Après avoir mis en lumière de grandes sportives trop souvent peu connues, Valérie de Swetschin, rend hommage dans son dernier ouvrage, illustré par Frédéric Bélonie, Elles ont résisté, à trente femmes « engagées contre le nazisme ». Certaines d’entre elles sont célèbres – et enfin célébrées ! – telles Germaine Tillion, Lucie Aubrac, Geneviève De Gaulle-Anthonioz, ou encore Joséphine Baker et Charlotte Delbo … mais beaucoup d’autres sont encore peu connues, voire invisibilisées… Il est temps de les découvrir, et de les faire découvrir !
L’Histoire s’écrit aussi au féminin
Il est vrai que l’Histoire s’est bien plus souvent écrite au masculin qu’au féminin, et donc intéressée avant tout à « la Résistance institutionnelle ou à la lutte armée, deux domaines réservés aux hommes ». Pourtant, comme le rappelle l’autrice dans la préface de l’ouvrage, les femmes n’ont pas attendu d’avoir le droit de vote pour avoir une conscience politique. Et si elles n’ont pas été le plus souvent combattantes, ou que « leurs activités ont laissé peu de traces », leur rôle fut essentiel.
Si « on estime que 25 à 30% des résistants étaient des femmes », force est de constater, explique Valérie de Swetschin, que pourtant « elles représentent à peine 10% des médaillés de la Résistance », et qu’on ne compte que 6 femmes parmi les 1038 « Compagnons de la Libération », une distinction qu’ « il est peut-être temps de mettre au féminin ». L’entrée au Panthéon de Germaine Tillion et Geneviève De Gaulle-Anthonioz en 2015, ou encore de Joséphine Baker en 2021, a amorcé un mouvement de visibilisation, mais on est encore loin du compte. Témoigner de leur engagement, leur rendre hommage et leur donner la place qui leur est due, est bien le moins que l’on puisse faire en ces temps où l’oubli « des pires heures de l’Histoire » guette, et où les dernières et derniers survivant·es de la Seconde Guerre monde mondiale et des camps d’extermination disparaissent.
Histoire et histoires
Elles ont résisté nous propose donc 30 portraits de femmes, agentes de liaison ou de renseignement ; militantes ou femmes politiques ; intellectuelles ou artistes ; reporters ou photojournalistes… Des histoires fortes, de femmes fortes, engagées et résistantes, comme celle de Betty Albrecht, cofondatrice du mouvement de Libération nationale. Arrêtée par la Gestapo en mai 1943, elle résistera à la torture de Klaus Barbie et finira par se pendre dans sa cellule la nuit de son transfert à Fresnes, quelques jours plus tard, « pour ne pas parler ». Ou comme celle de la petite bretonne « plastiqueuse à bicyclette », Jeanne Bohec, qui dut se battre contre les clichés pour obtenir « le droit d’être parachutée derrière les lignes ennemies », seule femme instructrice de sabotage de toute la Résistance ; ou encore celle de la championne de tennis Simonne Mathieu, qui organisera et dirigera la première unité féminine de la France libre à Londres, et dont le nom sera donné en 2019 au 3ème court de Roland-Garros et au trophée du double-dames…
Mais loin de se limiter à une succession de biographies, aussi passionnantes soient-elles, l’ouvrage invite aussi à se plonger véritablement dans la manière dont l’histoire de ces femmes, tissée d’héroïsme souvent tragique, vient éclairer l’Histoire de cette période. Régulièrement, en effet, l’autrice nous propose de nous arrêter dans notre découverte sur des « zooms » qui prolongent tel ou tel portrait pour évoquer « Les spécificités de la Résistance féminine », « L’étoile jaune » et « Le statut des Juifs », le « Chant des partisans », ou encore « Le procès de Nuremberg », « Les ‘‘tondues de la Libération’’ », la « Spoliation des œuvres d’art »… Une prise de recul qui invite à articuler destins individuels et Histoire commune, pour mieux en comprendre les ressorts, complétée, en fin d’ouvrage, par une chronologie, simple et éclairante, une biblio-sitographie, et quelques références de vidéos et podcasts judicieuses.
De belles découvertes à proposer à des élèves, dès la fin du cycle 3, et jusqu’en classes terminales.
Claire Berest
