Laurence et Thierry enseignent en cycle 3 dans des écoles différentes. Lors d’entretiens croisés, Thierry observe la classe de Laurence et s’étonne du peu d’affichages dans sa classe. Une controverse éclate. Frédéric Grimaud relate des entretiens de professeur.es des écoles, qui parlent de leur métier, de l’organisation de leur travail, et de tous les choix auxquels le quotidien de la classe les confronte. Chaque semaine, retrouvez deux d’entre eux et d’entre elles qui expriment un point de vue différent sur la manière de faire leur métier.
« Je mets aussi quasi toutes les règles de grammaire »
Thierry : Ma classe ressemble beaucoup à la tienne mais je n’ai pas du tout le même type d’affichages. Je mets beaucoup de choses sur les murs. D’ailleurs tout l’espace est recouvert d’affiches (rires). Y’a les cartes d’abord car je trouve cela important, et les frises chronologiques. Mais je mets aussi quasi toutes les règles de grammaire que l’on va faire dans l’année. Je me suis aperçu que ce n’est pas surfait tu sais. Y’a des élèves qui ont tout le temps le nez en l’air, au moins ils voient des choses. Donc je pense qu’il y a des enfants qui se souviennent de choses qu’ils voient sur les murs.
« Beaucoup d’enfants ont une mémoire visuelle »
Moi-même j’ai des souvenirs d’affichages que je voyais en classe petit. Comme les fleuves tu vois et je me dis que ça peut aussi servir à ça. En tous cas dans ma classe, c’est chargé sur tous les murs, un peu comme une exposition du savoir que l’on acquiert pendant l’année. Beaucoup d’enfants ont une mémoire visuelle, il ne faut pas le négliger, et ce qu’ils voient, ils se le rappellent. Ils ont aussi des sous-mains avec ce qui est important à savoir, en maths et en français mais les affichages c’est une référence. A force, à force ça finit par rentrer. Et puis bien sûr y’a tous les affichages obligatoires, la progression, les PPMS et tous les documents qu’on est obligés d’afficher. Ça fait une classe chargée et j’ai pas, comme toi, la place pour afficher des productions d’élèves.
« Ils entrent dans une salle vierge qu’ils vont remplir au fur et à mesure de l’année »
Sylvie : Ben justement, moi ce qui compte c’est que ce qui est affiché fasse sens pour les élèves. J’ai pas des affichages qui sont là toute l’année et même d’années en années tu vois. A la fin de l’année, j’enlève tout ce qu’il y a au mur et quand les élèves arrivent en septembre, ils entrent dans une salle vierge qu’ils vont remplir au fur et à mesure de l’année. Alors déjà les affichages obligatoires, qui n’ont aucun sens pour les élèves, je parle du PPMS mais aussi des trucs genre la charte de la Laïcité quoi … ça n’a aucun intérêt. Tout est affiché en tout petit derrière la porte et c’est tout. J’ai des grandes fenêtres tu as vu et même si les plafonds sont hauts j’ai pas tant de places pour les affiches. Alors parfois dans l’année j’enlève des trucs et on change d’affichages. Mais je ne crois pas que je fasse des affichages pour que les élèves fassent des apprentissages, ça ne m’a jamais traversé l’esprit.
« Ce qui provoque des apprentissages, c’est le fait de faire le document »
Pour moi les affichages ce sont des trucs faits par les enfants uniquement. S’ils font une belle carte des massifs ou une frise ben pourquoi pas l’afficher. Mais ce qui provoque des apprentissages, c’est le fait de faire le document, pas de le regarder et d’attendre que ça infuse. Mais je comprends ce que tu veux dire c’est sûr mais moi c’est pas ma manière de faire. Et puis parfois on met au mur par exemple des affiches de spectacles qu’on a vus, ou la règle d’un jeu d’EPS … mais à la fin de l’année, tu peux être sûr que tout est décroché du mur.
Le mot du chercheur : Sylvie et Thierry n’ont pas le même usage des affichages car ils ne les investissent pas des mêmes intentions pédagogiques. D’une manière générale, les enseignant.es n’ont pas le même usage de l’espace classe dans lequel iels travaillent. La manière dont une travailleuse ou un travailleur aménage son espace de travail le caractérise et va déterminer ses manières d’effectuer sa tâche. La liberté de pouvoir aménager son milieu de travail peut revêtir parfois une grande importance.
Frédéric Grimaud
