Marianne et Omar sont directrice et directeur d’école élémentaire, totalement déchargé.es. Omar explique que tous les matins il va au portail de l’école pour collecter des informations et que c’est son métier. Il déclenche ainsi une dispute avec sa collègue. Chaque semaine, retrouvez une controverse écrite par Frédéric Grimaud. Le principe est simple : deux professeur.es des écoles expriment un point de vue différent sur la manière de faire leur métier. Personne n’a raison, personne n’a tort, mais elles et ils assument ne pas faire exactement la même chose … et ce faisant font vivre leur métier.
« Je fais rentrer les enfants et je leur dis bonjour »
Omar : Et là tous les matins je suis au portail de l’école. Je fais rentrer les enfants et je leur dis bonjour. C’est déjà ce que j’appelle une présence sociale, indispensable et faisant partie intégrante de la fonction de directeur. Et puis y’a tous les parents qui accompagnent les enfants, qui te voient aussi. Mais aller au portail ce n’est pas que ça. C’est aussi de la prise d’informations. Les parents ont toujours des petites choses à dire, des remarques, des informations à donner sur leurs enfants. J’ai un petit carnet et je note. Après, quand les élèves se rangent, je passe dans les couloirs et je donne les infos aux collègues. Ça fait le lien entre les collègues et les familles. Parfois, ce n’est pas tous les jours mais ce n’est pas rare, y’a des soucis à régler dès le portail.
« Des parents qui se plaignent de telle ou telle chose »
Des parents qui me disent qu’il y a eu des bagarres, des parents qui se plaignent de telle ou telle chose. Là il faut différer. Je leur dis de venir me voir à un horaire qu’on convient mais le plus tôt possible car par expérience, un petit problème que tu ne gères pas ça peut devenir un gros problème. Après dans la journée si y’a un souci à régler, je fais venir le parent dans l’école. Mais l’accueil au portail ce n’est pas le lieu de régler les problèmes, sauf cas exceptionnels. Ça arrive, rarement, que je doive discuter direct avec un parent. Par exemple un parent qui me dirait que son enfant s’est fait frapper. Là j’attends que les enfants soient dans la cour et quand les parents commencent à partir, je sors discuter quelques minutes avec le parent si je sens qu’il est énervé. Je ne fais pas repartir un parent en colère chez lui comme ça.
« La gestion des problèmes dans l’école elle est collective, c’est pas que moi »
Marianne : Mais tu sors de l’école pour parler à un parent ? Alors là moi jamais. Quand tu es dehors de l’école tu n’es plus comme « la directrice de l’école ». Il faut tout régler à l’intérieur des murs de l’école. Et pour moi le moment du portail ce n’est pas fait pour ça. Ce n’est pas non plus un moment où je prends les infos pour les collègues, je ne pense pas que ce soit à moi de faire ça. La gestion des problèmes dans l’école elle est collective, c’est pas que moi. Après nous ce n’est pas pareil, on a un concierge qui ouvre et ferme le portail, qui est assez loin quand même car l’école est grande. Si jamais un parent a un gros souci, le concierge nous fait signe pendant qu’on est tous de service dans la cour. Mais il appelle l’enseignant concerné, pas spécialement moi. Bien sûr si la collègue veut que je l’accompagne je pourrai mais en fait ça n’arrive pas et c’est le maître ou la maîtresse de la classe qui discute avec le parent de la classe. C’est normal. C’est le prof qui connait ses élèves, les familles et surtout les problèmes qu’il peut y avoir dans sa classe.
Donc ce n’est pas à moi d’y aller, ça interférerait pour rien avec le travail de relation parent-prof du collègue. Donc moi le portail je n’y vais pas. Déjà c’est sûr jamais je ne sors de l’école, mais quand un parent veut me voir, il le dit au concierge, au prof de la classe, il me téléphone … et on prend rendez-vous mais je n’ai pas besoin d’aller au portail tous les matins pour faire l’accueil.
Le mot du chercheur : la posture de la directrice ou du directeur d’école est en accord avec les valeurs que porte sa fonction, mais également les valeurs que porte le sujet. Marianne et Omar n’ont pas la même appréciation de la manière dont se déclinent leurs tâches de direction et, en disputant autour des critères du travail bien fait, renforcent leur professionnalisme à tous les deux.
Frédéric Grimaud
Thème d’année à l’école : « Ça a tendance à m’étouffer. Je me sens bridée »
