Conseil des maîtres : « Je trouve ça important que ces moments soient conviviaux »
Les directrices discutent devant une vidéo du conseil des maîtres de l’école de Katia, que Séverine commente ainsi : « Je vois que tu as tout bien préparé ce conseil et que ça déroule. C’est un truc important et tu le fais avec le sourire et beaucoup de bonne humeur. Moi aussi je trouve ça important que ces moments soient conviviaux. Je dis ça surtout sur un plan démocratique en vrai, ça marque qu’on n’est pas supérieur hiérarchique ou même conseiller péda et qu’on est tous dans le même bateau.
Par contre j’ai l’impression que tu viens leur proposer une répartition des classes sans être passée par la case « équipe ». Ça me gêne un peu tu vois parce que moi je considère que je n’ai pas mon mot à dire sur la répartition des classes, c’est d’abord les collègues de chaque niveau qui les font et moi j’anime la discussion. Mais en vrai c’est une discussion qu’ils ont déjà eue entre eux et quand ça arrive au conseil des maîtres c’est déjà bouclé en fait. Le conseil des maîtres c’est surtout pour valider les répartitions que les collègues ont faites et pour informer tout le monde au cas où il y aurait des remarques des collègues qui ont eu certains élèves les années précédents.
« Répartir les classes, c’est tout un art et parfois ça peut créer des tensions »
D’où l’ambiance conviviale que, comme toi, j’essaye de maintenir. Un autre truc aussi quand ta collègue elle parle de ses moments d’oxygénation qu’elle fait avec ses élèves avant de les mettre à la tâche, au final c’est toi qui valides sa démarche et à mon avis ça tient du fait que ta place dans ton école n’est pas la même que la mienne dans mon école. Déjà moi dans le conseil des maîtres je ne suis pas assise en bout de table comme toi. Mais ça tient aussi au fait qu’on est une plus petite équipe et qu’on n’a pas la même configuration d’école. Et puis j’ai une classe aussi je pense que ça change pas mal les choses.
Katia : Oui moi c’est une grosse école et je suis déchargée à plein temps. Je me dis que mon rôle c’est aussi de préparer tout le conseil en amont pour qu’il soit plus fluide. Les collèges apprécient car je leur mâche pas mal le travail. C’est vrai pour la répartition des classes mais c’est vrai pour tout. N’étant pas en classe j’ai le temps de faire ce qu’eux ne peuvent pas faire car ils ont le nez dans le guidon. C’est le cas pour les répartitions effectivement je les ai bossées dans mon bureau.
« Une fois qu’on sait qui prend quelle classe et qui est en cours double, je remplis pour équilibrer »
C’est vrai pour pas mal de trucs que je leur fais et comme ça ils n’ont plus qu’à dire s’ils ne sont vraiment pas d’accord mais au moins c’est fait. Je rédige les projets par exemple, ça leur enlève ça. Là je viens avec une répartition que j’ai faite mais ça fait quand même des semaines que j’écoute ce qu’ils disent sur les élèves. Même 10 mois en vrai car on en parle souvent de tel ou tel élève. Une fois qu’on sait qui prend quelle classe et qui est en cours double, je remplis pour équilibrer. Et puis tu ne le vois pas sur la vidéo mais dans mon école y’a un quart de l’équipe qui se renouvelle et donc aussi plein de collègues qui arriveront en septembre. Donc oui, c’est plutôt moi qui fais les classes et c’est pour ça aussi que je maintiens une bonne ambiance dans le conseil, pour faire passer des choses aux collègues sans forme d’autorité.
Après quand un collègue fait des innovations qui semblent intéressantes, comme les temps d’oxygénation, je lui propose d’en parler au conseil et je rajoute aussi mon petit mot. Je sais bien que je ne suis pas conseillère péda mais j’ai la chance d’assister à pas mal de formations pendant mon temps de décharge et je pense que c’est mon rôle d’en faire profiter les autres. Je suis aussi coordinatrice REP et dans ce cadre là aussi j’ai beaucoup de formations. Et j’ai de l’expérience de classe dans une équipe qui est plutôt très jeune donc oui, c’est mon rôle aussi de faire ce travail je pense. Toujours dans la bonne ambiance.
Le mot du chercheur : Katia et Séverine ont des postures très différentes et endossent leurs fonctions de direction de manière presque opposée. Les contextes dans lesquelles elles évoluent n’ont certes pas les mêmes caractéristiques, mais également les représentations qu’elles se font de leurs tâches, les valeurs qu’elles portent, les normes qu’elles ont intégrées, les distinguent l’une de l’autre. Au-delà de ce qui est prescrit par leur institution, les directrices et directeurs d’école s’autoprescrivent leurs tâches en fonction de ce qu’ils et elles estiment être du bon travail … et les critères de ce bon travail peuvent toujours varier d’un.e travailleur.se à l’autre.
