Des élèves engagés, soutenus par l’équipe pédagogique
« Depuis le mardi 29 septembre, le lycée a été bloqué totalement pour les lycéens tous les jours pacifiquement en solidarité avec les lycées défavorisés » témoigne Romane*, élève de 1ère du lycée. « Parce que même si nous sommes touchés par certains problèmes qui se trouvent au cœur de nos revendications notre situation est relative par rapport à ce que l’on peut observer dans les témoignages faits par des lycéens de banlieues » poursuit-elle. « Les blocus portent depuis le début les valeurs anti-racistes, féministes, pro-Palestine, anti- fascistes donc anti-RN » Elle précise que les élèves de prépas ont eu accès à l’établissement, comme c’est en général le cas dans les autres établissements. Comme devant les autres établissements où les élèves se mobilisent, des professeurs sont présents au blocus. Pour les élèves, cette bienveillance et leur soutien implicite lors des blocus et manifestation sont précieux. « Leur présence restait importante pour moi, car non seulement ils ont compris que le mouvement n’est pas une lutte contre eux mais ils ont cherché à nous protéger des violences policières».
Peur de la répression : un problème démocratique
Le blocus se déroule de manière pacifique, à « Fustel », comme on l’appelle de son petit nom. Ce lycée au pied de la cathédrale de Strasbourg est « de bonne réputation ».
Toutefois, plusieurs élèves ont été placés en garde-à-vue, comme ailleurs en France. A Strasbourg aussi, des élèves dans d’autres lycées ont subi des violences policière « les élèves des autres lycées comme les lycées Kleber, Marc Bloch, Couffignal, Marie Curie, Rudloff, Rostand ont été gazés et ont subi parfois des tirs de LBD ». Un élève de Seconde du lycée Marcel Rudloff a été arrêté dans une rue adjacente du lycée Kléber pour avoir applaudi des élèves qui collaient un autocollant antifasciste sur un véhicule de police. Bien qu’il n’opposait aucune résistance aux forces de l’ordre, il a reçu des coups de matraque dans le dos et été insulté. L’élève qui collait l’autocollant a été plaqué contre le véhicule et roué de coup.
Alors inévitablement, la question de la répression est dans toutes les têtes des élèves, ainsi que la peur. « Je pense qu’à 16 ans, avoir peur de la répression des forces de l’ordre peut questionner l’aspect démocratique de notre société » analyse la jeune femme. Pour elle, « devoir faire face à une si violente répression de la part de la police est totalement illégitime ».
« Au début de la première semaine le lycée était bloqué tous les jours puis l’administration a déclaré qu’il serait fermé pour le reste de la semaine et que les cours auront lieu en distanciel. Le nombre d’heure en distanciel était très variable entre les élèves. Nous pouvions passer 6h devant notre écran comme 0 mais du travail nous été transmis par tous les enseignants ». Pour Romane, « c’était une technique pour nous diviser et faire cesser le mouvement, des regroupements ont eu lieu devant le lycée les premiers jours pour travailler collectivement ».
« Plusieurs AG ont aussi eu lieu devant le lycée pour décider de comment nous faire entendre et nous mieux nous organiser. Les points qui sont ressortis de l’AG à laquelle j’ai assisté étaient que les lycéens voulaient que les étudiants et les syndicats les soutiennent sans prendre la tête du mouvement car le mouvement est lycéen, la question de se désolidariser des casseurs et de la violence ou non a été soulevée mais les avis étaient très partagés… »
Et la reprise du blocus à la rentrée ?
Une chose est sûre, ni les mesures annoncées ni la lettre du ministre de l’Education nationale n’ont convaincu les lycéennes et lycéens. « Les mesures à venir énoncées sont promises pour des dates ultérieures aux élections présidentielles basées sur un budget questionnable du fait des échéances mêmes à venir et de la situation économique du pays ». « Lundi 2 novembre, l’administration avait prévu un temps d’accueil des élèves de 10h à 12h, deux enseignants par classe profitaient de ces deux heures pour nous amener à discuter de nos émotions et ressentis pendant les évènements d’avant les vacances et par rapport à cette rentrée particulière. Je trouvais intéressant cet échange même s’il n’a pas révélé grand-chose ».
Comment la police bloque un blocus : menace d’une amende
« A 13h le lycée a été à nouveau bloqué car le ministère ne satisfait pas nos demandes et que la lutte n’est pas terminée. Une dizaine de camions de police sont alors arrivés en quelques minutes et des policiers armés. jusqu’au cou en sont sortis, après trois sommations ils ont repoussé le groupe d’élèves qui étaient restés devant la porte. Les policiers ont déclaré que, à la suite d’un arrêté préfectoral interdisant les manifestations à moins de 50m des établissements, si nous ne rentrions pas en cours ou ne quittions pas la place du château avant 10 minutes, nous étions sommés de payer 135 euros d’amende ». « Nous sommes donc rentrés en cours et avons tenté un blocus plus symbolique qu’autre chose dans l’enceinte de l’établissement mais il s’est fait disperser par l’administration ».
Les élèves sont donc entrés dans le lycée, sous cette menace raconte Romane. Cette menace aurait été mise à exécution devant d’autres lycées, comme devant le lycée polyvalent Marcel Rudloff dans un quartier défavorisé de la même ville où une poignée d’élèves ont dû affronter des cars de police et payer l’amende de 135 euros…
Djéhanne Gani
*Le prénom a été modifié
