drastique du métier enseignant, l’absence totale d’une stratégie cohérente contre la difficulté scolaire et le refus absolu de considérer la mixité sociale et scolaire comme un enjeu majeur du devenir de notre École publique.
Le ministre actuel juge les résultats « préoccupants mais pas une surprise » et promet un retour dans la tête du classement en 2033 grâce à un « chantier de la pédagogie » et à davantage d’autonomie des établissements. Mais ces chantiers étaient déjà identifiés depuis 2017 et le bilan de la politique éducative depuis 10 ans est bel et bien un échec.
Les résultats de PISA ne sont pas une fatalité. Ils sont un miroir. Ils révèlent le coût d’une politique éducative qui a trop souvent confondu l’agitation réformatrice avec la transformation, la communication avec l’action et les annonces avec une véritable stratégie de long terme.
A l’aube d’échéances électorales majeures en 2027, il est temps de regarder ce miroir sans détour et de placer l’éducation au cœur du débat démocratique pour une École de la République de la coopération, de l’émancipation et de la fraternité, au service de la réussite de toute notre jeunesse.
Yannick Trigance
Conseiller régional Ile-de-France
