Un cri à entendre : liberté, égalité, fraternité
Que demandent les lycéennes et lycéens ? Une vie démocratique, le respect de la promesse républicaine : liberté, égalité, fraternité. Derrière les blocages et les cortèges, la jeunesse demande du dialogue, de l’écoute, d’être considérée. Et quelle réponse ? 6 800 gardes à vue, dont 86 % de mineurs : ces chiffres sont vertigineux et une honte pour notre démocratie. Les jeunes cherchent à s’exprimer et à se faire entendre, ils veulent de la démocratie en actes et ils résistent dans un système qui leur répond par la répression. Quand on répond à une demande de démocratie par la violence, on dit à une génération que sa parole ne compte pas.
Ce cri de la jeunesse, unie dans sa diversité, est celui d’un désir d’égalité et de solidarité. Elle réclame l’égalité des droits et des conditions d’enseignement. Elle veut une école solidaire qui n’abandonne ni les plus pauvres ni les plus fragiles, ni les élèves en situation de handicap. Elle fait collectif dans une réforme du lycée qui individualise. Elle demande de vivre la promesse républicaine « liberté-égalité-fraternité » dans les murs de l’Ecole. Notre jeunesse qui se lève, dans sa diversité, exprime une soif de justice sociale et d’égalité, et le désir d’être enfin respectée et entendue.
Une colère qui est nôtre
Sa colère est aussi la nôtre, et elle ne nous surprend pas. Elle est le bilan de dix ans de politique éducative macroniste, d’un pouvoir exercé de façon brutale et verticale, qui a accéléré la dégradation du service public d’éducation. Ce mouvement lycéen vient de loin.
Qui aurait pu prédire ? Nous, toutes et tous, certainement. Il suffisait d’écouter. Avant lui, tous les voyants de la communauté éducative étaient au rouge, chez les élèves comme chez les personnels : une souffrance partagée. Ni un numéro vert ni une plateforme ne réparent ce qui a été si longtemps abîmé.
Au baromètre de l’Unsa, à la rentrée, seulement 1% des personnels se dit en accord avec les réformes menées, trois quarts d’entre eux s’inquiétent pour l’avenir du service public d’éducation. 91 % souhaitent être consultés avant toute grande réforme. Est-ce vraiment trop demander ? Pour un ministère qui prétend piloter l’École par les chiffres, ce sont pourtant eux qui en illustrent l’échec. Face au mépris et à l’affaiblissement du service public, l’Ecole est devenue une cocotte-minute.
Un sursaut démocratique
Redonner la parole à celles et ceux qui font l’École et l’éducation est un préalable inconditionnel, à la réparation comme à la reconstruction. À quelques mois d’une échéance électorale majeure, avec un risque vital pour la démocratie et l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, nous avons voulu faire reprendre la parole sur l’École, parole trop longtemps confisquée ou ignorée.
Parions sur l’École et l’éducation, le manifeste du Café pédagogique (éditions de l’Aube), co-coordonné avec Philippe Meirieu exprime aussi par sa démarche collective ce besoin de démocratie dans l’École. Car avant d’être un texte, ce manifeste est une méthode, et elle est liée au fond : démocratique, parce que l’éducation n’est pas un « domaine réservé » mais un sujet de débat public. Elle passe par le dialogue : syndicats, associations, collectifs, chercheurs, parents, personnels, élèves, ensemble. Il est temps de refaire du collectif.
Réparons l’École car c’est aussi réparer la démocratie. Les lycéens et lycéennes sont aujourd’hui aux avant-gardes d’une mobilisation nécessaire. Nous appelons chacune et chacun à faire de l’avenir de l’École la question centrale du débat public.
Djéhanne Gani
